LA REPONSE DU ROI DE POLOGNE
Â. LA LETTBE PBÉGÉDENTE.
Monsieur , je ne puis que bien augurer de ma société littéraire , du moment qu'elle vous inspire le désir d'y être reçu. Un nom aussi distingué que le vôtre dans la république des lettres, un mérite plus grand encore que votre nom , doivent la flatter ssois doute ; et tout ce qui la flatte me touche sensiblement. Je viens d'assister â une de ses séances particulières. Vofre lettre que j'ai fait lire a excité une joie qu'elle s'est chargée elle-même devons exprimer. Elle seroit bien plus grande, cette joie , si la société pouvoît se promettre de vous posséder de temps en temps. Ce
bonheur, dont elle connoîtroitleprix, en seroit
un pour moi , qui serois véritablement ravi de
vous revoir à ma cour. Mes sentimens pour vous
sont toujours les mêmes ; et jamais je ne cesserai
d'être bien sincèrement, monsieur, votre bien
affectionné ,
Stanislas, roi (i).
(i) Cette lettre fut envoyée à Montesqnieu , en même temps que celle du secrétaire perpétuel , écrite au nom de l'académie. Le secrétaire lui marquoit*que la société avoit vu avec joie la lettre qu'il avoit écrite à Sa Majesté : «Vous lui demandez., monsieur, » disoit-il, une grâce que nous aurions été empressés de vous de- » mander à .vous-rmême , si l'usage nous l'aToit permis. PITous nous B estimons heureux que vous préveniez nos désirs. Vous pouvez , » plus qu'un autre , nous faire entrer dans l'esprit de nos lois , et » nous apprendre à remplir les vues du monarque que vous ai- » mez , et que nous voulons tftcher de satisfaire. C'en est déjà un » moyen que de vous donner une place parmi nous ; et nous vous » l'accordons avec d'autant plus de plaisir que nous pouvons par-lâr » nous acquitter envers Sa Majesté d'une partie de notre reconnois- » sance , etc. » La satisfaction qu'avoit l'académie de répondre aux désirs de M. de Montesquieu fut bientôt augmentée par l'envoi que ce nouveau confrère lui fit d'un écrit qui a pour titre Lysimaque : il éloit accompagné de la iattre suivante, adressée au secrétaire de la société. On y verra quelle étoit la raison qui engageoit Montesquieu k préférer à tout autre sujet celui qu'il traite dans cet ouvrage.