LIV. XXII, CHAP. X
Cela vieni de ce qu^on y prend beaucoup d^engagemens, et qu'on y achète beaucoup de marchandises ; et l^on tire sur le pays étranger pour les payer.
Si un prince fait de grands amas d'argent dans son état, l'argent y pourra être rare réellement, et commun relativement : par exemple , si , dans le même temps, cet état avoit à payer beaucoup de marchandises dans le pays étranger , le change baisserait, quoique Targent fut rare.
Le change de toutes les places tend toujours à se mettre à une certaine proportion ; et cela est dans la nature de la chose même. Si le change de rirlande à l'Angleterre est plus bas que le pair, et que celui de l'Angleterre à la Hollande soit aussi plus bas que le pair, celui de l'Irlande à la Hollande sera encore plus bas ; c'est-à-^dire en raison composée de celui d'Irlande à TAngleterre, et de celui de l'Angleterre a la Hollande : car un Hollandais qui peut {aire venir ses fonds indirectement d'Irlande par l'Angleterre ne voudra pas payer plus cher pour les faire venir directement. Je dis que cela devroit être ainsi : mais cela n'est pourtant pas exactement ainsi ; il y a toujours des circonstances qui font varier ces choses ; et la diffi^rence du profit qu'il y a à tirer par une place, ou à tirer par une autre , fait
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Part OU rhabiletë particulière des banquiers, dont il n^est point question ici..
Lorsqu^un état hausse sa monnoie ; par exemple, lorsqu'il appelle six livres ou deux écus ce qu'il n'appeloit que trois livres ou un écu , celte denomination nouvelle , qui n'ajoute rien de réel à IVcu, ne doit pas procurer un seitl gros de plus parle change. On ne devroit avoir, pour les deux écus nouveaux, que la même quantité de gros que Ton recevoit pour l'ancien ; et, si cela n'est pas , ce n'est point l'effet de la fixation en elle-même , mais de celui qu'elle produit comme nouvelle , et de celui qu'elle a comme subite. Le change tient à des affaires commencées, et ne se met en règle qu'après un certain temps.
Lorsqu'un état, au lieu de hausser simplement sa monnoie par une loi , fait une nouvelle refonte , afin de faire d'une monnoie forte une monnoie plus foible, il arrive que, pendant le temps de l'opération, il y a deux sortes de monnoies, la forte , qui est la vieille , et la foible , qui est la nouvelle : et comme la forte est décriée, et ne se reçoit qu'à la monnoie , et que par conséquent les lettres de change doivent se payer en espèces nouvelles, il semble que le change devroit se régler sur l'espèce nouvelle. Si, par exemple, raffoiblissement, en France, étoit de moitié, et
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que Tancien écu de trois livres donnât soixante gros en Hollande, le nonvel ëcu ne deyroit donner que trente gros. D^un autre côté, il semble que le change devroit se rëgler sur la valeur de l'espèce vieille , parce que le banquier qui a de l'argent, et qui prend des lettres, est obligé d'aller porter à la monnoie des espèces vieilles pour en avoir de nouvelles sur lesquelles il perd. Le change se mettra donc entre la valeur de l'espèce nouvelle et celle de l'espèce vieille. La valeur de l'espèce vieille tombe pour ainsi dire, et parce qu^il y a déjà dans le commerce de l'espèce nouvelle , et parce que le banquier ne peut pas tenir -rigueur, ayant intérêt de faire sortir promptement l'argent vieux de sa caisse pour le faire travailler, et»y étant même forcé pour faire ses paieitiens. D'un autre côté , la valeur de t'espèce nouvelle s'élève pour ainsi dire, parce que le banquier, avec de l'espèce nouvelle, se trouve dans une circonstance où nous allons faire voir qu'il peut, avec un grand avantage, s'en procurer de la vieille. Le change se meltra donc, comme J'ai dit, entre l'espèce nouvelle et l'espèce vieille. Pour lors, les banquiers ont du profit à faire sortir l'espèce vieille de l'étal, parce qu'ils se procurent par-là le même avantage que donneroit un change réglé sur l'espèce vieille , c'est-à-dire
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beaucoup de gros en Hollande ; et qu'ils ont un retour en change , réglé entre Tespèce nouvelle et l'espèce vieille^ c'est-à-dire plus bas: ce qui procure beaucoup d'ëcus en France*
Je suppose que trois livres d'espèce vieille rendent, par le change actuel, quarante-cinq gros^ et qu'en transportant ce même ëcu en Hollande, on en ait soixante : mais , avec une lettre de qua- ^rante-cinq gros, on se procurera un écu de trois livres en France, lequel, transporte en espèce vieille en Hollande , donnera encore soixante gros : toute l'espèce vieille sortira donc de l'état qui fait la refonte , et le profit en sera pour les banquiers.
Pour remédier à cela , on sera forcé de faire une opération nouvelle. L'état qui fait la refonte enverra lui-même une grande quantité d'espèces vieilles chez la nation qui règle le change ; et , s'y procurant un crédit, il fera monter le change au point qu'on aura, à peu de chose près, aulant de gros, par le change, d'un écu de trois livres, qu'on en auroit en faisant sortir un écu de trois livres en espèces vieilles hors du pays. Je dis à peu de chose près^ parce que, lorsque le profit sera modique, on ne sera point tenté de faire sortir l'espèce , à cause des firais de la voiture et des risques de la coiifiscation.