‹ Œuvres de Montesquieu (volume 4)Chapitre 114 sur 341 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Des lois pénales.

Ili faut éviter les lois pénales en fait de religion. Elles impriment de la crainte , il est vrai ; mais , comme la religion a ses lois pénales aussi qui inspirent de la crainte , Tune est e£Esicée par Tautre. Entre ces deux craintes dififërentes , les âmes deviennent atroces.

La religion à de si grandes menaces , elle a de si grandes promesses, que lorsqu'elles sont présentes à notre esprit , quelque chose que le magistrat puisse faire pour nous contraindre à la quitter, il semble qu'on ne nous laisse rien quand on nous Tôte , et qu^on ne nous ôte rien lorsqu'on nous la laisse.

Ce n'est donc pas en remplissant l'âme de ce grand objet , en l'approchant du moment oà il lui doit être d'une plus grande importance, que l'on parvient à l'en détacher : il est plus sûr J'attaquer une religion par la faveur , par les com-

moditës de la yie , par Tespërance de la fortune ; non pas par ce qui ayertit , mais par ce qui &it que Ton oublie ; non pas par ce qui indigne , mais par ce qui jette dans la tiédeur, lorsque d'autres passions agissent sur nos âmes , et que celles que la religion inspire sont dans le silence. Règle générale : en fait de changement de religion , les invitations sont plus fortes que les peines.

Le caractère de Fesprit humain a paru dans Tordre même des peines qu^on a employées. Que Ton se rappelle les persécutions du Japon (1), oq se réyolta plus contre les supplices cruels que contre les peines longues , qui lassent plus qu'elles n'effaroucl}pnt, qui sont plus difficiles à surmonter, parce qu'elles paroissent moinâ difficiles.

En un mot , l'histoire nous apprend assez que les lois pénales n'ont jamais eu d'effet que comme destruction.

(1) Voyez le Recueil des Voyages qui ont servi à l'établissement de la compagnie des Indes , tome V , part. I , page 199.

Liv. XXV, CHAP. xm. 177

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