SUR L'HISTOIRE NATURELLE
LUES LB 90 NOYBIflR'B l^ai.
I. Ayant observé dans le microscope un insecte dont nous ne savons pas le nom(peut*étre même qu'il n'en a point , et qu'il est confondu avec une infinité d'autres qu'on ne connoît pas ), nous remarquâmes que ce petit animal, qui est d'un très-beau rouge, paroit presque grisâtre lorsqu'on le regarde au travers de la lentille , ne conservant qu'une petite nuance de rouge ; ce qui nousparoît confirmer le nouveau système des couleurs de Newton , qui croit qu'un objet ne paroit rouge que parce qu'il renvoie aux yeux les rayons capables de produire la sensation du rouge , et absorbe ou renvoie foiblement tout ce qui peut exciter celle des autres couleurs; et comme la principale vertu du microscope est de réunir les rayons , qui, étant séparés , n'auroient point asses de force pour exciter une sensation, il est arrivé dans cette observation que les rayons du gris se sont fait sentir par leur réuMon^ au lieu qu'aupitravattt ikétoiéntenpure perte pour
nous : ainsi ce petit objet ne nous a plus paru rouge , parce que de nouyeaux rayons sont venus frapper nos yeux par le secours du microscope.
II. Nous avons examine d^autres insectes qui se trouvent dans les feuilles d^ormeau dans lesquelles ils sont renfermes. Cette enveloppe a à peu près la figure d^une pomme. Ces insectes paroissent bleus aux yeux et au microscope ; on les croit de couleur de corne travaillée : ils ont ' six jambes , deux cornes et une trompe à peu près semblable à celle d-un éléphant. Nous croyons qu'ils prennent leur nourriture par cet^e trompe, , parce que nous n'avons remarqué aucune autre partie qui puisse leur servir à cet usage.
La plupart des insectes ^ au moins tous ceux que nous avons vus, ont six jambes et deux cornes: ces cornes leur serve^t à se faire un chemin dans la terre, dans laquelle on les trouve.
m. Le 29 mai 1718, nous fîmes quelques observations sur le g^fif. Nous pensions que cette plante venoit de quelque semence qui , jetée par le vent , ou portée par les oiseaux sur les arbres, s'attachoit à ces gommés qui se trouvent ordinairement sur ceux qui ont vieilli , surtout sur les fruitiers ; mais nous changeâmes bien de sentiment par la suite. Nous fumes d'abord étonnés de voir sur une même branche d'ai4>re ( c'étoît
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un pôirier)sortirplus de centbranches de gui, le& uses plus grandes que tes autres , de troncs différens , places à différentes distances ; de manière que si elles ëtoient venues de graines , il auroit fallu autant de graines qu'il y a de branches.
Ayant ensuite coupe une des branches de cet arbre, nous découvrîmes une chose a laquelle nous ne nous attendions pas : nous vîmes des vaisseaux considérables , verts comme le gui , qui, partant de la partie ligneuse du bois, alloient se rendre dans les endroits d'où sortoit chacune de ces branches ; de manière qu'il étoit impos* sible de ' n'être pas convaincus que ces lignes vertes avoient été formées par un suc vicié de l'arbre, lequel, coulant le long des fibres, alloit faire un dépôt vers la superficie. Ceci s'aperçoit encore mieux lorsque l'arbre est en sève , que dans rhiver; et il y a des arbres où cela paroit plus manifestement que dans d'autres. Nous vîmes , le mois passé, dans une branche de cormier chargée de gui , de grandes et longues cavités : elles étoient profondes de plus de trois quarts de pouce, allant en s'élargissant du centre de la branche , d'où elles partoient comme d'un point , à la circonférence , où elles étoient larges de plus de quatre lignes. Ces vaisseaux triangulaires suivoient le long de - la branche dans la
