‹ Œuvres de Montesquieu (volume 4)Chapitre 12 sur 341 · LIV. XXII, CHAP. X. â · texte numérisé non relu

LIV. XXII, CHAP. X. â

Il suit de là que , quand un état a betoin de remettre une somme d^argent daixs un autre pays, il e&t indifférent f par la nature de la chose, que Von y yoilure de l'argent , ou que Ton prenne des lettres de change. L^avantage de ces deux manières de payer dépend uniquement des circonstances actuelles : il faudra voir ce qui, dans ce moment, donnera plus de gros en Hollande, ou Targent porté en espèces (i), ou une lettre sur la Hollande de pareille soipme.

Lorsque même titre et même poids d'argent en France me rendent même poids et même titre d'argent en Hollande, on dit qu^ le change est au pair. Dans l'état actuel des monnoies (2), le pair est, à peu près, à cinquante-quatre gros par écu : lorsque le change sera au-dessus de cinquante-quatre gros, on dira qu'il est haut; lorsqu'il sera au-dessous , on dira qu'il est bas.

Pour savoir si, dans une certaine situation du change , l'état gagne ou perd , il faut le considérer comme débiteur, comme créancier, comme vendeur, conune acheteur. Lorsque le change est plus bas que le pair, il perd comme débiteur, il gagne comme créancier ;il perd comme acheteur, il gagne comme ven4eur. On sent bien qu'il perd

(1) Lestnâêde la voiture et de rassoraoce déduits, (a) Ed 1744.

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comme débiteur: par exemple, la France devant à la Hollande un certain nombre de gros , moins son écu vaudra de gros, plus il lui faudra dVcus pour payer ; au contraire , si la France est créancière d^un certain nombre de gi*os , moins chaque ëcu vaudra de gros , plus elle recevra dVcus. L^^tat perd encore comme acheteur; car il faut toujours le même nombre de gros pour acheter la même quantité de marchandises ; et, lorsque le change baisse , chaque ëcu de France donne moins de gros. Par la même raison, Tëtat gagne comme vendeur : je vends ma marchandise en Hollande le même nombre de gros que je la vendois ; j^aurai donc plus dVcus en France , lorsque avec cinquante gros je me procurerai un ëcu , que lorsqu'il m'en faudra cinquante - quatre pour avoir ce même ëcu : le contraire de tout ceci arrivera à Tautre état. Si la Hollande doit un certain nombre d'ëcus, elle gagnera; et, si on lui doit, elle perdra ; si elle vend ,- elle perdra ; si elle achète, elle gagnera.

Il ÙLVLi pourtant suivre ceci : lorsque le change est au-dessous du pair ; par exemple , s'il est à cinquante au lieu d'être à cinquante -quatre, il devroit arriver que la France, envoyant par le change cinquante-quatre mille ëcns en Hollande , n'acheteroit de marchandises que pour cinquante

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mille; et que, d'un autre côté, la Hollande envoyant, la valeur de cinquante mille ëcus en France , en acheteroit pour cinquante - quatre mille ; ce qui feroit une différence de buit cinquante-quatrièmes, c'est-à-dire de plus d^un septième de perte pour la France ; de sorte qu'il faudroit envoyer en Hollande un septième de plus en argent ou en marchandises, qu'on ne faisoit lorsque le change ëtoit au pair : et le mal augmentant toujours , parce qu'une pareille dette feroit encore diminuer le change , la France seroit à la fin ruinée. U semble , dis-je , que cela devroit être ; et cela n'est pas, à cause du principe que j'ai déjà établi ailleurs ( i ) , qui est que les états tendent toujours à se mettre dans la balance, et à se procurer leur libération; ainsi ils n'empruntent qu'à' proportion de ce qu'ils peuvent payer, et n'achètent qu'à mesure qu'ils vendent. Et, en prenant l'exemple ci-dessus, si le change tombe en France de cinquante-quatre à cinquante, le Hollandais, qui achetoit des marchandises de France pour mille écus , et qui les payoit cinquante-quatre mille gros , ne les paieroit plus que cinquante mille , si le Français y vouloit consentir : mais la marchandise de France haussera insensiblement, le profit se partagera

(i) Vojtz le liTre XX, art. ui.

entre le Français et le Hollandais; car, lorsquW n^^gociant peut gagner, il partage aisément son profit : il se fera donc une communication de profit entre le Français et le Hollandais. De la même manière, k Français, qui achetoit des marchandises de Hollande pour cinquante*quatre mille gros, et qui les payoit arec mille ëcus, lorsque le change étoit à cinquante-quatre , seroit obligé d^ajouter quatre cinquante-quatrièmes de plus en écus de France, pour acheter les mêmes marchandises: mais le marchand finançais, qui sentira la perte qu^l feroit, voudra donner moins de la marchandise de Hollande; il se fera donc une communication de perte entre le marchand français et le marchand hollandais; Fëtat se mettra insensiblement dans la balance , et rabaissement du change n^aura pas tous ks inconvë* niens qu'on devoit craindre.

Lorsque le change est plus bas que le pair, un négociant peut, sans diminuer sa fortune, re<mettre ses fonds dans les pays étrangers ; parce qu'en les faisant reyenir, il regagne ce qu^il a perdu: mais un prince qui n^envoie dans les pays étrangers qu'un argent qui ne doit jamais revenir perd toujours.

Lorsque les négocians font beaucoup d'affaires datîsun pays, le change y hausse infiiilliblement.

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