‹ Œuvres de Montesquieu (volume 4)Chapitre 206 sur 341 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Des mœurs relatives aux combats.

Notre liaison avec les femmes est fondée sur le bonheur attaché aux plaisirs des sens , sur le charme d'aimer et d'être aimé , et encore sur ledésir de leur plaire , parce que ce sont des juges très-éclairés sur une partie des choses qui constituent le mérite personnel. Ce désir général de plaire produit la galanterie , qui n'est point Tamour, mais le délicat, mais le léger, mais le perpétuel mensonge de Tamour.

Selon les circonstances différentes dans chaque nation et dans chaque siècle , Famour se porte plus vers une de ces trois choses , que vers les deux autres. Or je dis que , dans le temps de nos combats , ce fut l'esprit de galanterie qui dut prendre des forces.

Je trouve , dans la loi des Lombards (i) , que , si un des deux champion» avoit sur lui des herbes propres aux enchantemens , le juge les lui faisoit ôter , et le faisoit jurer qu il n'en avoit plus. Cette

(i) Lit. II , tit. 55 , S a.

loi ne pouvoît être fondée que sur Topinion commune ; cVst la peur, qu*on a dit avoir invente Xknjt de choses, qui fît imaginer ces sortes de J^estiges. Comme dans les combats particuliers les champions étoient armés de toutes pièces , et qu'avec des armes pesantes , offensives et défensives, celles d'une certaine trempe et d'une certaine force donnoient des avantages infinis , l'opinion des armes enchantées de quelques combattans dut tourner la tête à bien des gens.

De là naquit le système merveilleux de la chevalerie. Tous les esprits s'ouvrirent à ces idées. On vit , dans les romans , des paladins , des nécromans, des fées, des chevaux ailés ou intelligens, des hommes invisibles ou invulnérables, des magiciens qui s'intéressoient à la naissance ou à l'éducation des grands personnages , des palais enchantés et désenchantés ; dans notre monde, un monde nouveau ; et le cours ordinaire de la nature laissé seulement pour les hommes vulgaires.

Des paladins , toujours armés dans une partie du monde pleine de châteaux , de forteresses et de brigands, trouvoient de l'honneur à punir l'injustice et à défendre la foiblesse. De là encore dans nos romans Ja galanterie fondée sur l'idée de l'amour , jointe à celle de force et de protection.

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