‹ Œuvres de Montesquieu (volume 2)Chapitre 7 sur 96 · CINQUIEME CHANT · texte numérisé non relu

CINQUIEME CHANT

Je parlois encore au jeune Aristée de mes tendres amours ; ils lui firent soupirer les siens. Je soulageai son cœur en le priant de me les raconter. Voici ce qu'il me dit : je n'oublierai rien, car je suis inspiré par le même dieu qui le faisoit parler.

Dans tout ce récit vous ne trouverez rien que de très-simple : mes aventures ne sont que les sentiments d'un cœur tendre, que mes plaisirs, que mes peines; et comme mon amour pour Camille fait le bonheur , il fait aussi toute l'histoire de ma vie.

Camille est fille d'un des principaux habitants de Gnide ; elle est belle; elle a une physionomie qui va se peindre dans tous les cœurs : les femmes qui font des souhaits demandent aux dieux les grâces de Camille ; les hommes qui la voient veulent la voir toujours, ou craignent de la voir encore.

Elle a une taille charmante, un air noble, mais modeste, des yeux vifs et tout prêt*' à être tendres,

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des traits faits exprès l'un pour l'autre , des charmes invisiblement assortis pour la tyrannie des cœurs.

Gimille ne cherche point à se parer, mais elle est mieux parée que les autres femmes.

Elle a un esprit que la nature refuse presque toujours aux belles. Elle se prête également au sérieux et à l'enjouement. Si vous voulez , elle pensera sensément; si vous voulez, elle badinera comme les Grâces.

Plus on a d'esprit , plus on en trouve à Camille. Elle a quelque chose de si naïf, qu'il semble qu'elle ne parle que le langage du cœur. Tout ce qu'elle dit, tout ce qu'elle fait, a les charmes de la simplicité; vous trouvez toujours une bergère naïve : des grâces si légères , si fines , si délicates , se font remarquer, mais se font encore mieux sentir.

Avec tout cela , Camille m'aime ; elle est ravie quand elle me voit, elle est fâchée quand je la quitte; et, comme si je pouvois vivre sans elle, elle me fait promettre de revenir. Je lui dis toujours que je l'aime, elle me croit : je lui dis que je l'adore, elle le sait; mais elle est ravie comme si elle ne le savoit pas. Quand je lui dis qu'elle fait la félicité de ma vie, elle me dit que je fais le bonheur de la sienne. Enfin elle m'aime tant, qu'elle me feroit presque croire que je suis digne de son amour.

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