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profondeur que nous venons 4^ marquer : ils ëtoient remplis d^un suc yert épaissi, dans lequel le couteau entroit facilem<ent, quoique le bais fut d'une dureté îùfinie : ils alloienl, avec beaii** coup d'autres plus petits, se rendre dans le lieu d^où sortoient les principales branches du gui. La grandeur de ces branches étoit toujours proportionnée à celle de ces conduits, qu^on peut considérer comme une petite rivière dans laquelle les fibrilles ligneusjes , comm^ de petits ruisseaux , vont porter ce suc dépravé. Quelquefois ces canaux sont étendus entre Técorce et le corps ligneux ; ce qui est conforme aux lois de la circulation des sucs dans les plantes. On sait qu^ils descendent toujours entre Fécorce et le bois , comme il est démontré par plusieurs expériences. Presque toujours au bout d^une branche garnie de rameaux de gui il y a des branches de Parbre avec les feuilles ; ce qui fait voir qu'il y a encore des fibres qui contiennent un suc bien conditionné. Nous avons quelquefois remarqué que la branche étoit presque sèche dans l'endroit où étoit le gui, et qu'elle étoit très^verte dans le bout où étoient des branches de Tariire ; nouvelle preuve que le suc de l'une étoit vicié , et npn pas celui de l'autre. Ainsi nous regardons ce gui qui paroît aux yeux si vert et si sain ,
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eomme une production et «ne branche malade formée par des socs de mauvaise qualité , et non pas comme une plante venue de {^raines, comme le soutiennent nos moflemes. Et nou6 remarquerons, en passant, que de toutes les branches que nous en avons vues , nous n'en avons pas trouvé une seule sur les gomn^s et antres ma-^ tières résineuses des arbres , sur lesquelles Ton dit que les graines s'attachent ; on les trouve presque toujours sur les arbres vieux et languis^ sans , dans lesquels les sucs perdent toujours.
Les liqueurs se corrompent dans les végétaux, ou par le dé&ut des fibres ligneuses dans lesquelles elles circulent, ou bien les fibres ligneuses se corrompent par la mauvaise qualité des liqueurs. Ces liqueurs, une fois corrompues, deviennent facilement visqueuses ; il suffit pour cela qu'elles perdent cette volatilité que la chalem* du soleil , qui les fait^monter , doit leur avoir donnée. On dira peut-être <]ue ce suc qui en^e dans la formation du gui devroit avoir produil des branches plus approchante^ des naturelles que celles du gui ne le sont ; mais si l'on suppose un vice dans le suc , si on fiiit attention aux phénomènes miraculeux des entes, on n'aura pas de peine à concevoir la différence des deux espèces de branches.
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Mais , ajoutera--t-on , le gui a des graines que la nature né doit pas avoir produites en yain. Nous nous proposons de faire plusieurs expé* riences sur ces graines ; et nous croyons qu^il est facile de découvrir si elles peuventi devenir fécondes , ou non. Mais , quoi qu^il en soit , il ne nous paroît point extraordinaire de trouver sur un arbre dans lequel on voit des sucs différens, des branches différentes; et, les branches une fois supposées, il n^est pas plus difficile d'imaginer des graines dans les unes que dans les autres.
Ceci n'est qu'un essai des observations que nous méditons de faire sur ce sujet : nous regar-*derons avec le microscope s'il ;^ a de la différence entre la contexture des fibres du gui et celle des fibres de l'arbre sur lequel il vient; nous examinerons encore si elle change selon la différence des sujets dont on la tire. Nous croyons même que nos recherches pourront nous servir à découvrir l'ordre de la circulation du suc dans les plantes ; nous espérons que ce suc , si aisé à distinguer par sa couleur, nous en pourra montrer la route.
lY. Ayant fait ouvrir une grenouille , nous liâmes une veine considérable , parallèle à une autre qui va du sternum au pubis, le long de la linea alba; et cette dernière tient le milieu entre
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ce vaisseau que nous liâmes, et un autre qui lui est oppose. On fit une incision à un doigt de la ligature : nous n'ayons pas remarqué que le sang ait rétrogradé , comme M. Leidde dit l'avoir observé. Mais nous suspendons notre jugement jusqu'à ce que nous ayons pu réitérer notre observation.
Nous li'aperçûmes point de mouvement péristaltique dans les boyaux: nou$ vîmes seulement une -fois un mouvement extraordinaire et comme convulsif qui les enfla, comme l'on enfle une vessie avec un souffle impétueux ; ce qui doit être attribué aux esprits animaux, qui, dans le déchirement de l'animal, furent portée irrégulièrement dans cette partie.
