LE MÊME AU MÊME
Je vois que vous n'avez point reçu la lettre que j'eus l'honneur de vous écrire de Paris, dans laquelle je vous parlois amplement du buste de l'auteur de VEsprit des Lois. M. le prince de Beauveau ayant été nommé commandant de la Guienne, en 1760 , parut désirer une place à l'académie de Bordeaux; sur-le-champ elle lui fut offerte, et il l'accepta : il pria l'académie d'agréer qu'il fît faire un buste en marbre de l'auteur de VEsprit des Lois, pour être placé dans la salle de ses assemblées; cela fut agréé avec beaucoup de reconnoissance. M. Lejpoine travaille à ce buste; et il sera bientôt achevé. Si monseigneur Gerati et M. le marquis Niccolini pouvoient désirer d'être associés étrangers de l'académie de
Bordeaux , je me ferois gloire de les proposer par principe d'estime et de reconnoissance. Je sais qu'il y a mille choses à en dire ; mon père ne me parloit d'eux qu'avec les sentiments les plus vifs de respect et d'amitié; mais comme je n'ai pas bien retenu tout ce qu'il m'en disoit, je parlerai mieux d'après ce que vous m'en écrirez ; et comme ancien membre de notre académie, vous devez vous intéresser à sa gloire.
De Bordeaux , le
(i) Montesquieu s'étoit lié avec lui dans la maison de M. le cardinal de Polignac, ambassadeur de France à Rome, lors de son voyage en Italie. M. Cerati, né d'une famille noble de Parme, étoit fort aimé du cardinal, qui le regardoit comme un des hommes les plus éclairés d'Italie. Jean Gaston, dernier grand -duc de Toscane, l'attira dans son pays, et le nomma de l'ordre de Saint-Étienne de Toscane, et provediteur de l'université de Pise. Ce fut lui qui donna le conseil à M. Muratori de composer ses Dissertations sur l'histoire du moyen âge, et d'entreprendre l'ouvrage des Annales d'Italie.
(2} Jésuite revenu de la Chine avec M. Mezzabarba. Ce missionnaire s'étoit déclaré contre les rites chinois, et en avoit parlé au pape selon sa conscience. Comme, après cette déclaration , il fit sentir à Sa Sainteté que l'air du collège ne lui convenoit plus, Benoît XIII le fît évêque in partihus , et le logea en Propaganda. Montesquieu l'avoit connu chez le cardinal de Polignac, et eut depuis avec lui une négociation pour la résignation, en faveur de l'abbé Duval, son secrétaire, d'un bénéfice que ce prélat avoit en Bretagne.
(3) Les difficultés que M. Fouquet faisoit naître coup sur coup au sujet de la pension, ou de la somme d'argent qui devoit être stipulée, faisoient dire à Montesquieu que l'on
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voyoit bien que monseigneur n'm'oit pas encore secoué la poussière.
(4) Ce qui avoit donné lieu à cette mauvaise plaisanterie desAnglois etoit de voir autant d'empressement dans le cardinal de Rohan à procurer tous les amusements imaginables pendant qu'il résidoit dans son diocèse à Saverne , 011 il figuroit comme prince, que de zèle pour la religion à Paris, où il se piquoit de figurer comme chef des anti-jansenistes, et défenseur de la bonne doctrine.
(5) Il avoit été secrétaire de l'auteur. Ce fut lui qui porta le manuscrit des Lettres persanes en Hollande, et l'y fit imprimer; ce qui coûta à leur auteur beaucoup de frais sans aucun profit. Il obtint en sa faveur la résignation du bénéfice que M. Fouquet avoit obtenu de la cour de Rome, en Bretagne, et il s'agissoit ici de l'argent ou de la pension que M. Duval devoit payer à ce prélat.
(6) Ce nom, qui est ainsi écrit, est le même que Prault, imprimeur-libraire.
(7' Madame la comtesse de Fontaine-Martel, fille du président Desbordeaux.
(8) Ce savant Italien , d'une famille noble de Cortone, avoit été envoyé en France par le chapitre de Saint-Jean-de-Latran , comme vicaire-général de l'abbaye de Clerac , que Henri IV conféra à ce chapitre après son absolution. Pendant nombre d'années qu'il séjourna en France, il travailla à plusieurs dissertations sur l'histoire du pays pour l'académie de Bordeaux, à laquelle il fut agrégé, et à des poésies, entre autres au Triomphe de la France littéraire, et à la traduc-
libO NOTES.
tion du poëme de la Religion , de M. Racine. Il mérita par là une gratification du roi, en quittant la France pour passer à la prévôté de Livourne, que l'empereur lui conféra comme grand-duc de Toscane.
(9) Il fut le premier qui nous donna une relation de la découverte d'Herculanum , avec un détail des antiquités qu'on avoit trouvées de son temps. Il a eu aussi la plus grande part à l'établissement de l'académie étrusque de Cortone, qui nous a donné sept volumes in-4" d'excellents Mémoires sur des sujets d'histoire et d'antiquité.
(10) Dans la première édition de ces lettres on lit toujours Bourdeaux.
[il) L'abbé marquis Niccolini, un des plus illustres amis que l'auteur ait eus en Italie , se lia avec lui à Florence. Après avoir demeuré long-temps à Rome sous le pontificat du pape Corsini, dont il étoit parent, il s'est retiré dans sa patrie, uniquement occupé des lettres, de la philosophie et des vues du bien public. Il a voyagé dans les, pays étrangers, et y a été lié avec les plus grands hommes. Lorsque, sous le ministère lorrain, dont il étoit médiocre admirateur, il eut ordre de ne point rentrer en Toscane, Montesquieu s'écria, en apprenant cette nouvelle : « Oh! il faut que mon ami Niccolini « ait dit quelque grande vérité. »
(12) C'étoit la dame de Florence qui brilloit le plus par son esprit et sa beauté; la meilleure compagnie s'assembloit chez elle. L'auteur lui fut fort attaché pendant son séjour à Florence. A mon passage dans cette ville, elle vivoit encore, mais dans un état d'infirmité.
(i3) A peine M. l'abbé Venuti eut-il pris l'administration
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de l'abbaye de Clcrac, qu'il s'éleva à Rome un parti contre lui dans le chapitre qui l'avoit envoyé, travaillant à le faire rappeler, et se servant pour cet effet du canal de M. le cardinal de Tencin pour le desservir. Le principal grief qu'on avoit contre lui étoit que les remises des revenus de l'abbaye n'étoient pas assez abondantes, faute qu'on mettoit sur son compte, et qui provenoit des grosses décimes dont l'abbaye étoit chargée, des frais de réparation et de procès, auxquels une partie des revenus devoit être employée. Outre ces raisons, il n'étoit pas regardé de bon œil par les missionnaires jésuites, chargés, dès le temps de Henri IV, de prêcher toutes les fêtes et dimanches dans l'église abbatiale de cette ville, qui, malgré cela, a continué d'être presque entièrement habitée par des protestants, sans qu'on puisse citer d'exemple de la conversion d'un seul huguenot.
(i4} Cet ami de Montesquieu avoit passé quelques années à Paris, où il étoit allé pour une maladie des yeux. Son père étant mort, il fut obligé de retourner à Turin pour l'arrangement de ses affaires domestiques. En passant par cette ville, j'ai ouï dire qu'ayant besoin de l'intervention du ministre pour arranger quelques intérêts, il ne put jamais obtenir audience de M. le marquis d'Orméa, par une suite d'une ancienne inimitié de ce ministre contre son père. C'est aussi par une suite de cette inimitié que ses deux frères avoient pris la résolution de se transplanter dans les pays étrangers, se vouant au service de la maison d'Autriche , où ils n'ont pas eu lieu de se repentir du parti qu'ils avoient pris.
(i5) Il lui avoit fait présent de cet ouvrage lorsqu'il prit congé de lui en partant de Turin, sans lui dire qu'il en étoit l'auteur. Il le lui apprit depuis , en lui disant que c'étoit une
idée à laquelle la société de mademoiselle de Clermont, princesse du sang, qu'il avoit l'honneur de fréquenter, avoit donné occasion, sans d'autre but que de faire une peinture poétique de la volupté.
(16} Il s'étoit fort lié avec lui dans le voyage que le comte de Guasco fit à Paris en 1742 , à son retour de Russie.
