‹ Œuvres de Montesquieu (volume 5)Chapitre 63 sur 92 · LETTRES FAMILIÈRES · texte numérisé non relu

LETTRES FAMILIÈRES

AU PÈRE CfiRATI (i),

]>E tl GONGBBGITION DE l'oBITOIRE DB SAINT-^HlUf PB 9

A Rome.

j'eus rhonneur de vous écrire par Je courrier passe, mon révérend père; je vous écris encore par celui-ci. Je prends du plaisir à faire tout ce qui peut vous rappeler une amitié qui m'est si chère. J'ajoute à ce que je vous mandois sur Tafifaire.... que , si monseigneur Fouquet (2) exige au delà

(1) Montesquieu s'êtoit lié avec lui dans la maison de M. le cardinal de Polignafc, «mbaMadeur de France à Rome, lors de son toyage en Italie.^. Gerati, né d'une famille noble de Parme, étoit fort aimé du cardinal, qui le regardoi^ comme un des hommes les plus éclairés d^Italie. lean Gàstbn , dernier grand-duc de Toscane , l'attira danà ion pays, et le nomma de l'ordre de Saint-Étienné de Tofecane, et provéditeur de l'université de Pise. Ce fut lui qui donna le conseil à M. M uratori de composer, ses DisiertatUms sur l'histoire du moyen âge, et d'entreprendre l'ouvrage des Annales d'Italie*.

(4} Jésuite revenu de la Chine avec M. Mezzabarba. Ce missionnaire s'étoit déclaré contre les rites chinois , et en avoit parlé au pape selon sa conscience. Gomme, après cette déclaration , il fit sentir à Sa Sainteté que l'air du collège ne lui convenoit plus, Be* noit XIII le fit évêque in partibusj et le logea en Propaganda, Mon-

de la somme que j^ai paru vous fixer , vous pouvez vous étendre et donner plus, et faire, par rapport aux autres conditions;, tout ce qui ne sera pas visiblement déraisonnable. Je connois ici le chevalier Lambert , banquier fameux , qui m'a dit «être eq correspondance avec Bellonî . Je ferai remettre sur-le-champ par lui l'argent dont vous serez convenu ; car il me paroît que les volontés de M. Fouquetsont si ambulatoires (i) , qu'il ne vaut pas la peine de rien faire avant qu'elles ne soient fixées.

Je suis ici dans un pays qui ne ressemble guère au reste de l'Europe. Nous n'avons pas encore su le contenu du traité d^Espagne : on croit simplement qu'il ne change rien -à la quadruple alliance , si ce n'est que les six mille hommes qui iront en Italie pour faire leur cour à <lon Carlos , seront Espagnols, et non pas neutres. Il court ici tous les jours, comme vous savez , toutes sortes de papiers très-libres et très-indiscrets. Il y en avoit un, il y a deux ou trois semaines, dont

tesquîeu l'aYOÎt connu chez le cardinal de Polignac , et eut depuis avec lui une négociation pour la résignation en faveur de l'abbé Duval , son secrétaire , d'un bénéfice que ce prélat aToit en Bretagne, (i) Les difficultés que M. Fouquet faisoit naître coup sur coup au sujet de la pension , ou de la somme d'argent qui deyoit être stipulée, faisoient dire à Montesquieu que l'on voyoit bien que Étonteigneur n'avoit pas encore secoué la poussière.

j'ai ëté très-en colère. Il disoitqne M. le cardinal de Rohan ayoit fait venir d'Allemagne , avec grand soin , pour l'usage de ses diocésains , une machine tellement faite, que l'on pouvoit jouer aux dés, les*méler, les pousser, sans qu'ils reçussent aucune impression de la main du joueur, l^uel pouvoit auparavant , par un art illicite. , flatter ou brusquer les des selon l'occasion ; ce qui établissoit la friponnerie dans des choses qui ne sont établies que pour récréer l'esprit. Je vous avoue qu'il faut être bien hérétique et j anséniste (i) pour faire de ces mauvaises plai-i santeries-là. S'il s'imprime dans l'Italie quelque ouvrage qui mérite d'être lu, je vous prie de me le faire savoir. J'ai l'honneur d'être avec toute sorte de tendresse et d'amitié.

