A LA MARQUISE DU DEFFAND
Je vous avois promis, madame, de vous écrire ; mais que vous manderai-je dont vous puissiez vous soucier? Je vous offre tous les regrets que j^aide ne plus vous voir. A présent que je n'ai que des objets tristes , je m'occupe à lire des romans; quand je serai plus heureux, je lirai de vieilles chroniques pour tempérer les biens et les maux : mais je sens qu'il n'y a pas de lectures qui puissent remplacer un quart d'heure de ces soupers qui faisoient mes délices. Je vous prie déparier de moi à madame DuChâtel. J'apprends que les requêtes du palais n'ont pas été favorables à madame de Stainville ; dites-lui combien je suis sensible à tout ce qui la touche , et cette personne charmante qi|i n'aura jamais de rivale aux yeux de personne que madam.e sa mère. Parlez aussi de moi à ce présideiA qui me touche comme les Grâces et m'instruit conmie Machiavel , qui ne se soucie point de moi , parce qu'il se soucie de tout le monde , et dont j'espère toujours d'acquérir l'estime , sans jamais pouvoir espérer les sentimens. Je n'aurois jamais fini ,
48q lettres
si je youlois suivre cette phrase ; mais c'est assez le désobliger pour le mal que je lui veux.
Je n'entends ici parler que de vignes , de misère et de procès, et je suis heureusement assez sot pour m'accuser de tout cela , c'est-à-dire pour m'y intéresser. Mais je ne songe pas que je vous ennuie à la mort , et que la chose du monde qui vous fait le plus de mal , c'est l'ennui ; et je ne dois pas vous tuer , comme font les Italiens, par une lettre.
Je vous supplie , madame , d'agre'er mon respect.
De la Brède, i5 fain 1751 (i).
A LA MÊME
Vous vous moquez de moi ; ce n'est pas le premier président que je crains, c'est le président ; ce n'est pas celui qui croit dire tout ce que vous voulez , c'est celui qui dit tout ce qu'il veut. J'aime bien ce que vous dites , que vous
(1) Dam la Correspondance inédite de madame Du Deffand , qnel* ques-unes de ces lettres portent des dates recalées de dix ans; ce qui est évidemment une erreur , puisqu'il y est parlé d'événemens arrî- ▼és postérieurement à ces dates.
FAMILIÈRES. /^&i
li'aveai suivi vos compagnes que pour tuer le temps , et que vous n'avez jamais tant trouve qu'il mërite de l'être. Eh bien! soit, tuons-le ; mais je le connois, il reviendra nous faire enrager. Je suis enchante que vous ayez fait mon apologie ; vous me couvrirez de votre ^gide , et ce qui sera singulier , les Grâces y seront peintes. Je vous demande en grâce de me l'envoyer par le premier courrier , avec une lettre de vous , s'il se peut.
Le chevalier d'Aydies m'a mandé qu'il avoit gagne son procès. Le père bénédictin dont je savois si bien le nom, et que j'ai oublié , n'avoit donc évité des coups de pied dans le ventre que pour tomber dans l'infamie de perdre un procès avec lequel il tuoit le temps çt le chevalier. Je vous prie , madame , de vouloir bien parler de moi ; c'est au chevalier. Je vousi prie de parler aussi de moi à madame du Ghâtel.* Je lui sais bon gré de vous avoir inspiré de me communiquer le secret. Mais pourquoi dis-je que je lui sais bon gré de cela ? je lui sais bon gré de tout. L'abbé de Guasco me barbouille toute cette histoire : il me dit que c'est M. de Révol, conseiller au parlement , qui a donné le manuscrit , qui est y dit-il, très-savant. C'est depuis qu'il a une dignité dans le chapitre de Toumay qu'il ne sait ce qu'il dit. Je vous prie , madame , de vouloir bien vu. 5i
^Su LETTRES
remercierM.d'Alembertde la mention qu'ila faite de. moi dans sa prâPace. Je lui dois encore un remercîmenl pour avoir fait cette prëface si belle : je la lirai à mon arrivëe à Bordeaux. Agre'ez, je ▼ons prie , etc.
De Glérac, i5 juillet 1^5 1.