(17) Madame de Tencin, sœur du célèbre cardinal de Tencin, qui lui devoit sa fortune et son chapeau, figura beaucoup dans Paris par les charmes de sa beauté et de son esprit. Elle fut pendant cinq ans religieuse dans le couvent de Montfleury, en Dauphiné; mais elle rentra dans le monde, en réclamant contre ses vœux. Elle parvint, sans être jamais fort riche , à avoir dans Paris une maison de la nieilleure compagnie. Il étoit du bon ton d'être admis dans sa société; les seigneurs de la cour, les gens de lettres et les étrangers les plus distingués briguoient également pour y être introduits. Comme ceux qui faisoient le fond ordinaire de cette société étoient les beaux esprits et les savants les plus connus en France, madame de Tencin les appeloit, par ironie, ses hêtes. Elle étoit souvent consultée par eux sur les ouvrages d'agrément qu'on vouloit publier , et s'intéressoit avec chaleur pour ses amis. Montesquieu, qui étoit un de ceux qu'elle considéroit le plus, en avoit procuré la connoissance au comte de Guasco. frère de l'abbé de ce nom.
(18) Le jour de la mort de madame de Tencin, en sortant de son antichambre , il dit au frère du comte de Guasco, qui étoit avec lui : « A présent, vous pouvez mander à monsieur votre « frère que madame de Tencin est l'auteur du Comte de Com.' " minges et du Siège de Calais , ouvrages qu'elle a faits en
« société avec M. de Pont-de-Vesle ('son neveu). Je crois qu'il n'y a que M. de Fontenelle et moi qui sachions ce secret. » Elle comptoit parmi ses amis Fontenelle , Benoît XIV et Montesquieu. Elle avoit fait les Malheurs de V Amour, et les Anecdotes d'Edouard II.
(19} Actuellement lieutenant-général, et ci-devant commandant de Dresde pendant la dernière guerre.
(20) Comme, durant la guerre qui venoit de se terminer entre les cours de Vienne et de Turin, les comtes de Guasco avoient fait toutes les campagnes au service de la dernière, en quittant ce service , ils crurent ne devoir pas fournir au marquis d'Orméa l'occasion de noircir cette démarche en entrant alors au service de la cour de Vienne, de peur d'attirer par là de nouveaux chagrins à leur père, qui vivoit encore, lis prirent en conséquence la résolution de passer en Russie, puissance sous laquelle ils ne se trouveroient jamais dans le cas de porter les armes contre leur souverain , et qui, en ce temps-là , offroit beaucoup d'avantages aux étrangers qui voudroient entrer à son service; mais la dureté du climat, et les révolutions dont ils furent témoins , les déterminèrent à profiter de la guerre survenue en Allemagne à la suite de la mort de l'empereur Charles VI , afin de suivre leur première inclination pour la maison d'Autriche.
(21) Sous son ministère, la cour de Turin, dans la guerre précédente, avoit abandonné l'alUance avec la cour devienne et étoit de venue l'alliée delà France. On prétend que le marquis d'Orméa, dans cette occasion, avoit propose, pour prix d'une négociation avec la cour de Vienne, qu'il passeroit à son service, et qu'il y auroit une charge considérable; de quoi l'empereur Charles \1 avertit le roi de Sardaigne, en envoyant,
sous d'autres prétextes, à Turin, le prince T , qui devoit
faire connoitre la chose au roi, sans que le nainistre se doutât de sa commission.
(22) Après avoir passé un an à Turin, il ctoit revenu à Paris, et s'étoit voué aux fonctions de son état; mais voyant qu'elles ne feroient que l'exposer au fanatisme qui régnoit alors en France, à cause des disputes théologiques, il y renonça, se livrant uniquement à la culture des lettres et à la société des savants, dans la vue d'obtenir une place à l'Académie royale des inscriptions et belles-lettres, où il fut depuis reçu en qualité d'un des quatre honoraires étrangers, i
(23) On peut voir ce qui en est dit dans sa vie, qui est à la tête de la traduction en françois de ses Satires russes , par un anonyme que l'on croit être l'ami à qui Montesquieu écrit cette lettre.
(24) L'un de ceux qui assistoient à cette lecture m'a dit que, dès qu'on relevoit quelque chose, il ne faisoit pas la moindre difficulté de le corriger, de le changer, ou de l'éclaircir.
(25) Il s'agit ici d'une petite pièce de poésie envoyée pour étrennes de la nouvelle année à mademoiselle de Montesquieu. Cette pièce a été imprimée dans le Mercure de i745, avec la traduction en françois, par M. Le Franc de Pompignan.
(26) Comme il est souvent parlé dans ces Lettres de madame la comtesse de Pontac, il est bon de remarquer ici que c'est une des dames de Bordeaux qui brillent autant par son esprit et par ses liaisons avec les gens de lettres, qu'elle a brillé par sa beauté. Il est parlé d'elle dans quelques poésies de M. l'abbé Venuti.
(27) Il venoit de la marier à M. de Secondât d'Agen, gentilhomme d'une autre branche de sa maison, dans la vue de conserver ses terres dans sa famille, au cas que son fils, qui étoit marié depuis plusieurs années, continuât de n'avoir point d'enfants. Mademoiselle de Montesquieu fut d'un grand secours à son père dans la composilion de V Esprit des Lois , par les lectures journalières qu'elle lui faisoit pour soulager son lecteur ordinaire. Les livres même les plus ingrats à lire, tels que Beaumanoir, Joinville, et autres de cette espèce, ne la rebutoient point; elle s'en divertissoit même , et égayoit fort ces lectures en répétant les mots qui lui paroissoient risibles.
(28) Titre des premiers magistrats de la ville de Bordeaux. Ils firent ce présent à M.Tabbé Venuti pour lui marquer la reconnoissance de la ville pour les inscriptions et autres compositions qu'il avoit faites à l'occasion des fctes données à Bordeaux, au passage de madame la dauphine, fille du roi d'Es-r pagne.
(29) Ce sont les mêmes dont il est parlé dans la lettre précédente.
(3o} Il paroit qu'il est ici question des Satires russes du prince Cantimir, avec la vie de l'auteur, imprimées en Hollande et à Paris, tome premier, in-12.
Cantimir fût le Boileau de la Russie. Il fit connoitre à ses patriotes les Lettres persanes , la Pluralité des mondes , et d'autres bons livres.
(3i) Ce seigneur étant venu à Paris durant la guerre, avoit été mis à la Bastille.
(32) Dans le chapitre général tenu par la congrégation de MONTES'.^, auv. mêl. 3o
4GG ' Noxrs.
l'Oratoire, on déclara la guerre à l'appel de la bullo Unigenitus , et aux perruques de poil de chèvre, dont quelquesuns se servoient au lieu de grandes calottes. Plusieurs membres quittèrent plutôt que de se soumettre à ces duretés. Le P. Desmolets étoit bibliothécaire de la maison Saint-Honore, et un des plus anciens amis de l'auteur, qui, lui ayant montré son manuscrit des Lettres persanes, pour savoir si cela seroit débité, lui répondit : « Président, cela sera vendu comme « du pain. »
(33) Ayant appris de Paris que l'Académie avoit décerné le prix à la dissertation , Montesquieu fit faire une couronne de laurier, et, pendant qu'on étoit à table, il la fit mettre p.iisa fille sur la tête du vainqueur, qui ne s'attendoit point ù cette surprise.
(34) Ce correspondant de Montesquieu avoit composé autrefois im traité sur l'usure, suivant le système des théologiens, système contraire à celui de l'auteur de V Esprit des Lois , et impraticable dans les pays de commerce.
(35) Chef des manœuvres de la campagne de Montesquieu.
(36) Il avoit eu bien de la peine à persuader à ces paysans de faire aller l'eau dans un pré attenant au château de La Brède, qu'il avoit entrepris d'améliorer; les paysans s'y opposant par la grande raison banale, que ce n'étoit pas la coutume dans leur pays.
(37) Il s'agit ici de l'affaire d'Asti, oîi neuf bataillons francois furent faits prisonniers par le roi de Sardaigne.
(38) Ils regardoient l'histoire de Clément Goût , qui fut évéque de Comminges, archevêque de Bordeaux, et ensuite pape.
(39)Gett<? histoire de Clément V n'a pas encore paru(i7G8), et on croit que le mauvais état où se trouve depuis long-temps la vue de l'auteur ne lui permet pas de l'achever; on a su qu'il en lut le premier livre dans une assemblée de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, en 1747, et que cette lecture fit souhaiter de voir l'ouvrage achevé.
(40) Le tombeau de ce pape est dans la collégiale d'Useste, près de Bazas, où il fut enterré dans une seigneurie de la maison de Goût.
