LIV. XXIV, CHAP. XIV. l
monie et de justesse dans les idées , qui se répand sur Tautre.
Ainsi les Tartares de Gengiskan , chez lesquels c^ëtoit un pëchë et même un crime capital de mettre le couteau dans le feu, de s^appuyer contre un fouet, de battre un cheval avec sa bride, de rompre un os a^ec un autre, ne croyoient pas qu^il y eût de pëchë à violer la foi, à ravir le bien d^autrui, à faire injure à un homme, à le tuer (i). En un mot, les lois qui font regarder comme nécessaire ce qui est indifférent, ont cet inoMiyënient , qu'elles font considérer comme indinerent ce qui est nécessaire.
Ceux de Formose croient une espèce d'enfer (2); mais c'est pour punir ceux qui ont manqué d'aller nus en ceiptaines saisons , qui ont mis des yétemens de toUe et non pas dé soie , qui ont été chercher des huîtres, qui ont agi sans consulter'le chant des oiseaux : auçsi ne regardent-ils point comme pëchë rivrognerie et le dérèglement avec les femmes ; ils croient même que les débauches de leurs enfans sont agréables à leurs dieux.
(1) Voyez la relation de frère Jean Duplan Garpin, enroyé en Tartarie par le pape Innocent IV, en l'année ia46.
(a) Reoneil des Voyage» qui ont senri à l'établiftement de la compagnie dea Indes, tome V , part. I , page 193.
i58 DE l'esprit des lois.
Lorsque la religion justifie pour une chose dVccident, elle perd inutilement le plus grand ressort qui soit parmi les hommes. On croit, chez les Indiens, que les eaux du Gange oiit une Tertu sanctifiante (i ) ; ceux qui meurent sur ses bords sont rëputës exempts des peines de Tautre rie , et devoir habiter une région pleine de dëlices : on enyoie des lieux les plus recules des urnes pleines des cendres des morts pour les jeter dans le Gange. Qu^importe qu'on Tire Tertueusement ou non? on se fera jeter dans le Gange. ^
L'idëe d'un lieu de récompense empcHte nécessairement ridée, d'un séjour de peines ; et quand on espère Tun sans craindre l'autre 9 les lois civiles n'ont plus de force. Des hommes qui croient des récompenses sûres dans l'autre vie échapperont au législateur : ils auront trop de mépris pour la mort. Quel moyen de contenir pat les lois un homme qui croit être sûr que la plus grande peine que lestnagistrats lui pourront infliger ne finira dans un moment que pour commencer son bonheur ?
(i) Lettres édiÇaBtes, quinzième recueil.
tlV. XXIV, CHAP. XV. iSg
CHAPITEE XV.
Comment les lois ci?iles corrigent quelquefois le9 fausses religions.
Ii£ respect pour le& choses anciennes, la simplicité ou la superstition , ont quelquefois établi des mystères ou des cérémonies qui pouvolent choquer U pudeur ; et de cela les exemples n^ont pas été rares dans le monde. Aristote dit que dans ce cas la loi permet que les pères de famille aillent au temple célébrer ces mystères pour leurs femmes et pour leurs enfatns (i)« Lof civile admirable qui conserve les mseurs contre la religion!
^ Auguste défendit aux jeunes gens de Fun et de l'autre sexe d^assisier à aucune cérémonie nocturne , s'ils n'étoient accompagnés d'un parent plus âgé (2}; et, lorsqu^il rétablit les fêtes lupercales, il ne voulut pas que les jeunes gens courussent nus (3).
(i) Politique , lîr. VII.
(a) SnétoiM , m Augmgta , tvf • U , ohap. xxtu
(3) Ibld,
l4o DE l'esprit des LOIS.