Ayant ouvert une^ auft grenouille , nous ne remarquâmes pas non plus de mouvement péristaltique : mais nous regardâmes avec plaisir la tracbée-artère et sa structure ; nous admirâmes ses valvules , dont la première est faite en forme de sphincter; et l'autre, à peu près semblable , qui est au-dessous , est formée de deux cartilages qui s'approchent les uns des autres, et ferme encore plus exactement que la première, de manière que l'eau et les alimens ne sauroieiit passer dans les poumons. Il y a apparence que les grenouilles doivent la yoix rauque qu'elles
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ont à cette valvule , par les tremoi^semens qu ' elle donne à Pair qui y passe.
Nous ne trouvâmes an coeur qu^un ventricule ; remarque qui nous servira à expliquer une olyservation dont nous parlerons dans la suite de cet écrit.
y. Au mois de mai 1718, nous observâmes la mousse qui croît sur les chênes; nous en remarquâmes de plusieurs espèces. La première ressemble à un arbre parfait, ayant une tige, des branches et un tronc. Il nous, arriva dans cette observation ce qui nous étoit arrivé dans une des précédentes : nous fumes d^abord portés à croire, avec les modernes, que cette mousse étoit une véritable plante produite par des semences voulantes. Mais, par rexaflfen que nous fîmes , nous changeâmes encore de sentiment : nous trouvâmes qu^elle étoit composée de deux sortes de fibres qui forment deux substances diffiérenl^es ; une blanche , et Tautre rouge. Pour les bien distinguer, il faut, mouiller le tronc et en couper une tranche : on y voit premièrement une couronne extérieure, rouge, tirant sur le vert, et ensuite une autre couronne blanche, beaucoup plus épaisse, et au milieu un cercle rotige.
Ayant regardé au microscope la partie intérieure, de Técorce sur laquelle vient cette mousse.
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nous la trouTames aussi composée de cette substance blanche et de cette substance rouge , quoique avec les yeux on «t'y aperçoive guère que k partie rouge : cela bous fit penser que cette mousse poiLToit n'être qu'une continuité de l'écorce ; et comme la partie ligneuse de la branche d'un arbre n'e$t qu'ijme continuité de la partie ligneuse du tronc, ainsi nous nous, imaginâmes que cette mousse n'étoit aussi qu'une continuité, et, pour ainsi dire , qu'une branche de l'écorce.
Pour nous en convaincre , ayant fait tremper cette mousse attachée à son écorce , afia que les fibres en fussent moins roides et moins cassantes , nous fendîmes le tronc de la mousse et dé Técorce en même temps , et nous ajustâmes une de ces partieis à notre microscope, afin que nous pussions suivre les fibres des unes et des autres : nous v^iQes précisément le même tissu, îfous conduisîmes la substance blanche de la mousse jusqu'au fond de l'écorce ; nous reconduisîmes de même les fibres de l'écorce jusqujau bout des branches de la mousse : point de diffé^ rence dans la contexture de ces deux corps ; mélange égal da^s tous les deux de la psurtie blanche et de la partie rouge, qui reçoivent' et sont reçues l'une dans l'autre. Il n'est donc pas nécessaire d'avoir recours à des graines pour faire
naître cette mousse , comme font nos modernes , ' qui mettent des graines partout, comme nous lëdirons tout à l'heure. Comme cette mousse n'est pas de la nature des autres, il ne faut pas sVtonnersi elle vient sur les jeunes arbres comme sur les vieux : nous en avons vu à de jeunes chênes qui n'avoient pas plus de neuf ou dix ans , et qui croissoient très-heureusement; au contraire , elle est plus rare sur les arbres vieux et malades.
Outre cette mousse , nous en avons remarque sur les chênes de trois sortes, qui naissent toutes sur l'écorce extérieure , comme sur une espèce de fumier; car Te'corce extérieure, sujette aux injures de Fair, se détruit et pourrit tous les jours, tandis que l'intérieure se renouvelle. Sur cette couche naît , i° une mousse verte , dont j'omets ici la description , parce que tout le monde la connoît; 2** une autre mousse qui ressemble à des feuilles du même arbre qui y seroient appliquées ; je n'en dirai rien ici de particulier ; 3** enfin une mousse jaune , tirant sur le rouge , qui vient dans un endroit plus maigre que les autres , car on la trouve aussi sur le fer et sur les ardoises. Ayant fait tremper un morceau d'ardoise dans l'eau afin que la mousse s'en séparât plus facilement, nous avons remarqué qu'elle ne tient pas partout à l'ardoise , mais qu'elle y est attachée en plu-
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sieurs endroits par des pieds qui ressemblent parfaitement à des pieds de potiron, que nous y ayons vus très-distinctement à plusieurs reprises.
