‹ Œuvres de Montesquieu (volume 4)Chapitre 81 sur 341 · LIV. XXIV, CHAP. X. l3l · texte numérisé non relu

LIV. XXIV, CHAP. X. l3l

celle àts stoïciens ; et, si je pouvois un moment cesser de penser que je suis chrétien, je ne pourrois m^empécher de mettre la destruction de la secte de Zenon au nombre des malheurs du genre humain.

Elle n'otttroit que les choses dans lesquelles il y a de la grandeur, le mépris des plaisirs et de la douleur.

Elle seulç^savoit faire les citoyens; elle seule faisoit les grands hommes; elle seule faisoit les grands empereurs.

Faites pour un moment abstraction des vëritës tévëlées; cherchez dans toute la nature, et vous n'y trouverez pas de plus grand objet que les Antonin. Julien même, Julien (un suffrage ainsi arrache ne me rendra point complice de son apostasie); non, il n'y a point eu après lui de prince plus digne de gouverner les hommes.

Pendant que les stoïciens regardoient comme une chose vaine les richesses, les grandeurs humaines, la douleur, les chagrins , les plaisirs, ils n'étoient occupes qu'à travailler au bonheur des hommes, à exercer les devoirs de la socîe'té : il sembloit qu'ils regardassent cet esprit sacré qu'ils croyoient être en eux-mêmes comme une espèce de providence favorable qui veilloit sur le genre humain.

l32 DE l'esprit des LOIS.

N^s pour la sociëtë, ils croyoient tous que leur desiih étoit de trayailler pour elle : d'aulant knoins à charge, que leurs rëcoihpenses ëtoient toutes dans eux-mêmes; qu'heureux par leur philosophie seule , il sembloit que k seul bonheur des autres put augmenter le leur.

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