(41) Quelques historiens ont avancé que Brunissende, comtesse de Périgord, étoit la maîtresse de Clément lorsqu'il étoit archevêque de Bordeaux, et qu'il continua de la distinguer durant son pontificat.
(4^) L'un et l'autre étoit vrai. Lorque je passai à Turin, on me dit que ce ministre, s'apercevant que son crédit étoit fort baissé, tomba dans une maladie lente, et qu'il mourut au milieu des douleurs et des rugissements.
(4^) L'abbé Le Beuf, chanoine d'Auxerre, et depuis membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, remporta deux ou trois prix à cette académie. Ses dissertations sont pleines d'utiles recherches, mais fort pesamment écrites.
(44) Alors secrétaire perpétuel de l'académie.
(45) C'est à elle qu'il avoit dédié la traduction des Satires russes du prince Cantimir, sous le nom de Mad...., parce qu'elle étoit fort liée avec le prince Cantimir, et que c'est à sa réquisition que l'on avoit fait la traduction françoise de
ses satires.
46b iXOTES.
(46) Le chevalier Caldwell, Irlandais, s'étant arrêté à Toulouse, s'amusoit à aller prendre des oiseaux hors de la ville. Comme on le voyoit sortir tous les matins de bonne heure, et rôder autour de la ville avec un petit garçon, tenant souvent du papier et un crayon en main, les capitouls soupçonnèrent qu'il pourroit bien s'occuper à en lever le plan (i), dans un temps oîi l'on étoit en guerre avec l'Angleterre. On l'arrêta en conséquence; et comme en fouillant dans ses poches on lui trouva un dessin qui étoit celui de la machine avec laquelle il apprenoit à prendre les oiseaux, et plusieurs cartes avec un catalogue de mots qui étoient les noms des oiseaux, qu'on n'entendoit pas parce qu'ils étoient écrits en anglois, on ne douta pas que tout cela n'eût rapport à l'entreprise supposée; et on le mit aux arréis jusqu'à ce qu'il eût fait connoître son innocence, et jusqu'à ce que quelqu'un eût répondu de lui.
(47) Premier président de la cour des aides de Montpellier, conseillier d'état, et de l'académie des sciences, qui trouva le secret de faire filer des toiles d'araignées, d'en faire des bas, et d'en extraire des gouttes égales à celles d'Angleterre contre l'apoplexie. Il découvrit aussi le moyen de rendre utiles les marrons d'Inde, pour en nourrir les pourceaux et en faire de la poudre. Il avoit un cabinet d'antiquités fort curieux.
(48) Intendant du Languedoc.
(49) Le sujet du prix proposé par l'académie étoit d'expliquer en quoi consistoient la nature de l'étendue de /'autonomie dont jouissaient les villes soumises à une puissance étrangère.
• La ville de Toulo\ise n'est uoinl forlifiée.
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(5o) Ce fut M. Sarasin, irsiclent de Genève, qui s'eu rctournoit dans son pays, dont l'auteur profita pour cnvover le manuscrit de VEspritdes Zo/V au sieur Barillot, imprimeur ^de cette ville. M. le professeur Vernet fut chargé de présider à l'édition, dans laquelle il se crut permis de changer quelques mots; ce dont l'auteur fut bien piqué, et il les fit
corriger dans l'édition de Paris.
(5i) Il fait voir dans ce chapitre la nécessité d'un stathouder, comme partie intégrale de la constitution de la république. L'Angleterre venoit de faire nommer le prince d'Orange, ce qui ne plaisoit point à la France, alors en guerre , parce qu'elle profitoit de la foiblesse du gouvernenjent acéphale des llollandois pour pousser ses conquêtes en Flandre.
(Sa) Ceci a rapport à la difficulté que celui-ci moutroit toujours à croire lorsqu'on debiloit quelque aventure galante, soutenant qu'on étoit fort injuste à l'égard des femmes. Quelqu'un qui a beaucoup vécu avec ces deux amis m'a dit que Montesquieu le plaisautoit souvent là dessus, lui donmuit par cette raison le titre de protecteur du beau sexe. Disputant un jour ensemble avec quelque chaleur au sujet d'un conte de galanterie qui couroit, et que le dernier s'efforçoit d'excuser, un de leurs amis communs entra; Montesquieu se tournant subitement vers lui : Président, lui dit-il, voilà un abbé qui croit qu'on ne point.
(53) Le sujet proposé éioit Vétatdes lettres en France sous le règne de Louis AT. Le conseil de Montesquieu ayant été suivi, son correspondant remporta un troisième prix à l'académie. TS"^ous ne ccmnoissons pas cette dissertation, qui n'est point imprimée dans l'édition, faite à Tournai, des dissertations de cet auteur.
(54) A mesure qu'il coniposoit, il jetoit au feu les mémoires dont il avoit fait usage. Mais son secrétaire fit un sacrifice plus cruel aux flammes : ayant mal compris ce que Montesquieu lui dit, de jeter au feu son brouillon de son Histoire de Louis XI, dont il venoit de terminer la lecture de la copie tirée au net, il jeta celle-ci au feu; et l'auteur ayant trouvé en se levant le brouillon sur sa table, crut que le secrétaire avoit oublié de le brûler, et le jeta aussi au feu; ce qui nous a privés de l'histoire d'un règne des plus intéressants de la monarchie françoise, écrite par la plume la plus capable de le faire connoître. Le malheur n'est point arrivé dans sa dernière maladie, comme l'a avancé Fréron dans ses feuilles périodiques, mais en l'année 17^9 ou 1740, puisque Montesquieu conta l'accident qui lui étoit arrivé à un de ses amis, à l'occasion de Y Histoire de Louis X/par Duclos, qui parut quelque temps après l'an 1740.
(55) Étant parti de Bordeaux, il profita de l'absence de Montesquieu pour parcourir en détail les provinces méridionales de France d'une mer à l'autre, et jusqu'au centre des Pyrénées, pour y connoître les savants, les académies, les bibliothèques, les antiquités, les ports de mer, les productions propres à chaque province, et l'état du commerce et des fabriques; ce dont il a conservé des mémoires très-intéressants.
(56) Ceci a rapport à la traduction italienne du poëme de la Religion , dont nons avons avons parlé dans la note (8), page 459.
(57) Plaisanterie fondée sur ce que ce voyageur, étant arrivé en Languedoc précisément dans le temps que les Autrichiens et les Piémontais avoient passé le Var, à la question que quelqu'un lui fit de quelle partie de l'Italie il étoit, ré-
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pondit en plaisantant : « De la république de Saint-Martin , " qui n'a rien à démêler avec les puissances belligérantes. >< Cette réponse avoit étoit prise au sérieux par quelques personnes, conjecturant bonnement qu*il étoit venu sans doute en France pour négocier en faveur des intérêts de sa république.
(58) Ancien médecin du régent, et le meilleur oculiste qu'il V eût en France. Il s'étoit retire à Auteuil, dans la maison de Despréaux son ami , qu'il avoit achetée après sa mort. C'est par allusion à ces deux hôtes que Montesquieu , se promenant un jour avec M. Gendron, fit ces deux vers, qu'il faudroit mettre, dit-il en badinant, sur la porte :
Apollon, dans ces lieux, prêt à nous secourir, Quitte l'art de rimer pour celui de guérir.
Voltaire avoit fait quatre vers sur le même. Ce médecin n'exerçoit plus sa profession que pour quelques amis. Il n'aimoit pas à pai'ler de médecine, et il avoit une très-médiocre idée des médecins en général. Il vivoit d'une honnête rente viagère qu'il s'étoit faite , faisant beaucoup d'aumônes aux pauvres, aux malades indigents, qu'il voyoittous les jours, et aux persécutés pour cause de jansénisme.
(59) Il étoit allé à Bordeaux pour y passer un hiver, et la compagnie de Montesquieu l'y retint trois ans, l'un et l'autre s'occupant beaucoup à l'étude et s'amusant à l'agriculture.