Ces sortes de mousses viennent-elles de graines , ou non ? je n^en sais rien : mais je ne suis pas plus étonne de leur production, que de celle de ces forêts immenses et de ce nombre innombrable de plantes que Ton voit dans une miette de pain ou un morceau de livre moisi, dans Je microscope , lesquelles je ne soupçonne pas être venues de graines.
Nous osons dire, quoiqu^on ait extrêmement éclairci dans ce siècle cette partie de la physique qui concerne la végétation des plantes , qu^elle est encore couverte de difficultés. Il est vrai que, quand nos modernes nous disent que toutes les plantes qui ont été et qui naîtront a jamais, étoient contenues dans les premières graines , ils ont là une idée belle, grande , simple , et bien digne de la majesté de la nature. Il est vrai encore qu^on est porté à. croire cette opinion par la facilité qu'elle donne à expliquer l'organisation et la végétation des plantes : elle est fondée sur une raison de commodité ; et , chez bien des gens , cèite raison supplée à toutes les autres.
Les partisans de ce sentiment avoient espéré
que les microscopes leur feroient voir dans les graines la forme de la plante qui en deyoit naître ; mais jusqu'ici leurs recherches ont été raines. Quoique nous ne soyons pas prévenus de cette opinion, nous avons cependant tenté , comme les autres , de découvrit cette ressemblâfnce, mais avec aussi peu de succès.
Pour pouvoir dire avec raison que totls les arbres qlii dévoient être produits à Tinfini ëtoieHit conttmus dans la première graine de chaque espèce que Dieu créa , il nous semble qu'il faudroit auparavant prouver que tous les arbres naissent de graines.
Si Von met dans k terre un bâton vert , il poussera des racines et des branches , et deviendra un arbre parlait ; il portera des graines qui produiront des arbres à leur tour : ainsi , s'il est vrai qu'un arbre ne soit que le développement d'une graine qui le produit , il faudra dire qu'une graine étoit comme cachée dans ce bâton de saule ; ce qtie je ne saurois m'imaginer.
On distingue la végétation des plantes de celle des pierres et des métaux : on dit que les plahtes croissent par intus-susception , et les pierres par juxta-position ; que les parties qui composent la forme des premières croissent par une addition de matière qui se fait dans leurs fibres , qui , étant
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naturellement lâches et afiEki&sëes, se dressent à mesure que les sucs de la terre entrent dans leurs interstices. ^
Cest, dit-on, la raison pour laquelle chaque espèce d^arbre parWent à une certaine grandeur, et non pas au delà , parce que les fibres n'ont qu'une certaine extension, et ne sont pas capables d'en recevoir une plus grande. Nous avouons que nous ne concevons guère ceci. Quand on met un bâton vert dans la terre , il pousse des branches qui ne sont aussi qu'i^m extension des mêmes fibres ; ainsi à l'infini , eron vient de la faire trèsbornée. D'ailleurs cette extension de fibres à l'infini nous paroit une véritable chimère : il n'est point ici question de la divisibilité de la matière ; il ne s'agit que d'un certain ordre et d'un certain arrangement de fibres, qui, affaissées au commencement, deviennent à la fin plus roides, et qu'on croit devoir parvenir enfin à un certain degré, après lequel il faudra qu'elles se cassent: il n'y a rien de si borné que cela.
Nous osons donc le dire, et nous le disons sans rougir, quoique nous parlions devant des philosophes : nous croyons qu'il n'y a rien de si fortuit que la production des plantes ; que leur végétation ne diffère que de très-peu de celle des pierres et des métaux ; en un mot, que la plante
la mieux Organisée jn^estquW effet simple et facile du mouvement général de la matière.
Nous smnmes persuadés qu^il n'y a point tant de mystère que Ton sHmagine dans la forme d^ graines , qu^elles ne sont pas plus propres et plus nécessaires à la production des arbres qu^aucune ajatre de leurs parties , et qu^elles le sont quelquefois moins ; que s^il y a quelques parties de plantes impropres à. leur production , c'est.que leur contexture est telle, qu'elle se corrompt facilement, se pourrissant ou se sécl^|t aussitôt dans la terre , de manière qu'elles ne^nt plus propres à recevoir les sucs dans leurs fibriles;<ce qui, à notre avis, est le seul usage des graines.
