‹ Œuvres de Montesquieu (volume 4)Chapitre 10 sur 341 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Du change.

C^EST Tabondance et la rareté relative des monnoies des divers pays qui forment ce qu'on appelle le change.

Le change est une fixation de la valeur actuelle et momentanée des monnoies.

L'argent, comme métal , a une valeur comme toutes les autres marchandises; et il a encore une valeur qui vient de ce qu'il est capable de devenir le signe des autres marchandises; et, s'il n'étoit qu'une simple marchandise, il ne faut pas douter qu'il ne perdit beaucoup de son prix.

L'argent, comme monnoie, a une valeur que le prince peut fixer dans quelques rapports , et qu'il ne sauroit fixer dans d'autres.

Le prince établit une proportion entre une quantité d'argent comme métal , et la même •quantité comme monnoie; il fixe celle qui est «nlre divers métaux employés à la monnoie; il

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établit le poids et le titre de chaque pièce de monnoie ; eafin , il donoe à chaque pièce cette valeur idëale 4oot j'ai parlé. J^appellerai la valeur de la monnoie f dans ces quatre rapports, valeur positive f parce qu'elle peut être fixée par une loi.

Les monnoies de chaque état ont, de plus, une valeur relative, dans le sens qu'on les compare avec les monnoies des autres pays : c'est cette valeur relative que le change établit. £lle dépend beaucoup de la valeur positive : elle est fixée par Festime la plus générale des négocians, «t ne peut Tétre par Fordonnance du prince , parce qu'elle varie sans cesse, et dépend de mille circonstancei^

Pour fixer la vj|leur relative , les diverses nations se régleront beaucoup sur celle qui a le plus d'argent. Si elle a autant d'argent que toutes les autres ensemble , il faudra bien que chacune aille se mesurer avec elle ; ce qui fera qu'elles se régleront à peu près entre elles comme elles se sont mesurées avec la nation principale.

Dans l'état actuel de l'univers, c'est la Hol- ' lande (1) qui est cette nation dont nous parlons. Examinons le change par rapport à elle.

U y a en Hollande une monnoie qu'on appelle

(1) Les Hollandais règlent le change de presque toute TEurope

20 D£ l'esprit des LOIS.

unfl orin : le florin vaut vingt sous , ou quarante demi-sous , ou gros. Pour simplifier les idées , imaginons qu'il n'y ait point de jQorins en Hollande, et qu'il n'y ait que des gros : un homme qui aura mille florins aura quarante mille gros ; ainsi du reste. Or, le change avec la Hollande consiste à savoir combien vaudra de gros chaque pièce de monnoie des autres pays : et, comme l'on compte ordinairement en France par ëcus de trois livres, le change demandera combien un ëcu de trois livres vaudra de gros. Si le change esta cinquante-quatre, IVcu de trois livres vaudra cinquante-quatre gros; s'il est à soixante, il vaudra soixante gros; si ('.argent est rare en France , l'e'cu de trois livres vaudra^lus de gros; s'il est en abondance , il vaudra moins de gros.

Cette rareté ou cette abondance , d'où résulte la mutation du change, n'est pas la rareté ou l'abondance réelle; c'est une rareté ou une abon« dance relative : par exemple, quand la France a plus besoin d'avoir des fonds en Hollande , que les Hollandais n'ont besoin d'en avoir en France, l'argent est appelé commun en France , et irare en Hollande ; et vice versa.

Supposons que le change avec la Hollande soit

par une espèce de délibération entre eux , selon qu'il convient à leurs intérêts.

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