(60) Femme de M. Geoffrin, entrepreneur des glaces, qui, par le caractère de son esprit, et par l'état de sa fortune, étoit parvenue à attirer chez elle une société de beaux-esprits, de gens de lettre et d'artistes, auxquels elle donnoit à dîner deux fois par semaine, se rendant par là une manière de dictateur
<Ie l'esprit, âes talents, du mérite et de la bonne compagnie. Sa maison étoit aussi le rendez-vous de plusieurs seigneurs et dames, qui s'arrangeoient pour aller souper chez elle. La société que l'on trouvoit dans cette maison faisoit que les étrangers cherchoient à y être introduits. La maîtresse du logis ne négligeoit pas d'attirer ceux qui pouvoient lui donner du relief. Elle étoit trèsHDfficieuse pour ceux qui lui convenoient, et sans miséricorde pour ceux qui ne lui plaisoient pas. Elle disoit qu'elle tenoit toujours sur sa table une aune pour mesurer ceux qui se présentoient chez elle pour la première fois, et c'etoit par cette aune qu'elle jugeoit, disoit-elle, à l'œil s'ils pouvoient devenir des meubles qui convinssent à sa maison. On prétend néanmoins que cette aune étoit quelquefois fautive. Tout cela lui mérita de jouer, dans la comédie des Philosophes, un rôle dont on dit qu'elle ne fut pas fort flattée.
(61) Voyez la letti'e page 338, au sujet d'une place à l'académie des inscriptions et belles-lettres que sollicitoit M. l'abbé de Guasco.
(62} Par les avantages que ce prince avoit remportés sur l'armée angloise dans son expédition d'Ecosse.
(63) Il étoit alors marquis, et fut fait duc et pair après son ambassade d'Angleterre.
(64) J'ai appris à Turin que, lorsque celui-ci eut lu la première fois X Esprit des Lois , il dit : « Voilà un livre qui opé- « rera une révolution dans les esprits en France. » C'est une des preuves que ses jugements étoient justes.
(65) Auteur de fables ingénieuses imprimées à Paris chez Didot jeune, en 1796, et de mélanges piquants de littérature
NOTES. ^j'5
dont cet aimable Nestor a embelli notre crépuscule littéraire en 1797.
(66) Auteur de la F^ie de Charlemagne , et de plusieurs ouvrages faits pour le théâtre tels que la comédie des Mécontents, et divers opéras intitulés : Les Voyages de l'Amour, Dardanus , Erigone^ et le Prince de Noisy. Il mourut en 1/55, de la petite-vérole , à Rome , où il étoit chargé des affaires de France, et fut extrêmement regi'etté de tout le monde. Il avoit le privilège du Mercure de France y qui a passé anrès Itd à M. de Boissy.
(67) M. de Rastignac, un des plus illustres prélats de France de son temps.
(68) Le comte Colbert d'Estoutevilles, petit-fils du gi-and Colbert, homme d'esprit, mais tourné à la singularité, conçut le projet de traduire le Dante en françois. Il avoit depuis long-temps exécuté ce projet par une traduction en prose, sur laquelle il se réservoit de consulter quelque Italien. Cette traduction a été imprimée en 1796. C'est la première traduction complète du poëme du Dante : Moutonnet et Rivarol n'avoient traduit que la première partie.
(6y) Ce traducteur avoit inséré beaucoup de pensées et de choses tirées des commentaires de ce poète dans le texte qu'il traduisit; et il n'etoit pas toujours docile dans les coiTections à faire : ce qui avoit fait abandonner cette lecture.
(70} Elle est fort singulière et fort courte : il dit que, dans son enfance, sa mie lui a souvent parlé de paradis, d'enfer et de purgatoire, sans lui en donner aucune idée; qu'avancé en âge, ses précepteurs lui ont souvent répété les mêmes choses, sans l'éclairer davantage; que, dans l'âge mûr. il a consulté
différents théologiens, et qu'ils l'ont laisse dans la même obscurité; mais qu'ayant fait vm voyage en Italie, il a trouvé que le premier poète de cette nation étoit le seul qui l'eût satisfait sur la nature de ces trois demeures dans l'autre monde; ce qui l'avoit déterminé de le traduire en françois, pour être utile à ses concitoyens.
(71) Il demandoit un jour quelque chose à M. de Chauvelin, alors garde des sceaux, touchant le procès qu'il avoit pour le duché d'Estoutevilles, qu'on lui contestoit; ce ministre s'étoit servi de ces termes en lui parlant : « Slonsieur, je dois vous » dire que ni le roi, ni monsieur le cardinal, ni moi, n'y consen- » tirons jamais. » A quoi M. d'Estoutevilles répliqua sur-le- " champ: Ma foi, monsieur, voilà deux beaux pendants que vous » donnez au roi, monsieur le cardinal et vous. Je suis fils et » petit-fils de ministres; mais si mon père ou mon grand-père » eussent tenu un pareil propos, on les eût mis aux petites raai- » sons. » Et il se retira.
(72) C'étoit le premier ouvrage qui eût été fait sur les découvertes d'Herculanum.
(7 3) C'étoit, des académiciens de Bordeaux, celui qui fournissoit le plus fréquemment des mémoires.
(74) Madame de Pontac. Montesquieu ne la nommoit ordinairement dans ses lettres que la comtesse , ou notre comtesse.
(75) L'abbé Venuti, après s'être retiré de l'abbaye de Clérac, avoit fixé son séjour à Bordeaux, attaché à l'académie des sciences et belles-lettres de cette ville; mais l'empereur l'ayant nommé prévôt de Livourne , il fut obligé d'en partir; et son départ fut regardé comme une grande perte pour l'a-
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cadétnie. Pendant son séjour à Livourne, il a continué d'enrichir la république des lettres de différentes bonnes dissertations. Le mauvais état de sa santé l'obligea de renoncer à sa place pour se retirer à Cortone dans sa famille.
(76) Dame de Bordeaux qui aimoigJcs lettres, et surtout l'histoire naturelle , dont elle rassembloit une collection.
(77) L'original de cette lettre étoit à Ratisbonne, dans la bibliothèque du prince de La Tour-Taxis.
(78) Ce bruit étoit faux.
(79) Ce ne fut en effet qu'après le voyage que M. de La Condamine fit à Londres, peu d'années après, qu'on vit à Paris les premiers essais de l'inoculation. Cet académicien ne se borna pas à faire verbalement des rapports de ses observations sur cette pratique; mais il les mit par écrit, et les communiqua au public, le mettant par là en état d'y réfléchir et de se persuader de la réalité des avantages qu'on retireroit de cette pratique, néanmoins encore combattue par la déraison du préjugé et la cabale de bien des médecins.
(80) L'ouvrage de l'abbé Venuti, dont parle Montesquieu, est intitulé, il Trionfo letterario délia Francia ( le Triomphe littéraire de la France ). Rappelé dans sa patrie , l'abbé Venuti craignit qu'on ne l'accusât d'ingratitude, si, en quittant la France, il ne laissoit aucun monument de sa reconnoissance pour tous les agréments qu'il y avoit trouvés, et de son admiration pour les grands génies qu'elle renferme dans son sein. C'est dans cette vue qu'il a composé son poëme en plusieurs chants, où il donne des éloges auxouels l'amitié a bien
autant de part que le vrai mérite. Quoi qu'il en soit, on ne refuse pas de souscrire à ce qu'il dit de Montesquieu : « Si » une dme aussi grande, dit-il, se fût trouvée dans le sénat i) latin, la liberté romaine vivroit encoi'c à la honte des ty- ■» rans. Son nom surpassera la durée du roc Tarpéien ; et sa » gloire ne périra pliant tant que Thémis dictera ses oracles » sur les bancs françois, et que les dieux conserveront à » l'homme le don de la pensée. » Tel est le sens du compliment que l'abbé Venuti a fait à Montesquieu dans son poëme italien, et dont Montesquieu le remercie dans cette lettre.
(81) L'un des premiers commis du bureau des affaires étrangères, et fort savant académicien de Paris, le même qui essuya depuis tant de mortifications, pour avoir, en qualité de censeur royal, donné son approbation pour l'impression du livre de l'Esprit.
(82) Le poëme de l'abbé Venuti est dédié à M. de Puylsieiix , alors ministre des affaires étrangères.
(83) Secrétaire perpétuel de l'académie de Bordeaux homme d'un esprit très-aimable et d'une vaste littérature, mais très-irrésolu lorsqu'il s'agit de travailler et de publier quelque chose : ce qui fait que les mémoires de cette académie sont fort arriérés , et que nous sommes privés d'excellents morceaux de cet eci'ivain, qui sont enfouis dans son vaste cabinet.
(84) Il entend parler des affaires littéraires, parce que ce secrétaire de l'académie n'avoit jamais voulu se donner la I)eine de rédiger ses mémoires, et en faire part au public.