Ce que nous avons dit semble nous mettre en obligation d'expliquer tous les phénomènes de la végétation' des plantes , de la manière que nous les concevons : mais ce seroit le sujet d'une longue dissertation ; nous nous contenterons d'en donner une légère idée :en raisonnant sur un cas particulier, qui est lorsqu'un morceau de saule pousse des branches, et, par cette opération de la nature, qui est toujours ^e, nous jugerons de toutes les autres : car, soit qu'une plante vienne de graines, de boutures, de provins; soit qu'elle jette desracines, des branches, des feuilles, desfleurs, des fruits, c'est tqujours la mêmeac-
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tion de la nature; la variété est dans la fin, et la simplicité dans les moyens. Nous pensons que tout le mystère de la production des branches (ijans un bâton de saule consiste dans la lenteur avec laquelle les sucs de la terre montent dans ses fibres : lorsqu'ils sont parvenus au bout , ils s'arrêtent sur la superficie et commencent à se coaguler ; mais ils ne sauroient boucher le pore du conduit par lequel ils ont monté , parce qu'avant qu'ils se soient coagulés , il s'en présente d'autres pour passer, lesquels sont plus en-mouvement , et en passant redressent de tous côtés les parties demi-coagulées qui auroient pu* faire une obstruction, et les poussent sur les parois circulaires du conduit; ce qui l'allonge d'autant, et ainsi de suite : et comme cette même opération se fait en même temps dans les conduits voisins qui entourent celui-ci , on conçoit aisément qu'il doit y avoir un prolongement de toutes les fibres , et qu'ils doivent sortir en dehors, par un progrès insensible. Noi^s le dirons encore, tout le mystère consiste dans la lenteur avec laquelle la nature agit : à mesure que le suc qui est par\'enu à l'extrémité se coagule, un autre se présente pour passer.
Ceux qui feront bien attention à la manière dont reviennent les ailes des oiseaux lorsqu'elles VII. i5
ont été tognées; qui réfléchiront sur la célèbre expérience de M. Perrault, d'un lézard à qui on avoit coupé la queue, qui revint aussitôt après ; à ce calus qui vient dans les os cassés , qui n'eit qu'un suc répandu par les depx bouts , qui les rejoint et devient oi lui-même, ne iregarderont peut-être pas ceci comme une chose imaginaire. Les sucs de la terre , que Faction des rayons du soleil fait fermenter, montent insensibletiieilt jusqu'au bout de la plante. J'imagine que, dans les «fermentations réitérées, il se fait comme un flùt et reflux de ces sucs dans ces conduits longituditiâux, et comme un bouillonnement intercadent : le suc porté jusqu^à l'extrémité de la plante , trouvant l'air extérieur , est repoussé en bas;Tnais il la laisse, comme nous avons dit, toujours imprégnée de quelques-unes de ces parties qui s'y coagulent, qui cependant ne fotit point d' obstruction , parce qu'avant qu'ils se soient coagulés, une nouvelle ébuUition vient déboucher tous les pores. Et comme il y a ici deux actions , l'une celle de la fermentation , qui pousse au dehors ; l'autre , celle de l'air extérieur, qui résiste ; il arrive qu'entre ces deux forces , les liqueurs pressées trouvent plus de facilité à s'échapper par les côtés ; ce qui forme les conduits transversaux que l'on a observés dans les plantes,
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qui vont du centre à la circonférence , ou de la moelle j«»qu'à Fécorce , lesquels ne font que la route que le suc a prise en s'échappant. • On sait que ces conduits portent le suc entre le bois et l'écorce : l'ëcorce n'est autre chose qu'un tissu plus expose' à l'air que le corps ligneux, et par conséquent d'une nature différente ; c'est pourquoi il s'en sépare. Or les sucs arrivés par les conduits latéraux entre l'écorce et fe corps ligneux y doivent perdre beaucoup de leur mouvement et de leur ténuité : 1® parce qu'ils sont infiniment plus au large qu'ils n'étoient; 2* parce que trouvant d'autres sucs qui ont déjà beaucoup perdu de leur mouvement, ils se mêlent avec eux : mais comme ils sont pressés par l'ébuUition des sucs qui se trouvent dans les fibres longitudinales et transversatles du corps ligneux , ne pouvant pas monter^ ils sont obligés *de descendre; et ceci est conforme à -bien des expériences qui prouvent que la sève , .c'est-à-dire le suc le plus grossier, descend entre l'écorce et le bois , après être montée par les fibres ligneuses. On voit par tout ceci que l'accroissement des plantes et la circulation de leurs sucs sont deux effets liés et nécessaires d*une même cause., je veux dire la fermentation.
