LIV* XXVI, CHAP. XIV
le point auquel les lois de la nature s^arrétent, et où les lois civiles commencent. Pour cela , il faut établir des principes.
Le mariage du fils avec la mère confond Tëtat des choses : le fils doit un respect sans bornes à sa mère, la femme doit un respect sans bornes à son mari ; le mariage d^une mère avec son fils renverseroit dans Tun et dans Tautre leur état naturel.
Il y a plus : la nature a avancé dans les femmes le temps où elles peuvent avoir des enfans; elle IV reculé dans les hommes ; et , par la même raison, la femme cesse plus tôt devoir cette faculté, et rhomme plus tard. Si le mariage entre la mère et le fils étoit permis, il arriveroit presque toujours que , lorsque le mari seroit capable d'entrer dans les vues de la nature, la femme n^ seroit plus.
Le mariage entre le père et la fille répugne à la nature comme le précédent;. mais il répugne moins , parce qu^il nia point ces deux obstacles. Aussi les Tartares, qui peuvent épouser leurs filles (1), n'épousent-ils jamais leurs mères, comme nous le voyons dans les relations (â).
(1) Cette loi est bien ancienne parmi eux. Attila, dît Priscoa dans son ambassade, s'arrêta dans nn certain lieu ponr épouser Esca, sa fille : chose permise, dit-il, par les lois des Scythes, page aa.
(3) Histoire des Tattars , part. III , page 356.
.^10 DE l'esprit des LOIS.
Il a toujours été naturel aux pères de veiller sur la pudeur de leurs enfans. Charges du soin de le§ établir, ils ont du leur conserver et le corps le plus parfait, et Famé la moins corrompue, tout ce qui peut mieux inspirer des désirs , et tout ce qui est le plus propre à donner de la tendresse. Des pères, toujours occupes à conserver les mœurs de leurs enfans, ont dû ^voir un ëloignement naturel pour tout ce qui pourrpit les corrompre. Le mariage n'est point une corruption , dira-t-on. Mais avant le mariage il faut parler, il faut se faire aimer, il faut séduire ; c^est cette séduction qui a du faire horreur.
Il a donc fallu une barrière insurmontable entre ceux qui dévoient donner l'éducation et ceux qui dévoient la recevoir, et éviter toute sorte de corruption, même pour cause légitime. Pourquoi les pères privent-ils si soigneusement ceux qui doivent épouser leurs filles de leur compagnie et de leur familiarité?
L'horreur pour Tinceste du firère avec la soeur a dû partir de la même source. Il suffit que les pères et les mères aient voulu conserver les mœurs de leurs enfans, et leurs maisons pures, pour avoir inspiré à leurs enfans de l'horreur pour tout ce qui pouvoit les porter à l'union des deux sexes.