(85) Bibliothécaire du cardinal de Rohan à l'hôtel de Sou-
bise, chez qui s'assembloient, un jour de la semaine, plu-, sieurs gens de lettres, pour converser sur des sujets littéraires. Montesquieu, dans le premier voyage qu'il fità Paris ^ fréquentoit cette société; mais, trouvant que le P. Tournemine vouloit y dominer, et obliger tout le monde à se plier à ses opinions, il s'en retira peu à peu et n'en cacha pas la raison. Depuis lors, le P. Tournemine commença à lui faire des tracasseries dans l'esprit du cardinal de Fleury, au sujet^ des Lettres Persanes. On a entendu conter à 3Iontesquieu que, pour s'en venger, il ne fit jamais autre chose que de demander à ceux qui lui en parloient : Qui est-ce que ce P. Tournemine ? je n'en ai jamais entendu parler : ce qui piquoit beaucoup ce jésuite, qui aimoit passionnément la célébrité.
(86) On a plusieurs volumes de fort bons mémoires littéraires lus dans cette société, recueillis par ce bibliothécaire de l'Oratoire, chez qui s'assembloient ceux qui en sont les auteurs. Les jésuites, ennemis des pères de l'Oratoire, ayant peint ces assemblées, quoique simplement littéraires , comme dangereuses, à cause des disputes théologiques du temps, elles furent dissoutes, non sans un préjudice réel pour les progrès de la littérature.
(87) Le marquis d'Argenson, ci-devant ministre des affaires étrangères, après sa démission, donnoit à dîner à ses confrères tous les jours d'assemblée d'académie, se dédommageant ainsi de son désœuvrement avec les gens de lettres, et l'abbé de Guasco, qui venoit d'être reçu à l'académie des inscriptions, avoit été admis au nombre des convives.
(88) L'abbé de Guasco a traduit les satires du prince Cantimir, ambassadeur de Russie à la cour de France.
(89) Plaisanterie qui fait allusion à l'étude particulière qu'un gentilhomme de Languedoc a faite de la généalogie de toutes les familles, et qui fait le sujet ordinaire des entretiens qu'il a avec les gens de lettres. L'abbé Bonardi , dans sa tournée , avoit été visiter ce gentilhomme dans son château , et s'étoit fort enrichi d'érudition généalogique, dont il ne manquoit pas de faire étalage à son retour à Paris ; il alloit quelquefois en favoriser Montesquieu; ce qui l'ennuyoit beaucoup et lui faisoit perdre des heures précieuses.
(90) Savant Anglois, entièrement aveugle, excellent poète latin, qui, pendant le séjour qu'il fit à Paris, entreprit la traduction du Temple de Gnide en vers latins , mais dont il ne donna que le premier chant.
{91) Ouvrage de l'abbé Venuti. Il a été fait une autre traduction en italien du Temple de Gnide, par M. Vespasiano ; celui-ci a été imprimé avec le texte original en regard à Paris en 1766, in-i2 , chez Prault.
(92) Ce portrait envers, fait par Montesquieu, se trouve à la page 282 de ce volume. L'abbé Venuti a traduit cette pièce en vers italiens.
(93) La réponse par M. Risteau, directeur de la compagnie des Indes, aux observations de M. Dupin sur X Esprit des Lois, se trouve dans le cinquième volume. D.
(94) On a déjà parlé, dans une note, de cet écrivain fort versé dans l'histoire de la littérature moderne de France, mais fort prolixe dans ses écrits et dans ses lettres. Il a laissé des manuscrits sur les auteurs anonymes et pseudonymes.
(95) Pour demander a Sa Majesté une place dans l'académie de Nancv.
(96) Cette lettre fut envoyée à Montesquieu en même temps que celle du secrétaire perpétuel, écrite au nom de l'académie. Le secrétaire lui marquoit que la société avoit vu avec joie la lettre qu'il avoit écrite à Sa Majesté : « Vous lui de- >' mandez , monsieur, disoit-il , une grâce que nous aurions été « empressés de vous demander à vous-mêmes, si l'usage nous » l'avoit permis. Nous nous estimons heureux que vous préw veniez nos désirs. Vous pouvez, plus qu'un autre, nous » faire entrer dans l'esprit de nos lois , et nous apprendre à » remplir les vues du monarque que vous aimez, et que nous >) voulons tâcher de satisfaire. C'en est déjà un moyen que de "VOUS donner une place parmi nous; et nous vous l'accor- » dons avec d'autant plus de plaisir, que nous pouvons par l;i » nous acquitter envers Sa Majesté d'une partie de notre re- » connoissance, etc. » La satisfaction qu'avoit l'académie de répondre aux désirs de M. de Montesquieu fut bientôt augmentée par l'envoi que ce nouveau confrère lui fit d'un écrit qui a pour titre Ljsimaque : il étoit accompagné de la lettre suivante, adressée au secrétaire de la société. On y verra quelle étoit la raison qui engageoit Montesquieu à préférer à tout autre sujet celui qu'il traite dans cet ouvrage.
(97) Dans la Correspondance inédite de madame Du Deffand, quelques-unes de ces lettres portent des dates reculées de dix ans ; ce qui est é\-idemment une erreur, puisqu'il y est parlé d'événements arrivés postérieurement à ces dates.
(98) Ambassadeur de Sardaigne à Paris , qui y fut fort estimé.
(99) En Piémont, par les constitutions du pays, les ecclésiastiques ne peuvent point posséder de fiefs, ni en prendre le titre. Les deux frères étant exposés aux périls de la guerre,
48o NOTES.
il pouvoit arriver que, venant à manquer, le fief qui donne le titre à leur famille retombât à la couronne ou dans une famille étrangère. D'ailleurs , comme il étoit établi en Allemagne, où les ecclésiastiques ne sont pas sujets à la même loi, il demanda au roi de l'investir aussi lui-même de ce fief; grâce que le roi lui accorda par une patente particulière, avec le titi'e, juridiction et prérogative du comte de sa famille, dérogeant à cet effet à l'article des constitutions sur ce sujet.
(loo) Ou de Cornbury, dernier descendant du célèbre chancelier Hyde, fort aimé en France, où il demeuroit depuis quelques années, et où il mourut de consomption, trèsregretté de tous ceux qui connoissoient son caractère et son esprit.
(loi) Ancienne ville (ï Industria , dont on a découvert des ruines près des bords du Pô, en Piémont, mais dont la decouverte n'a pas produit beaucoup de richesses antiques; les morceaux les plus précieux qu'on ait trouvés sont un beau trépied de bronze, quelques médailles et quelques incriptions.
(102) De ne point repondre aux critiques de ï Esprit des Lois.
(io3) L'abbé de La Porte fut le premier qui osa critiquer \ Esprit des Lois dans ses feuilles périodiques. On disoit dans le public qu'il y avoit été induit par M. Dupin, fermier-général, qui commençoit à escarmoucher par des troupes légères envoyées en avant.
(104) Ce fermier-général fit ensuite imprimer, à ses frais, une critique presque aussi étendue que V Esprit des Lois, qu'il
distribua à ses connoissances , à condition de ne point la prêter. On ne manqua pas cependant de faire passer un exemplaire de cette critique entre les mains de M. de Montesquieu, et dès qu'il eut percouru quelques parties de cette rapsodie , il dit qu'il ne valoit pas la peine de lire le reste, se reposant sur le public. En effet, la mauvaise foi qu'on découvrit dans les citations des passages mutilés, à dessein de rendre l'auteur de X Esprit des Lois odieux au gouvernement, ainsi que les mauvais raisonnements, l'indignèrent au point que M. Dupin crut devoir retirer les exemplaires distribués, sous prétexte d'en faire une nouvelle édition, pour corriger des fautes qui s'étoient glissées; mais cette nouvelle édition ne parut jamais.
(io5) Des biens, sous la seigneurie d'Aiguillon, causoient un procès qui duroit depuis long-temps au sujet du francalleu : procès qui avoit failli le brouiller avec madame la duchesse d'Aiguillon, son ancienne amie, et qu'il avoit par cette raison fort à cœur de voir terminé.
(106) Il arrive souvent, à Bordeaux, que des gentilshommes cherchent à épouser des filles des habitantsde l'Amérique, dans l'espérance d'en avoir beaucoup de biens. Montesquieu désap>prouvoit ces sortes de mariages faits pour de l'argent, qu'il disoit abâtardir les sentiments de la noblesse, et sur lesquels on étoit souvent trompé, parce que les fortunes prétendues des îles se réalisoient rarement.
(107) Alors commissaire d'Angleterre pour les affaires de la barrière à Bruxelles , et depuis ministre plénipotentiaire à Berlin; homme de beaucoup d'esprit et d'un caractère fort aimable. M. d'Ayrolles étoit ministre de la même cour à Bruxelles.
