‹ Œuvres de Montesquieu (volume 4)Chapitre 193 sur 341 · LIV. XXVIII, CHAP. XVII · texte numérisé non relu

LIV. XXVIII, CHAP. XVII

pouvoient bien penser qu'il pourroit encore re'gler les difiC^rends des particuliers.

Gondebaud (1), roi de Bourgogne « fut de tous les rois celui qui autorisa le plus Tusage du combat. Ce prince rend raison de sa loi dans sa loi même : « Cest, dit*il , afin que nos sujets ' » ne fassent plus de serment sur des faits obs- » curs, et ne se parjurent point sur des faits cer- » tains. » Ainsi , tandis que les ecclésiastiques dëclaroient impie la loi qui permettoit le combat (2), le roi des Bourguignons regardoit comme sacrilège celle qui ëtablissoit le serment.

La preuve par le combat singulier avoit quelque raison fondée sur Texpérience. Dans une nation uniquement guerrière , la poltronnerie suppose d'autres vices : elle prouve qu'on a rësistë à l'ëducation qu'on a reçue, et que l'on n'a pas été sensible à l'honneur , ni conduit par les principes qui ont gouverné les autres hommes ; elle fait voir qu'on ne craint point leur mépris » et qu'on ne fait point de cas de leur estime : poiv peu qu'on soit bien né, on n^y manquera pas ordinairement de l'adresse qui doit s allier avec la force, ni de la force qui doit concourir avec le courage ; parce que , faisant cas de l'honneur ^

(1] La loi des Boiirgaignoof , chap. zlt. (a) Voyei les OBaYTi:! d'Agobard.

!294 I>£ L^ESPEIT DES LOIS,

on se sera toute sa vie exerce à des choses sans lesquelles on ne peul Tobtenir. De plus , dans une nation guerrière , où la force, le courage et la prouesse sont en lionneur, les crimes vëritablemeni odieux sont ceux qui naissent de la fourberie, de la finesse et de la ruse , cVst-à-dire de la poltronnerie.

Quant à la preuve par le feu , après que Paccusë avoit rais la main sur un fer chaud , ou dans Teau bouillante, on enveloppoil la main dans un sac que Ton cachetoit : si, trois jours après, il ne paroissoit pas de marque de brûlure , on ëtoil dëclarë innocent. Qui ne voit que, chez un peuple exerce à manier des armes , la peau rude et calleuse ne devoit pas recevoir assez rimpression dû fer chaud ou de Teau bouillante pour quMl y parût trois jours après ? Et, s^il y paroissoit, c^étoit une marque que celui qui faisoit IVpreuve ëtoit un effëminë. Nos paysans , avec leurs mains calleuses, manient le fer chaud comme ils veulent. £t, quant aux femmes, les mains de celles qui travailloient pouvoient rësister au fer chaud. Les dames ne manquoient point de champions pour les dë~ fendre (i); et, dans une nation oii il n*y avoit point de luxe, il n^y avoit guère d^ëtat moyen.

(i) Voyez Beanmanoir, contome de BeauToisû , ch»p. lu. Voyez

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