‹ Œuvres de Montesquieu (volume 4)Chapitre 141 sur 341 · LIV. XXVI, CHAP. XIV · texte numérisé non relu

LIV. XXVI, CHAP. XIV

La prohibition du mariage entre cousins germains a la même origine. Dans les premiers temps, c'est-à-dire dans les temps saints, dans les âges où le luxe n^ëtoit point connu, tous les enfans restoient dans la maison (i), et s'y etablissoient : cVst qu'il ne falloit qu'une maison très-petite pour une grande famille. Les eefans des deux frères, ou les cousins germains, ëtoient regardés, et se regardoient entre eux comme frères (2). L'ëk>ignement qui ëtoit entre les frères et les sœurs pour le mariage ëtoit donc aussi entre les cousins germains (5).

Ces causes sont si fortes et si naturelles qu'elles ont agi presque par toute la terre, indépendamment d'aucune communication. Ce ne sont point les Romains qui ont appris aux habitans de Formose (4) que it mariage avec leurs parensr au quatrième degrë ëtoit incestueux; ce ne sont

(1) Gela fat aiosi chez les premiers .Romains.

(a) Ea effet, chea les Romains, ils afoient le même nom; les coosios germains étoient nommés frères.

(3) ils le forent à Rome dans les premiers temps , jnsqa'^ ce que le peuple fit une loi pour les permettre; il Touloit favoriser un homme extrêmement populaire , et qui s'étoit marii arec na cou« sine gertaaioe. (Plutarque, au tiaité Des dttntmdet des choses romaines. )

(4) Recueil des Voyages des Indes, tome V , part. I , relation de l'état de l'ile de Formose.

point les Romains qui Tont dit aux Arabes (i); ils ne Font point enseigné aux Maldives (2).

Que si quelques peuples n'ont point rejeté les mariages entre les pères et les enfans, les sœurs et les frères, on a vu, dans le livre premier ^ que les êtres intelligens ne suivent pas toujours leurs lois. Qui le diroit! des idées religieuses ont souvent fait tomber les hommes dans ces égaremens. Si les Assyriens, si les Perses ont épousé leurs mères, les premiers Tont fait par un respect religieux pour Sémiramis; et les seconds, parce que la religion de Zoroastre donnoit la préférence à ces mariages (3). Si les Egyptiens ont épousé leurs sœurs , ce fut encore un délire de la religion égyptienne, qui consacra ces mariages en Thonneur d'Isis. Comme Tesprit de la religion est de nous porter a Élire avec effort des choses grandes et difficiles, il ne faut pas juger qu^une chose soit naturelle parce qu^une religion fausse Va consacrée.

Le principe que les mariages entre les pères

(1) Ii'Alcoifp » chap. des femmes,

(a) VojeK François Pirard.

(3) Ils étoient regardés comme plas honorablesé Voyei Philon , De ipeeialibus iegibus quœ pertinent mdprmcepta dêcalogi. Paris, 1640, page 778,

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