(108) Cette réponse est de M. Risteau, alors jeune négo-
3IONTESQ. œnv. met. 3i
l[Sl JVOTES.
ciant de Bordeaux, et depuis un des directeurs de la Compagnie des Indes. Elle fut imprimée dans quelques éditions des Lettres familières. Elle est de i34 pages in-12. On n'en tira qu'un petit nombre d'exemplaires. Montesquieu en faisoit un très-grand cas , et n'y eut aucune part. Il avoua même qu'il eût été fort embarrassé de répondre à certaines objections que son jeune défenseur avoit réfutées de manière à ne laisser aucun lieu à la réplique.
On regarda cette pièce comme supérieure à la Suite de la défense de l'Esprit des Lois, par La Beaumelle, quoique celle-ci soit écrite avec chaleur. (Voyez cette réponse de M. Risteau dans le cinquième volume de cette édition. )
On trouve dans la Bibliothèque d'un homme public un fragment précieux , en réponse à une critique de V Esprit des Lois.
Langlet, juge de Bapaume , a publié aussi des observations très-judicieuses en l'honneur de ce grand homme.
Tels sont les principaux écrits apologétiques.
(109) Subside que la cour devienne s'étoit engagée de payer aux Hollandois pour les garnisons des places de la barrière.
(iio) Après avoir tenu long-temps V Esprit des Lois sur les fonts, la Sorbonne jugea à propos de suspendre sa censure.
(m) Le P. Gerdil, barnabite, outre plusieurs autres ouvrages, a fait la F^ie du bienheureux Alexandre SauU , et un Traité des Vérités de la Religion : le premier est écrit en françois, et le second en italien.
(112) Dame qui fonda le premier prix des jeux floraux dans le quatorzième siècle. On conserve sa statue avec honneur à l'hôtel-de-ville, et on la couronne de fleurs tous les ans.
(il 3) Femme d'un trésorier de France, qui cultivoit la poésie.
(ii4) M. de Tourny, intendant de Guienne, à qui Bordeaux doit les embellissements de cette ville , pour suivre un plan des édifices qu'il entrenrit, et faire un alignement, vevoit de masquer le bel hôtt le l'Académie; elle s'y opposa , et obtint de la cour gain de cause contre l'intendant.
(i 1 5) L'auteur disoitqu'il n'avoit jamais ouï dire à ce prince que ce qu'il falloit dire sur le sujet dont on parloit, même lorsqu'en quittant de temps en temps sa partie, il seméloitde la conversation. Dans un petit écrit que Montesquieu avoit fait sur la Considération , en parlant du prince Eugène, il avoit dit qu'on n'est pas plus jaloux des grandes richesses de ce prince qu'on ne l'est de celles qui brillent dans les temples des dieux. Le prince , flatté de ces expressions , fit un accueil très-distingué à Montesquieu à son arrivée à Vienne , et l'admit dans sa société la plus intime.
(ii6)La singularité de ce château, dont la forme n'a point changé, est assez remarquable. C'est un bâtiment hexagone , à pont-levis, entouré de doubles fossés d'eau vive, revêtu de pierres de taille. Il fut bâti sous Charles VII pour servir de château fort ; et il appartenoit alors aux MM. de La Lande , dont la dernière héritière épousa un des ancêtres de Montesquieu. L'intérieur de ce château n'est effectivement pas fort agréable par la nature de sa construction ; mais Montesquieu en a fort embelli les dehors par des plantations qu'il y a faites.
Tous les voyageurs distingués s'empressent de le visiter. Ce château fixa l'attention de l'empereur Napoléon et de l'impératrice Joséphine, pendant leur séjour à Bordeaux, en
1808. Le petit-fils de Montesquieu étoit l'un des commandans de la garde d'honneur bordelaise organisée par M. de Montbadon , alors maire de Bordeaux , et que l'empereur Napoléon nomma gouverneur du palais dont la ville lui avoit fait hommage. M. de Montesquieu ne s'y présentoit que pour le service dont il avoit été chargé. Il sembloit attacher peu d'importance à des fonctions si opposées à la simpliste de ses goûts. Il vit dans ses domaines , et fait sa résidence habituelle dans le château dont le génie de son aïeul a rendu le nom historique.
(117) Ambassadeur de Sar daigne à Paris, homme de beaucoup d'esprit, et plus véridique qu'on ne souhaite dans les sociétés.
(118) Il disoit d'elle, qu'elle étoit également bonne à en faire sa maîtresse , sa femme , ou son amie.
(119) Cette dame étant un jour en habit d'amazone à la campagne, à Montigny, il en avoit fait le portrait dans un sonnet. Ce sonnet ayant été lu à milord Éliban, qui ne la connoissoit pas, il dit que ce ne pouvoit être qu'un portrait flatté ; et ayant depuis fait connoissance avec elle , il reprochoit à l'auteur de n'en avoir pas assez dit.
(120) L'auteur de cet écrit, in-12 , Berlin, 1731 , étoit La Beaumelle. On l'attribua faussement à Montesquieu. Il y a une lettre de lui qui dément cette fausse imputation. Voyez le recueil B. , n* 1222 , à la bibliothèque Mazarine.
(121) Ce fut lui qui, à force de sollicitations, lui arracha, comme malgré lui , l'unique réponse qu'il ait faite aux critiques sous le titre de Défense de CEsprit des Lois , que le public a reçue comme un chef-d'œuvre de critique et un modèle de bon goût.
(122) Il a dit à quelques amis que, s'il avoit eu à donner actuellement ces Lettres , il en auroit omis quelques-unes , dans lesquelles le feu de la jeunesse l'avoit transporté ; qu'obligé par son père de passer toute la journée sur le code, il s'en trouvoit le soir si excédé, que, pour s'amuser, il se mettoit à composer une lettre persane , et que cela couloit de sa plume sans étude.
Cia3) Il étoit alors général-major au service d'Autriche. Il fut choisi dans la dernière guerre pour quartier-maître général de l'armée de Bohême; il eut part, en cette qualité, à la victoire de Planian ; et la réputation qu'il s'est faite dans les défenses mémorables de Dresde et de Sch-wednitz , prouve que Montesquieu se connoissoit en hommes. Il mourut d'apoplexie à Kœnisberg, où il étoit prisonnier de guerre, dans le grade de général en chef d'infanterie , et chevalier grand' croix de l'ordre militaire de Marie-Thérèse. Elle honora par des regrets très-marques la perte de ce général , auquel l'ennemi même rendit les honneurs les plus distingués durant sa captivité et sa mort, mort qu'il eût peut-être évitée, si les témoignages honorables que le roi de Prusse rendit à sa captivité après le siège de Sch-wednitz eussent été accompagnés de la grâce de pouvoir aller; prendre les bains, suivant la convention faite verbalement avec le général ennemi lors de la reddition de la place.
f 124) C'est-à-dire de sa bibliothèque particulière; homme d'autant plus estimable , que, né dans un état bien éloigné de la culture des lettres, il est parvenu à les cultiver, sans secours, par la seule force du talent.
(ia5) Il savoit que c'étoit à lui que les libraires de Vienne dévoient la liberté de pouvoir vendre Y Esprit des Lois, dont
la censure précédente des jésuites empêchoit l'introduction à Vienne ; car M. le baron de Van-Swieten n'est pas seulement l'Esculape de cette ville impériale par sa qualité de premier médecin de la cour, il est encore l'Apollon qui préside aux Muses autrichiennes, tant par sa qualité de bibliothécaire impérial , charge qui , par un usage particulier à cette cour, est unie à celle de premier médecin, que par celle de président de la censure des livres et des études du pays ; de sorte qu'il pourroit être en même temps le médecin des esprits comme il l'est des corps , si le despotisme sur le Parnasse n'étoit pas trop effrayant pour les Muses, et si la sévérité, lorsqu'elle est trop scrupuleuse , ne rendoit pas plus ingénieux dans h contrebande des livres dangereux, comme elle prive quelquefois de ceux qui sont d'une utilité relative aux différentes professions. Quoi qu'il en soit, malgré la satire qu'on lit dans les dialogues de Voltaire, portai^t également sur les fonctions des deux ministères de ce savant médecin , Vienne lui doit déjà quelques changements utiles au bien des études; et ce poète célèbre lui doit surtout que son Histoire universelle soit, contre toute attente, entre les mains de tout le monde dans ce pays-là.
(126) Ce nom n'a pas pu se lire , l'écriture est effacée.