De Jiondres, le ai décjsmbre 1739.

(1) Ce qui avoit donné lieu à cette mauvaise plaisanterie des Anglais , étoit de voir autant d'empressement dans le cardinal de Rohan à procurer tous les amusemens imaginables pendant qu'il résidoit dans son diocèse à Saverne, où il figuroit comme prince, *que de zèle pour la religion à Paris , où il se piquoit de figiirer comme chef des anti-jansénistes, et défenseur de la bonne doctrine.

AU MÈMR

PÈRE Cerati, vous êtes mon bienfaîteur: vous êtes comme Orphée , vous faites«uivre les rochers. Je mande à PabbëDuval (i) que je n'entends pÉ& qu'il abuse de Phonnêteté de M. Fouquet , mais qu'il poursuive , et que ce qui reviendra soit partagé à l'amiable entre monseigneur et lui.

Enfin Rome est délivrée de la basse tjranniè de Bénévent , et les rênes dit pontificat ne sont plus tenues par ces viles mains. Tous ces faquins, Sainte-Marie à leur tête , sont retournés dans les chaumières où ils sont nés , entretenir leurs parens de leur ancienne insolence. Goscia n'aura plus pour lui que son argent et sa goutte. On pendra tous les Bénéventins qui ont volé , afin que la prophétie s^accomplisse sur Bénévent : Vax in Rama audita est; Racket plorans filios suos noluit^comolari ^ quia nonsunt. (Matth. ii, 18.)

Donnez-nous un pape qui ait un glaive comme

(1) Il avoit été secrétaire de l'auteur. Ce fut lui qui porta le manudcrit des Lettres persanes en Hollande, et l'y fit imprimer; ce qui coûta à leur auteur beaucoup de frais sans aucun profit. Il obtint en sa faveur la résignation du bénéfice que M. Fouquet avoit obtenu de la cour de Rome, en Bretagne, et il s'agissoit ici de l'argent ou de la pension que M. Duval devoit payer à ce prélat. ~

FASULliRES. 367

saint Paul , non pas nn rosaire comme saint Dominique , ou une besace comme saint François. Sortez de votre léthargie : EHboriare aliquis. N'avez-vous point de honte de nous montrer celte vieille chaire de sç^iqt Pierre avec le do^ rompu et pleine de vermoulure ? Voulez- vous qu'on regarde vQtre ço£&e, Qu spqt tant de richesses spiritvielles , comme une boitç d'orvie'tan ou de mit^hrida^t^ ? £il vérité , vous £aiites un bel usage de VQtre ioÊiilUbilité ; vous vous en servez pour proi^ver que Je livre de Quesnçl pe vaut rien, et vous nt vpu^ ep servez pas pour décider que les prétentÎQi^ dç ï'einpereur ^urP^fue et Plaisapce «ont mwvîiises. Votre triple courpnne riessemble à pçtte cçi^pnne de Uurier quç mettoit César poifr empi^cher qu'on ne vît qvi'il étoit chauve. Me* îidoratîpp§ à M. le cardjinstl de Polignac. Je fus reçu il y a trpi« JQurs pieml^re de la société royjgile 4e ï^ondres. On y parla d'une lettre de M. Thomas 'Dhisam à son frère, qui demandoit le sentiment de la société sur les découvertes astronomique^» de lllL. Bianchini. {Imbrassez, s'il vous plaît, de ma part, Tabbé, le cher abbé Kiccoliif^. j[e vp\is salu^ , cher père , de tout mon cœur.

De Ifondres, le 1" mar« 1730.

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