ELOGE DE MONTESQUIEU. XXXV
Rien n'honore plus sa mémoire que l'économie avec laquelle il vivoit, et qu'on a osé trouver excessive dans un monde avare et fastueux, peu fait pour en pénétrer les motifs et encore moins pour les sentir. Bienfaisant et par conséquent juste, M. de Montesquieu ne vouloit rien prendre sur sa famille, ni des secours qu'il donnoit aux malheureux, ni des dépenses considérables auxquelles ses longs voyages , la foiblesse de sa vue, et l'impression de ses ouvrages, l'avoicnt obligé. H a transmis à ses enfants, sans diminution ni augmentation, riiéritage qu'il avoit reçu de ses pères; il n'y a rien ajouté que la gloire de son nom et l'exemple de sa vie. Il avoit épousé en i^iS demoiselle Jeanne de Lartigue, fille de Pierre de Lartigue, lieutenantcolonel au régiment de Maulévricr. Il en a eu deux filles, et un fils qui, par son caractère, ses mœurs et ses ouvrages, s'est montré digne d'un tel père.
Ceux qui aiment la vérité et la patrie ne seront pas fâchés de trouver ici quelques unes de ses maximes. Il pensoit
Que chaque portion de l'état doit être également soumise aux lois, mais que les privilèges de chaque portion de l'état doivent être respectés lorsque leurs effets n'ont rien de contraire au droit naturel qui oblige tous les citoyens a concourir également au bien public : que la possession ancienne étoit en ce genre le premier des titres et le plus inviolable des droits , qu'il étoit toujours injuste et quelquefois dangereux de vouloir ébranler ;
Que les magistrats , dans quelque circonstance et