(127) Il avoit été intimement lié avec le marquis de Breil, le commandeur de Solar son frère , et le marquis de Saint- Germain , tous les trois ambassadeurs de Sardaigne , le premier à Vienne , les deux autres à Paris ; tous les trois hommes du premier mérite.
(128) On parloit de \ Esprit des Lois au dîner d'un ambasrsadeur : S. Exe. prononça qu'il le regardoit comme l'ouvrage d'un mauvais citoyen. « Montesquieu mauvais citoyen ! s'écria
» son ami : pour moi , je regarde Y Esprit des Lois même ji comme l'ouvrage d'un bon sujet ; car on ne sauroit donner » une plus grande preuve d'amour et de fidélité à ses maîtres V que de les éclairer et de les instruire. »
(129) Il venoit de paroître un ouvrage intitulé le Tombeau de la Sorbonne , fait sous le nom de l'abbé de Prades.
(i3o) Le roi Stanislas les avoit fait agréger à son académie de Nancy.
(i3i) L'usage de la cour de Vienne est de ne point donner, comme dans plusieurs autres, un précepteur en chef aux princes de la maison , mais seulement des instructeurs, dont chacun est chargé d'enseigner la partie de littérature qu'on leur fait apprendre; et dans le choix de ceux qu'on nomme pour ces différents départements , on ne consulte que la capacité , sans avoir égard à la condition des personnes.
(iSa) L'impératrice venoit d'accorder une croix de distinction, portant l'aigle impériale avec le chiffre du nom de IMarie-Thérèse , au chapitre de Tournay, le plus ancien des Pays-Bas , et le seul où l'on est admis faisant preuves de noblesse.
(i33) En vertu d'une bulle de Martin V, ce chapitre, comme plusieurs autres d'Allemagne, doit être composé de deux classes de chanoines, de nobles et de gradués. Des gens intéressés à tenir ce corps dans leur dépendance faisoient fréquemment des brèches à la maxime établie, pour y faire entrer de leurs créatures propres à seconder leurs vues. C'est pour ob'vier aux suites des altérations faites contre l'esprit de sa constitution que ce chapitre chargea ce député d'obtenir un diplôme de Sa Majesté l'impératrice, qui arrête le cours de cet abus,
en fixant d'un côté les degrés de noblesse qu'on doit prouver pour être reçu dans la classe des nobles, et prescrivant, de l'autre , qu'il ne suffiroit pas que les licenciés et docteurs eussent une patente de ces grades qu'on achetoit souvent; mais qu'ils ne seroient considérés pour tels qu'après avoir fait un cours d'tlude en règle, pendant cinq ans, à l'université de Louvain ; disposition également utile à l'encouragement des études de cette université et au chapitre , qui en ressent déjà les effets salutaires par le nombre des sujets distingués qui s'y accroît tous les jours depuis.
(i34) Cet ami lui avoit mandé qu'il avoit été fort choqué dt deux propositions qu'il avoit entendues. La première étoit, qu'à l'occasion d'un ouvrage qu'il avoit fait imprimer, un seigneur lui dit qu'il ne convenoit point à un homme de condition de se donner pour auteur. La seconde étoit d'un militaire du premier rang, dite à son frère , à propos des lectures assidues qu'il faisoit des livres du métier : « Les livres, lui fut-il dit, » servent peu pour la guerre ; je n'en ai jamais lu, et je ne suis » pas moins parvenu aux premiers grades. »
(i35) Ceci a rapport à son départ de Berlin et à sa fâcheuse aventure de Francfort.
(i36} Imprimeur de ses ouvrages à Paris.
(137) Benoît XIV l'ayant fait agréger à l'académie de l'histoire romaine , il avoit lu une dissertation sur le préteur des étrangers en présence de sa sainteté , qui assistoit régulièrement aux assemblées qu'elle faisoit tenir dans le palais de sa résidence; cette dissertation fut imprimée à Rome, et est insérée dansles Mémoires de l'Acadéi/iie de Cortone , tome VII.
(i38) Alors ministre impérial à Naples, et actuellement
ministre plénipotentiaire des états deLombardie à Milan , admirateur des ouvrages de Montesquieu , et ami des gens de lettres de tous les pays.
(iSg) Bibliotlîécaire du collège romain, et garde du cabinet des antiquités que le P. Kircher laissa à ce collège.
(i4o) Ce jésuite avoit à Rome beaucoup de part dans les affaires de la constitution Unigenitus , et brocantoit des médailles. On connoissoit son projet d'un nouveau Saint-Augustin, pour l'opposer à r^u^«5ri/2 de Jansénius : ses principes là-dessus étoient tels que les paradoxes du P. Hardouin n'eussent fait que blanchir, et le pélagianisme se seroit renouvelé dans toute son étendue.
(i4i) Il s'étoit alors élevé une dispute entre la cour de Naples et l'ordre de Malte au sujet des droits de la monarchie de Sicile , qu'on prétendoit s'étendre sur cette île.
(142) Il gagna un procès contre la ville de Bordeaux, qui lui porta onze cents arpents de landes incultes , où il se mit à faire des plantations de bois et des métairies, l'agricultiire faisant sa principale occupation dans les moments de relâche. Il avoit fait présent de cent arpents de ces terres incultes à son ami , pour qu'il pût exécuter librement ses projets d'agriculture , mais son départ et ses engagements ailleurs ont fait rester ce terrain en friche.
(143) Sa Sainteté lui avoit dit avoir entre ses mains une lettre par laquelle ce monarque promettoit à Clément XI de faire rétracter son clergé de la délibération touchant les quatre propositions du clergé de France, de 1682 ; que cette lettre lui avoit tenu si fort à cœur , que , pour la tirer des mains du cardinal Annibal Albani, camerlingue, qui faisoit difficulté
de la livrei', il avoit été obligé de lui accorder, non sans quelque scrupule, disoit-il , certaines dispenses que ce cardinal exigeoit.
Le cardinal de Polignac a conté à quelqu'un une anecdote qui a ra[)port à ceci, et qui est digne d'être rapportée. Le P. Le Tellier alla un jour le trouver, et lui dit que, le roi étant déterminé de faire soutenir dans toute la France l'infaillibilité, ilprioitS.Em.d'y donner la main. A quoi le cardinal répondit: « Mon père, si vous entreprenez une pareille chose, vous » ferez mourir le roi bientôt. » Ce qui fit suspendre les démarches et les intrigues du confesseur à ce sujet.
(144) Pierre Doyenart fut laquais du fils de Montesquieu, pendant qu'il étoit au collège de Louis-Ie-Grand. Ayant appris un peu de latin , il se sentit appelé à l'état ecclésiastique, et par l'intercession d'une dame, il obtint de l'évêque de Bayonne , dont il étoit diocésain , la permission d'en prendi'e l'habit. Devenu prêtre et bénéficier dans l'église, il vint à Paris demander à Montesquieu sa protection auprès du comte de Maurepas, pour avoir un meilleur bénéfice qui vaquoit, le priant à cet effet de se charger d'une requête pour le ministre. Elle débutoit par ces mots : « Pierre Doyenart , prêtre » du diocèse de Baïonne , ci-devant employé par feu M. l'é- » vêque à découvrir les complots des jansénistes , ces perfides » qui ne connoissent ni jjape , ni roi , etc. » Montesquieu , ayant lu ce début , plia la requête , la rendit au suppliant , et lui dit : « Allez , monsieur, la présenter vous-même, elle vous » fera honneur et aura plus d'effet : mais auparavant passez » dans ma cuisine, pour déjeûner avec mes valets. » Ce que M. Doyenart n'oublioit jamais de faire dans les visites fréquentes qu'il faisoit à son ancien maître. Il parvint , quelque temps après , à la dignité de trésorier dans un chapitre d'une cathédrale en Bretagne.
NOTES. 4y ^
(145) Cet ouvrage, qui n'étoit alors que commencé, a été continué; mais les incommodités survenues à l'auteur l'ont empêché , pendant quelques années , d'y donner la dernière main.
J'apprends cependant qu'il vient d'être terminé, et qu'il ne reste plus que d'être copié, pour être mis en état d'être imprimé. Quelques chapitres qui ont été lus par des savants en font bien juger , et souhaiter d'avoir l'ouvrage en entier. On dit qu'on y trouve autant de philosophie que d'érudition.
(146) Irlandaise, concierge de la maison qu'il tenoit à Paris, fort zélée pour le prétendant.
(147) Ce magistrat éclairé, de Florence, a fait un ouvrage dans lequel il prouve que les principes de X Esprit des Lois sont ceux des meilleurs écrivains de l'antiquité.
