‹ Œuvres de Montesquieu (volume 5)Chapitre 20 sur 92 · DES PLAISIRS DE LA YARIISTE · texte numérisé non relu

DES PLAISIRS DE LA YARIISTE

Mais s'il faut de l'oi'dre dans les choses, il faut aussi de la variété : sans cela l'âme languit ; car les choses semblables lui paroissent les mêmes ; et si une partie d'un tableau qu'on nous découvre ressembloit à une autre que nous aurions vue , cet objet seroit nouveau sans le paroître , et ne feroit aucun plaisir. Et, comme les beautés des ouvrages de l'art , semblables à celles de la na-

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ture, ne consistent que dans les plaisirs qu'elles nous font, il faut les rendre propres , le plus que Ton peut , à varier ces plaisirs ; il faut faire yoir à rame des choses qu'elle n'a pas vues ; il faut que le sentiment qu'on lui donne soit différent de' celui qu'elle vient d'avoir.

C'est ainsi que les histoires nous plaisent par la variété des récits , les romans par la variété des prodiges , les pièces de théâtre par la variété des passions ; et que ceux qui savent instruire modifient le plus qu'ils peuvent le ton uniforme de l'ii^ truc don.

Une longue uniformité rend tout insuppor* table; le même ordre des périodes, long-temps continué, accable dans une harangue ; les mêmes nombres et les mêmes chutes mettent de l'ennui dans un long poème. S'il est vrai que l'on ait fait cette fauneuse allée de Moscou à Pétersbourg , le voyageur doit périr d'ennui , renfermé entre les deux rangs de cette allée ; et celui qui aura voyagé long-temps dans les Alpes en descendra dégoûté des situations les plus heureuses et des pomts de vue les plus charmans.

L'âme aime la variété ; mais elle ne l'aime , avons-nous dit , que parce qu'elle est faite pour connoitre et pour voir : il faut donc qu'elle puisse voir , et que la variété le lui permette ; c'est-à-

SUR LE GODT. iSg

dire y il ùmi qu^une chose soit assez simple pour être aperçue , et assez variée ppur être aperçue avec plaisir.

Il y a des choses qui paroissent variées, et ne le iSont point, d^autres qui paroissent uniformes, et sont très-variées.

L'architecture gothique paroittrès^variée ; mais la confusion des ornemens &tigue pur leur petitesse; ce qui fait qu'il n'y en a aucun que nous puissions distinguer d'un autre , et leur nombre fait qu'il n'y en a aucun sur lequel l'œil puisse s'arrêter : de manière qu'elle déplaît par les endroits mêmes qu'on a choisis pour la rendre agréable.

Un bâtiment d'ordre gothique est une espèce d'énigme pour l'œil qui le voit ; et l'âme est embarrassée comme quand onlui présente un poème obscur.

L'architecture grecque au contraire paroîtuni^ forme ; mais, comme elle a les divisions qu'il £aiut, et autant qu'il en faut pour que l'âme voie précisément ce qu'elle peut voir sans se fatiguer, mais qu'elle en voie assez pour s'occuper , elle a cette variété qui fait regarder avec plaisir.

Il faut que les grandes choses aient de grandes parties : les grands hommes ont de grands bras, les grands arbres de grandes branches , et les

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grandes montagnes sont composées d'antres montagnes quî^ sont au-dessus et au-dessous ; c'est la nature des choses- qui fait cela.

L'architecture grecque, qui a peu de divisions, et de grandes divisions, imite les grandes choses ; Fâme sent une certaine majestë qui y règne partout. ;

C'est ainsi que la peinture divise en groupes de trois ou quatre figures celles qu'elle représente dans un tableau : elle imite la nature ; une nombreuse troupe se divise toujours en pelotons ; et c'est encore ainsi que la peinture divise en grandes masses ses clairs et ses obscurs.

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