Si l'on polisse plus loin ces idées , on verra
qu^il ne. faut uniquement pour la production d'une plante qu'un sujet propre à recevoir les sucs de la terre, et à les filtrer lorsqu'ils se pre'sentent ; et toutes les fois que le suc convenable passera par des canaux assez étroits et assez bien disposés , soit dans la terre , soit dans quelque autre corps, il sç fera un corps ligneux, c'est-àdire un suc coagulé , et qui s'est coagulé de manière qu'il s'y est formé en même temps des conduits pour de nouveaux sucs qui se soitt présentés .
Ceux qui soutiennent que les plantes ne sauroientêlre produites par un concours fortuit, dépendant du mouvement général de la matière , parce qu'on en verroit naître de nouvelles , disent là une chose bien puérile ; car ils font dépendre l'opinion qu'ils combattent , d'une chose qu'ils ne savent pas , et qu'ils ne peuvent pas même savoir.,Et en effet, pour pouvoir avec raison 4ire ce qu'ils avancent , il faudroit non-seulement qu'ils connussent plus exactement qu'un fleuriste ne connoît les fleurs de son parterre, toutes les plantes qui sont aujourd'hui sur la terre , répandues dans toutes les forêts , mais aussi celles qui y ont été depuis le commencement du monde.
Nous nous proposons de faire quelques expériences qui nous mettront peut-être en état d'éclaircir cette matière ; mais il nous faut plusieurs
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années pour les exécuter. Cependant c'est la seule voie qu'il y ait pour réussir dans*un sujet comme celui-ci ; ce n'est point dans les méditations d'un cabinet qu'il faut chercher ses preuves, mais dans le sein de la nature mente.
Nous fmi&sons cet article par cette réflexion , que ceux qui suivent l'opinion que nous embrassons peuvent se vanter d'être cartésiens rigides , au lieu que ceux qui admettent une providence particulière de Dieu dans la production des plantes, différente du mouvement général de la matière, sont des cartésiens mitigés qui ont abandonné la règle de leur maître.
Ce grand système de Descartes, qu'on ne peut lire sans étonnement; ce système, qui vaut lui seul tout ce que les auteurs profanes ont jamais écrit ; ce système , qui soulagé si fort la providence, qui la fait agir avec tant de simplicité et tant de grandeur; ce système immortel, qui sera admiré dans tous les âges et toutes les révolu* tions de la philosophie , est un ouvrage à la perfection duqiïel tous ceux qui raisonnent doivent s'intéresser avec unû espèce de jalousie. Mais passons à un autre sujet*
VI. Depuis la célèbre dispute de Méry et de Duverney, que l'académie des sciences de Paris n'osa juger, tout le monde connoît le trou ovale
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et le conduit botal; tout le monde sait que, le fœtus ne respirant point dans le ventre de la mère, le sang ne peut passer de Tartère dans la veine du poumon : ainsi il n'auroitpù être porte du ventricule droit dans le ventricule gauche du cœur, si la nature n'y avoit suppléé par ces deux conduits particuliers , qui se bouchent après la naissance, parce que le sang abandonne cette route pour en prendre une nouvelle.
Mais ces conduits ne s^efiEacent jamais dans la tortue, les canards^ et autres animaux semblables, parce , dit-on , qu'alors qu^ls sont sous Feau , où ils ne respirent point , il faut nécessairement qae le sang prenne une route différente de celle des poumons.
