‹ Œuvres de Montesquieu (volume 4)Chapitre 53 sur 341 · LIY. XXIII, CHAP. XXI · texte numérisé non relu

LIY. XXIII, CHAP. XXI

guste rëtablirent la censure , et voulurent même être censeurs (1). Us firent divers règlemens : C^sar donna des récompenses à ceux qui avoient beaucoup d^enfans (fi) ; il défendit aux femmes qui avoient moins de quarante-cinq ans , et qui n^avoient ni maris ni enfans , de porter des pierreries , et de se servir de litières (3) ; méthode excellente d^attaquer le célibat par la vanité. Les lois d^ Auguste furent plus pressantes (4) - il imposa (5) des peines nouvelles à ceux quin'étoient point mariés , et augmenta les récompenses de ceux qui Tétoient , et de ceux qui avoient des en- £ains. Tacite appelle ces lois Juliennes (6). Il y a apparence qu^on y avoit fondu les anciens règlemens faits par le sénat , le peuple et les censeurs.

La loi d^ Auguste trouva mille obstacles; et, trente-quatre ans (7) après qu^elle eut été faite , les chevaliers romains lui en demandèrent la révocation. Il fit mettre d^un côté ceux qui étoient

(1) Voyei Dion, Ut. XLIII ; et XiphU., in Augutto, (s) Dion , lÎT. XLIII ; Suétone , IW. I*', Vie de Gétar ; Appien , Ut. Ily de la guerre cÎTile.

(3) Eusèbe dami m Chronique.

(4) Dion , Ht. LIV.

(5) L'an jTS de Rome.

(6) JulioM TogmtUmu. Annalea , Ut. III , $ aS.

(7) L'an 76a de Rome. Dion» Ut. LVI.

maries f et de Paatre ceux qui ne Tutoient pas : ces derniers parurent en plus grand nombre ; ce qui étonna les citoyens , et les confondit. Auguste , avec la gravité des anciens censeurs , leur parla ainsi (i):

« Pendant que les maladies et les guerres nous «enlèvent tant de citoyens, que deviendra la «ville, si on ne contracte plus de mariages ? La » cité ne consiste point dans les maisons , les » portiques et les places publiques : ce sont les » honmies qui font la cité. Vous ne verrez point , » comme dans les £ibles , sortir des hommes de » dessous la terre pour prendre soin de vos af- » Êiires. Ce n^est point pour vivre seuls que vous » restez dans le célibat: chacun de vous a des » compagnes de sa table et de son lit, et vous ne » cherchez que la paix dans vos déréglemens. Ci- « terez-vous ici Texemple des vierges vestales? »Donc, si vous ne gardiez pas les lois de la pu- » dicité, il faudroit vous punir comme elles. Vous » êtes également mauvais citoyens , soit que tout » le monde imite votre exemple , soit que per- » sonne ne le suive. Mon unique objet est la per- » pétuité de la république. J^ai augmenté les peines » de ceux qui n^ont point obéi ; et , k Tégard des

(i) J'ai abrégé celte harangue, ^ai est 4'ane longaenr accablante : elle est rapportée dans lUon , Ihr. LYI.

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