INVOCATION AUX MUSES
Vierges du mont Piérie *, entendez-vous le nom que je vous donne? Inspirez-moi. Je cours une longue carrière; je suis accablé de tristesse et d'ennui. Mettez dans mon esprit ce charme et
' L'hitenlîon de Montesquieu cloit de placer à la ttte du second volume de TEsprit des Lois une Invocnlion aux Afdsts : il l'avoit même déjà envoyée à Jacob Vernet, nànistre de lYgliseda Genève, qui s'étoil chargé de revoir les. épreuves de l'ouyrage.
Vernet trouva le morceau charmant, mais déplacé dans l'Esprit des Lois : il pria Montesquieu de le supiMÙmer.
L'auteur n'y consentit pas d'abord; il rép:/ndlt : « A l'égard de « l'Invocation aux Muses, elle a contre elL' que c'est une chose • singulière dans cet ouvrage, et qu'on n'a point encore faite; mais, « quand une chose singulière esst bonne en elle-même, il ne faut « pas la rejeter pour la singularité, qui devient elle-même une « raison de succès ; et il n'y a point a'ouvrage où il faille plus son- « ger à délasser le lecteur que dani celui-ci , à cause de la longueur « et de la pesanteur des maticre>. »
Cependant, quinze jours ar-rès, Montesquieu cliangea d'opinion, et il écrivit à son éditeur : « J'ai été long-temps incertain, monsieur, « au sujet de l'Invocation , entre un de mes amis qui vouloit qu'on « la laissât, et vous qui vouliez qu'on l'ôtàt. Je me range à votre « avis, et bien fermement , et vous prie de ne la pas mettre. »
Ce morceau, qui a. long-te«ips échappé aux recherches des éditeurs de Mriulesquieu, s'est trouvé dans un mémoire historique sur la vie et les ouvrages de Jacob Vernet , imprimé à Genève eu Ijyo. (A'ti.'t- de /'iJ.lio.l it\:ico!yi>f de l. Didot.)
* Narrale. puelha
Piérides; proslt mihi vos di.xisse puellas.
Juv. Sat. IV, v. 35-36. -^