Nous fîmes mettre un canard sous l'eau, pour voir combien de temps il pourroit vivre hors de l'air, et ai la circulation qui se &it par ces conduits pouvoit suppléer à la circulation ordinaire ; nous remarquâmes une effusion perpétuelle d^ petites bulles qui sortoient de ses narines : cet animal perdant insensiblement tout Fair qu'il avoit dans ses poumons , sept minutes après nous le vîmes tomber en défaillance et mourir. Une oie que nous y mimes le lendemain ne vécut que huit minutes. On voit qne le trou ovale et le conduit botal ne servent pohit à donner à ces ani-
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mauilf: la facilite d^aUfsr sous Feau , puisqu'ils ne l'ont poial:; et qu'ils ne fo^t p^ ce qup le mpindre plongeur p^nt fairç ; iU ne plongent mêrpe qu'à cause de la constitutiop patur^Ue diQ leurs plumées, qup l'eau pe touche poipt ifninédiatein<ent ; et comme ils y trouyenl; dps cIjlqsq^ propres à leur nourriture , ils s'y accoutument aigiaqt de temps qu'on peut y être $ans respii*er, et y restent plus long-temps que le^ autres animaux , dont le gosier se remplit aussitôt qu^ils y sont enfoncés. Cela nous fit faire une réflexipn , qui est qu^il y avoit de l'apparence qu<e le saiig des animaux aquatique^ ëtpit plus £roi4 que celui des autres r d'où on pouYoit conclure qu'il ^yoit mpius de mouviemeiity et que pi^r conséquent les parties en étoien^ plu^ ^ps^ières ; à causiç de quoi la nature pourroit avoir ^pon&ervë ces chemins pour y faîi:e passer le$ parties du sang qui , n'ayapt pas enco|*e ét^ préparées dans le yentri- (ule gauche , n'auroieuJt pa;s eu gs^ez de mpuye-r ment pour mon^ dans jl^ yeine du poumon , ou assez de ténuité pojor pénétrer dans JU suhstante de ce vi$»icère. C'est ti:è^-lçgèremeut que nous donnons nos couîiectur<e^ sur cette manière , parce que nous y sommes extr^ementneu& : si les exr périenqe^ que nou$ avon^ faites Jà-desausay^ient réussi, nous ayancerions comme une yérité ce
que nous ne proposons ici que comme un doute ; mais nous n^avons que des observations manquées par le défaut des instruniens.-|ious attendons de petits thermomètres de cinq ou six pouces, avec lesquels nous les pourrons faire avec plus de succès : ceux qui font des observations , ne pouvant se faire valoir de , ce côté-là que parle mince mérite de Texactitude, doivent au moins y apporter le plus de soin qu^il est possible.
Nous fîmes prendre des grenouilles de terre , que nous jugeâmes , par le lieu où on les avoit trouvées, n'avoir jamais été sous l'eau, et avoir toujours respiré *: on les mit au fond de Teau près de deux fois vingt-quatre heures; et lorsqu'on les tira, elles n^en parurent point incommodées. Ceci ne laissa pas de nous surprendre : car, outre que nous avions lu le contraire chez des auteurs qui assurent que ces animaux sont obligés de sortir de temps en temps de dessous l'eau pour respirer, nous trouvions cette observation si différente de la précédente , que nous ne savions que croire de l'usage du trou ovale et du conduit botal. Enfin nous nous 'ressouvînmes que nous avions observé , plusieurs mois auparavant , que le cœur des grenouilles n'a qu'un ventricule, de manière que le sang va par
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le cœur, de la veine cave dans Faorte, sans passer par les poumons ; ce qui fait que la respiration est inutile à ces animaux, quoiqu'ils meurent dans la machine pneumatique , dont la raison est qu'ils ont toujours besoin d'un peu d'air qui , par son ressort, entretienne la fluidité du sang : mais il en faut si peu , que celui qu'ils prennent dans l'eau ou par les alimens leur suffit.
VII. On sait que le froment , le seigle , et l'orge même, ne viennent pas dans tous les pays; mais la nature y supplée par d'autres plantes : Il y en a quelques-unes qui sont un poison mortel , si on ne les prépare , comme la cassave , dont le jus est si dangereux. On fait, en quelques endroits de Norvège ou d'Allemagne, du pain avec une espèce de terre , dont le peuple se nourrit, qui se conserve quarante ans «ans se gâter : quand un paysan a yu parvenir à se faire du pain pour toute sa vie , sa fortune est faite; il vit tranquille, §t n'espère plus rien de la providence. On n'auroit jamais fait , si l'on vouloit décrire tous les moyens diverà que la nature emploie , et toutes les précautions qu'elle a prises pour subvenir à la vie des hommes. Comme nous habitons un climat heureux, et que nous sommes du nombre de ceux qu'elle a le plus favorisés , nous jouissons de ses plus grandes faveurs sans nous soucier
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des moindres : nous négligeons et laissons përir dans les bois dies plantes qui feroient une des grandes commodités de la vie chez bien des peuples. On s'imagine qu'il n'y a que le blé qui soit destiné à la nourriture de^ hommes , et on ne coAsidère les autres plantes que par rapport à leurs qualités médicinales; les doctem'S les trouvent émollientes ^ diurétiques , dessiccatives ou astringentes; ils les traitent toutes comme la manne qui nourrissoit les Israélites , dont ils ont fait un purgadtif ; on leur donne une infinité de qualités qu'elles n'ont pas, et personne ne pense à la vertu de nourrir qu'elles ont.