(148) Cet article fut retranché.
(149) L'impératrice Marie-Thérèse, reine de Hongrie.
(i5o) Comme cette tracasserie courut tout Paris dans le temps, il ne sera pas indifférent d'en dire quelque chose. Les raisons que madame Geoffrin disoit avoir pour rompre avec cet étranger, qui avoit été de sa société, étoient 1° que lui ayant donné une commission d'un service de faïence pendant qu'il étoit en Angleterre, il le lui avoit fait rembourser en trois paiements différents, des fonds qu'il avoit à Paris, au lieu de lui envoyer une lettre de change du total; 1° qu'il avoit manqué au ton de la bonne compagnie en parlant un jour chez elle, dans le moment qu'on alloit dîner, d'une colique dont il étoit tourmenté, et qui l'obligea de se retirer; 3° qu'il tenoit à trop de sociétés; 4° qu'elle le soupçonnoit d'être un espion des cours de Vienne ou de Turin, puisqu'il étoit tant
lié avec les ministres étrangers. Mais à ces raisons, sans doute véritables, des gens ont ajouté malicieusement i* que cet étranger ayant contracté plus de liaisons dans Paris qu'il n'en eut d'abord, et n'allant plus journellement chez elle, elle se crut négligée; a" qu'ayant fait la vie du prince Cantimir, et parlé des personnes avec qui il étoit en liaisons, il ne l'avoit pas nommée; 3° que lui ayant fait espérer la connoissance de M. le marquis de Saint-Germain, ambassadeur de Sardaigne, homme très-estimé, qu'elle ambitionnoit beaucoup de voir chez elle, la chose n'eut pas lieu, parce que cet ambassadeur ne s'eu soucioit pas, et que ce fut là l'époque du refroidissement. Quoi qu'il en soit, une avanie qu'elle lui fit un jour chez elle décida la rupture totale. Elle chercha ensuite à la justifier par bien des voies, jusqu'à viser à indisposer M. de Montesquieu contre lui; mais leur amitié étoit à toute épreuve.
(i5i)M. de Trudaine.
(i52) Il hésitoit s'il réduiroit les mémoires de ses voyages en forme de lettres ou en simple récit. Prévenu par la mort, nous sommes privés jusqu'ici de l'ouvrage d'un voyageur philosophe qui savoit voir là où les autres ne font que regarder.
(i53) En 1749, Fontenelle désirant de publier ses comédies, en fit lecture dans la société de madame de Tencin, pour savoir s'il devoit les faire paroître. Elles furent jugées au-dessous de la grande réputation de leur auteur, et madame de Tencin fut chargée de le détourner de les faire imprimer, ce à quoi Fontenelle déféra : mais l'amour paternel s'étant réveillé, il voulut avoir l'avis d'une autre société, qui lui persuada de vider le sac de tous ses manuscrits, et cet
avis l'emporta; mais le public ne fut pas si indulgent pour ses comédies.
(i54) Le baron de Secondât, fils de Montesquieu, est mort à Bordeaux en 1795. Il avoit paisiblement cultivé les lettres toute sa vie. 11 n'a eu qu'un fils.
(l55) Pièce de vers de Michaut , poète • contemporain de Louis XL
(i56) On sait de bonne part qu'il dit à quelqu'un qu'il étoit si indigné, qu'il ne mettroit plus les pieds chez elle; ce qui ne fut malheureusement que trop vrai , puisqu'il tomba malade quelques jours après, et mourut à Paris, d'une fièvre maligne qui l'enleva en peu de jours. Il est sûr que cette rupture eût été en même temps l'apologie et la vengeance la plus complète de son ami.
(157) De l'académie <ies sciences et de l'académie françoise , très-connu par des ouvrages excellents et par l'honnêteté et la douceur de son caractère. Ces deux savants n'étoient pas du même avis sur quelques points qui regardoient les Chinois, pour lesquels M. de Mairan étoit prévenu par les lettres du P. Parennin, jésuite dont Montesquieu se méfioit. Lorsque le Voyage de V amiral Anson parut, il s'écria : « Ah! ->je l'ai toujours dit que les Chinois n'étoient pas si hon- » nétes gens qu'ont voulu le faire croire les Lettres édifian- » tes. » ,
(i58) Conseiller d'état et intendant des finances, qui vit beaucoup avec les hommes de lettres les plus distingués , et s'occupe avec zèle de l'encourageme.nt des arts. Il étoit un des amis les plus intimes de Montesquieu.
(159) Représentée pour la première fois au Théâtre-François, le II mars 1754: elle eut assez de succès. L'auteur, M. de Chàteaubrun, maître d'hôtel du duc d'Orléans, l'avoil gardée trente ans en portefeuille.
(160) Louis XV envoya, outre cela, chez lui un seigneur de la cour (le duc de Nivernais) pour avoir des nouvelles de son état.
( 1 6 1 ) Cette assistance ne fut pas inutile au repos du malade; et on lui devra peut-être un jour quelque nouvelle richesse littéraire de cet homme illustre, dont le public auroit été probablement privé; car on a appris qu'un jour, pendant que madame la duchesse d'Aiguillon étoit allée diner , le P. Routh, jésuite irlandais, qui l'avoit confessé, étant venu, et ayant trouvé le malade seul avec son secrétaire , fit sortir celui-<;i de la chambre, et s'y enferma sous clef Madame d'Aiguillon, revenue d'abord après dîner, trouva le secrétaire dans l'antichambre, qui lui dit que le P. Routh l'avoit fait sortir, voulant parler en particulier à M. de Montesquieu. Comme en approchant de la porte elle entendit la voix du malade qui parloit avec émotion, elle frappa ; le jésuite ouvrit : Pourquoi tourmenter cet homme mourant? \\n dit-elle alors. M. de Montesquieu, reprenant lui-même la parole, dit : Voilà, madame^ le P. Routh, qui voudroit m'obliger de lui livrer la clef de mon armoire pour enleier mes papiers. Madame d'Aiguillon fit des reproches de cette violence au confesseur, qui s'excusa, en disant : Madame , il faut que j'obéisse à mes supérieurs ; et il fut renvoyé sans rien obtenir. Ce fut ce jésuite qui publia , après la mort de M- de Montesquieu , une lettre supposée , adressée à M. Gaultier, alors nonce à Paris, dans laquelle on fait dire à cet illustre écrivain « quec'étoit le goût du neuf et « du singulier, le désir de passer pour un génie supérieur
. aux préjugés et aux maximes communes , l'envie de plaire X et de mériter les applaudissements de ces personnes qui » donnent le ton à l'estime publique, et qui n'accordent ja- » mais plus sûrement la leur que quand on semble les auto- » riser à secouer le joug de toute dépendance et de toute con- 1» trainte, qui lui avoient mis les armes à la main contre la reli- » gion. » Le P. Routh eut l'impudence de faire mettre un aveu aussi peu assorti au caractère de sincérité de cet écrivain, dans la Gazette d'Utrecht, d'abord après sa mort. [Note extraite de l'édition des Lettres familières de Montesquieu , Florence, 1768. )
(162) Ce gentilhomme, fort ami de M. de Montesquieu, a fait une étude particulière de la médecine, et l'exerce simplement par goût et par amitié. C'est celui qui a fourni le plus d'articles à l'Encyclopédie.
(i63) Cet ami lui avoit écrit que monseigneur Cerati et M. l'abbé Niccolini, quoiqu'ils ne fussent point membres de l'académie de Bordeaux, vouloient s'associer à l'offre qu'il avoit déjà faite lui-même de contribuer à la dépense d'un buste en marbre de M. de Montesquieu , qu'il feroit exécuter en Italie par un des plus habiles sculpteurs, pour être placé dans la salle de ses assemblées, et cela pour faciliter l'effet de la délibération que Tacadcmie avoit prise d'ériger un pareil monument, mais qui etoit arrêtée, faute de fonds dans la caisse de l'académie.
(164) M. de Montesquieu ne s'étoit jamais soucié de se faire peindre; et ce ne fut qu'après des difficultés infimes qu'il accorda aux instances de M. l'abbé de Guasco, qui étoit à Bordeaux avec lui , de se laisser tirer par un peintre italien qui passoit par celte ville en revenant d'Espagne.
Cet ami possède ce portrait, qui est assez ressemblant, et le seul qui existe, fliit d'après nature. Il m'a dit que le peintre assur oit n'avoir jamais peint un homme dont la physionomie changeât tant d'un moment à l'autre, et qui eût si peu de patience à prêter son visage.