‹ Œuvres de Montesquieu (volume 4)Chapitre 196 sur 341 · LIV. XXYIII, CHAP. XVIII · texte numérisé non relu

LIV. XXYIII, CHAP. XVIII

cette preuve. « Il sVtoit introduit depuis long-* » temps une détestable coutume ( est-il dit dans 3» le préambule de la constitution d^Othon II ) ; » c^est que , si la chartre de quelque héritage » étoit attaquée de faux, celui qui la présentoit » faisoit serment sur les évangiles qu^elle étoit » vraie ; et, sans aucun jugement préalable, il se » rendoit propriétaire de Théritage : ainsi les par- » jures étoient sûrs d^acquérir (1). » Lorsque Tempereur Othon I se fit couronner à Rome (a), le pape Jean XU tenant un concileg|0us les seigneurs d'Italie s'écrièrent qu'il falloit que l'empereur fît une loi pour corriger cet indigne abus (3). Le pape efc l'empereur jugèrent qu'il ÊiUoit renvoyer l'afïaire au concile qui devoit se tenir peu de temps après à Ravenne (4)- Là, les seigneurs firent les mêmes demandes, et redoublèrent leurs cris : mais , sous prétexte de l'absence de quelques personnes, on renvoya encore une fois cette affaire. Lorsqu'Otbon II ,

(1) Loi dep Lombards , liv. II , tit. 55 , chap. zxziv.

(a) L'an 96a.

(3) Ab ItalittB proetribut est proetamatum , ut inupêrator taneius , mutatâ lege, faeinus inâignum dcttrueni, (Loi des Lombards, liv. II y tit. 55 , chap. xxziv. )

. (4) II fa^ tenu eo Vnn 967 » ei^ présence da pape Jean XIII , et de l'empereur Otbon I.

*jg8 DE L^ESPRIT DES liOIS.

et Conrad (i) roi de Bourgogne , arrivèrent en Italie, ils eurent , à Yërone (â) , un colloque avec les seigneurs dltalie (3) : et, sur leurs instances rëitërées, Tempereur, du consentement de tous, fit une loi'^ui portoit que, quand il y auroit quelque contestation sur des héritages , et qu'une des parties voudroifse servir d'une chartre , et que Tautre soutiendroit qu'elle ëtoit fausse , Taffaire se décideroit par le combat; que la même règle s'observeroit lorsqu'il s'agiroit de matières de fief ; que Hn églises seroient sujettes à la même loi, et qu'elles combattroient par leurs champions. On voit que la noblesse demanda la preuve par le combat, à cause de l'inconvénient de la preuve introduite dans les églises ; que , malgré les cris de cette noblesse, malgré l'abus qui crioit luimême , et malgré l'autorité d'Othon , qui arriva en Italie pour parler et agir en maître , le clergé tint ferme dans deux conciles ; que le concours de la noblesse et des princes ayant forcé les ecclésiastiques k céder , l'usage du combat judiciaire dut être regardé comme un privilège de la noblesse, comme un rempart contre l'injustice,

(0 Oocle ^Othon II , fils de Rodolphe , et roi de la Bourgogne transjurane.

(a) L'an 988.

(3) Cùm in hoe m^ omMuM impériales aures puttarentur. (Loi des Lombards , liv. II, tit. 55, chap. xzxiv.)

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