Le froment, l'orge, le seigle, ont, çomma les autres plantes , des années qui leur sont très-favorables : il y en a où la disette de ces grains n'est ps^s le seul malheur qui afflige les peuples ; leur mauvaise qualité est encore plus cruelle. ]N[ous croyons que , dans ces années si tristes pour lies pauvres , et mille fois plus encore pour les riches, chez un peuple chrétien, on a mille mx>y.ens de suppléer à la* rareté du blé ; qu'on a sous &es pieds dans tous les bois mille ressources contre la faim ; et qu^on admireroit la providence , au lieu .de l'accuser , si Ton connoissoit tous ses bienfaits.
Dans cette idée , nous avons conçu le dessein
SUR l'histoire NATURELLE. 235
d'examiaer les végétaux, les écorces, et une infinité de choses qu^on ne soupçonneroit pas par rapport à leur qualité nutritive. La vie des ani^ maux qui ont le plus de rapports à Thomme seioit bien employée pour faire de pareilles expé^ riences. Nous en avons commencé quelques'-unes qui nous ont réussi très-heureusement. La brièveté du temps ne nous permet pas de les rapr porter ici ; d'ailleurs nous voulons les joindre à un grand nombre d'autres que nous nous proposons de faire sur ce sujet, Kotre dessein est aussi d'examiner en quoi consiste la qualité nutritive des plantes : il n'est pas tonjou» vrai que celles qui viennent dans une terre grafise soient plus propres à nourrir que celles qui viennent dans un terrain maigre. Il y a dans le Quercy un pays qui ne produit que quelques brins d'une herbe Irès-courte , qui sort au travers des pierres dont il .est couvert ; cette herbe est si^nourris- ^sfflite , qu'une brebis y yit , pourvu que chaque jour elle en puisse amasser autant qu'il en pourroit entrer dans un dé à coudre; au contraire >, dans le Chili , les viandes y nourris^nt si peu , qu'il £aiut absolument mai^r de trois en trods heures , comme si ce pays étpit tombé da^os la malédiction dont Dieu menace son peuple 'dans les livres saints : J'ôterai aupam If frru de nourrir.
Je me vois obligé de dire ici que le sieur Duval nous a beaucoup aidés dans ces observations, et que nous devons beaucoup à son exactitude. On jugera sans doute qu^elles ne «ont pas considérables; mais on est assez heureux pour ne les estimer précisément que ce qu'elles valent.
C'est le fruit de l'oisiveté de la campagne. Ceci devoit mourir dans le même lieu qui l'a fait naître : mais ceux qui vivent dans une société ont des devoirs à remplir; nous devons compte à la nôtre de nos moindres amusemens. Il ne faut point chercher la réputation par ces sortes d'ouvrages , ils ne Tob tiennent ni ne la méritent; on profite des observations , mais on ne connoît pas l'observateur : aussi de tous ceux ^ui sont utiles aux hommes , ce sont peut-être les seuls envers lesquels on peut être ingrat sans injustice.
Il ne faut pas avoir beaucoup d'esprit pour avoir vu le Panthéon , le Colisée , des pyramides ; il n'en faut pj^s davantage pour voir un ciron V dans le microscope , ou une étoile par le mo^èn des grandes lunettes ; et c'est en cela que la physique est si admirable : grands génies, esprits étroits, gens médiocres, tout y joue son personnage : celui qui ne saura pas faire un système comme Newton , fera une observation avec laquelle il mettra à la toi'ture ce grand philosophe ;
S€R l'histoire naturelle. âSj
cependant Newton sera toujours Newton, c'est-àdire le successeur de Descartes , et l'autre un homme commun, un vil artiste, qui a vu une fois, et n'a peut-être jamais pense.
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