‹ Œuvres de Montesquieu (volume 4)Chapitre 101 sur 341 · LIV. XXV, CHAP. II. l · texte numérisé non relu

LIV. XXV, CHAP. II. l

Nous sommes extrêmement portes à Tidolâtrie , et cependant nous ne sommes pas fort attaches aux religions idolâtres ; nous ne sommes guère portes aux idées spirituelles , et cependant nous sommes très - attachés aux religions qui nous font adorer un être spirituel. C'est un sentiment heureux qui vient/ en partie de la satisfaction que nous trouvons en nous-mêmes d'avoir été assez intelligens pour avoir choisi une religion qui tire la divinité de l'humiliation où les autres Tavoient mise. Nous regardons Tidolâtrie comme la religion des peuples grossiers , et la religion qui a pour objet un être spirituel, comme celle des peuples éclairés.

Quand, avec l'idée d'un être spirituel suprême qui forme le dogme, nous pouvons joindre encore des idées sensibles qui entrent dans le culte, cela nous donne un grand attachement pour la religion, parce que les motifs dont nous venons de parler se trouvent joints à notre penchant naturel pour les choses sensibles. Aussi les catholiques , qui ont plus de cette sorte de culte que les protestans, sont-ils plus invinciblement attachés à leur religion que les protestans ne le sont à la leur , et plus zélés pour sa propagation.

Lorsque le peuple d'Éphèse eut appris que

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les pères du concile ayoient dëcidë qu'on pou-voit appeler la vierge mère de Dieu , il fut trans* porte de joie, il baisoit les mains des ëyéques, il embrassoit leurs genoux ; tout retentissoit d'ac-* claniations(i).

Quand une religion intellectuelle nous donne encore Fidëe d'un cboix &it par la divinité , et d'une distinction de ceux qui la professent d'avec ceux qui ne la professent pas, cela nous attache beaucoup à cette religion. Les Mahomëtans ne seroient pas si bons musulmans si d'un c6të il n'y avoit pas de peuples idolâtres qui leur font penser qu'ils sont les vengeurs de l'unitë de Dieu, et de l'autre des chrétiens pour leur faire croire qu'ils sont l'objet de ses prëfërences.

Une religion chargée de beaucoup de pratiques (â) attache plus à elle qu'une autre qui l'est moins; on tient beaucoup aux choses dont on est' continuellement occupé; témoin l'obsti-^ nation tenace des mahométans et des juifs» et la facilité qu'ont de changer de religion les peuples barbares et sauvages qui , uniquement occupés

(i) Lethre de saint Cyrille.

(a) Ceci n'est point contradictoire avec ce qne j'ai dit an chapitre pénultième da livre précédent : ici je parle des motifs d'at' tachement pour une religion ; et là , des moyens de la rendre plus générale.

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