LA CAUSE DE LA TRANSPARENCE DES CORPS
PEOHOHGB LB a5 AOFT 1730.
L' ACADEMIE proposa l'année dernière un second prix sur la transparence. Cette matière , liée avec le système de la lumière , a paru sans doute trop étendue , et a rebuté les auteurs. •
Privés des secours étrangers , il fiiut que le public y perde le moins possible , mais il y perdra
(i) M. Bouillet, médecin à Béziert.
ao8 DISCOURS
toujours; et, dans la nécessite où nous sommes de traiter ce sujet, convaincus de notre peu de suffisance , nous aimons encore mieux nous excuser sur le peu de temps que nos occupations nous ont laisse.
Il semble d^abord qu'Aristote savoit bien ce quec*étoit que la transparence, puisqu^il dëfinissoit la lumière Vacte du transparent en tant que transparent; mais , pour bien dire , il ne connoissoit ni la transparence ni la lumière. Accou* tumé à tout expliquer par la cause finale , au lieu de raisonner par la cause formelle , il regardoit la transparence comme une idëe claire, quoiqu'elle ne puisse paroître telle qu'à ceux qui savent dëjà ce que c'est que la lumière.
La plupart des modernes croient que U transparence est l'effet de la rectitude des pores, lesquels peuvent, selon eux, faicilement transmettre Faction de la lumière.
Un de nos confrères a cru devoir douter des pores droits , en disant que si l'on coupe un cube de verre , il transmet la lumière de tous côt^s. Pour moi , j'avoue que cette hypothèse des pores droit» me paroit plus ingénieuse que vraie : je ne trouve pas que cette régularité s'accorde avec l'arrangement fortuit qui produit toutes les formes. Il me semble que cette idée des pores droits
ne rend pas raison de la question dont il s'agit; car ce n'est pas de ce que quelques corps sont transparens que je suis embarrasse, mais de ce quMls ne sont pas tous transparens.
II est impossible qu'il y ait sur la terre une matière si condensée qu'elle ne donne passage aux globules. Supposez des pores aussi tortus que TOUS voudres ; il faut qu'ils laissent passer la lumière, puisque la matière ëthërëe pénètre tous les corps.
Les corps sont donc tons transparens d^me manière absolue ; mais ils ne le sont pas tous d'une manière relative. Ils sont tous transparens, parc« qu'ils laissent tous passer des' rayons de lumière ; mais il n'en passe pas toujours en assez grand nombre pour former sur )a rëtine l'image des objets.
On Toit par les expériences de Newton que tous les corps colorés absorbent une partie des rayons, et renvoient l'autre : ils sont donc opaques entant qu'ils renvoient les rayons , et transparens en tant qu'ils les absorbent.
Nous voyons , dans le Journal des Savans , qu'un homme qui resta six mois enfermé dans une prison obscure voyoit sur la fin tous les objets très-distinctement , ses yeux étant accoutumés k recevoir im très-petit nombre de rayons : TU. 14
210 DISCOV&S ACABBMIQlfES.
Forgane de la vuie commença à être ëlnranlé par uiM lumière ai foiUe , ^'elle ëtoit insensible à d^autres yeux qui n^aroientpasëté ainsi prépares. Il y a apparence qu^il y a deà animaux pour lésquels les murailles les plus épaisses sont transparentes.
De tout ceci je crois pouvoir admettre ce prinrcipe , que les corps qui opposent le moins de petites sur&ces solides aux payons de lumière qui les traversent , sont les plus transparens ; qu^à proportion qu^ils en opposent davantage , ils le paroissent moins ; et qu^ils commencent de paroîlre opaques dès quHls ne laissent pas passer aasex'de rayons pour ébranler TcHrgane de la* vision; ce qui est encore relatif à la conformation des yeux ^ et à la disposition présente où ils se trouvent.
Lorsque nous pourrons un peu méditer sur cette matière, nous pourrons tirer un meilleur parti de ces idées , el expliquer ce que nous ne Basons ici que montrer.