A LA MÊME
Vous dites, madame, que rien n'est heureux , depuis Tange jusqu^à Thuître : il faut distinguer. Lès séraphins ne sont point heureux , ils sont trop sublimes : ils sont comme Voltaire et Maupertuis, et je suis, persuadé qu'ils se font là-haut de mauvaises afiEaires ; mais vous ne pouvez douter que les chérubins ne soient très-heureux. L'huître ri^est pas si malheureuse que nous , on l'avale sans qu'elle s'en doute ; mais pour nous , on vient nous dire qiie nous allons être avalés , et on nous fait toucher an doigt et à l'œil que nous serons digérés éternellement. Je pourrois parler à vous , qui êtes gommande , de ces créatures qui ont trois estomacs: ce seroitbien le diable si dans ces trois il n'y en avoit pas de bons. Je reviens à l'huîtire : elle est malheureuse quand quelque
FAMILlÈRflS. 4^3
longue maladie fait qu'elle devient perle : c'est précisément le bonheur de l'ambition. On n'est pas mieux quand on est huître verte; ce n'est pas seulement un mauvais fond de tein, c'est un corps mal constitué.
Vous dites que je n'ai point écrit à madame la duchesse de Mirepoix ; j'en ai découvert deux raisons : c'est qu'elle est malade , et qu'elle est dans les embarras de la cour. A l'égard de d^Alembert , j'ai plus d'envie que lui , et autant d'envie que vous^ de le voir de Tacadémiie ; car je Suis le chevalier de l'ordre du mérite. Il est vrai qu'à là dernière élection il y eut quelque espèce de composition faite , qui barbouille un peu Télection prochaine ; mais je vous parlerai de tout cela à mon retour, qui sera vers le i5 ou la fin de novembre. Je suis pourtant bien ici ; mais les hommes ne quittent-ils pas sans cesse les lieux où ils savent qu'ils sont bien, pour ceux où ils espèrent d'être mieux ? J'irai vous marquer ma recontioissance des choses charmantes que vous nous dites toujours , et qui nous plaisent toujours plus qu'à vous. Je vous félicite d^être chez madame de Bet2. Nous sommes dans des maisons de même goût ; car je me trouve au milieu des bois que j'ai semés et de ceux que j'ai envoyés aux airs. Je vous prie de vouloiij bien faire mes corn*
plhnens aux maîtres de la maison y et d'agréer , madame , le respect et Tamitië la plus tendre.
De la Brède» le la septembre 1751.
A M. l'abbî; de guasco.
JT AI reçu , monsieur le comte , a la Brède , où )e suis et où je voudrois bien que vous fussiez , votre lettre datée de Turin. M. le marquis de Saint-Germain (1), qui s^intéresse vivement à ce qui vous regarde , m^avoit déjà appris la manière distinguée dont vous avez été reçu à votre cour, et la justice qu'on vous y a rendue. Il est consolant de voir un roi réparer les torts que son ministre a fait essuyer ; et je vois avec joie qu'avec le temps le mérite est toujours reconpu; par les princes éclairés qui se donnent la pein^; de voir les choses par eux-mêmes. Les bons of-* fices que M. le marquis de Saint-Germain vous a rendus par ses lettres augmentent la bonne opinion que j'avois de lui. Je vous fais bien mes complimenssurTinvestiture de votre comté (a);
(1) Ambassadeur de Sardaigne à Paris, qui y fat fort estimé. (a) En Piémont , par les constitutions dn pays , les ecclésiastiques r oe peuvent point posséder de fiefs , ni en prendre le titre. Les deax
et si j^avois appris que vous aviez été investi d^une abbaye, ma satisfaction seroit aussi complète qu^eût été la réparation. Au reste , mon cher ami , je ne voudrois point quMl vous vînt la tentation de nous quitter : vous savez que nous vous rendons justice en France , et que vous y avez des amis. Ce seroit une ingratitude à vous d'y renoncer pour un peu de faveur de cour : permettez-moi de me reposer>À cet égard sur la maxime qu'on n'est pas prophète dans sa patrie.
J'ai eu ici milord Hyde (i )jqui est allé de Paris à Yeret chez notre duchesse , de là à Richelieu chez M. le maréchal , de là à Bordeaux et à la Brède , de là à Aiguillon, où M. le duc a mandé qu'on lui fît les honneurs de son château; de sorte qu'il trouve partout les empressemens qui sont dus à sa naissance , et ceux qui sont dus à
frères étant ezposét ay^c pér$ de la gqprre , il poavoit arriver que , ▼enant à manquer, le £ef qui donne le titre à leur famille retom^^li à la couronne , on dans une famille étrangère. D'ailleurs , comme il étoit établi en Allemagne , où les ecclésiastiques ne sont pas sujets à la paême loi^ il demanda an rpi de J'iovcs^if. ^vubï lui-même de ce fief; grftce que le roi lui accorda par une patente particulière, avec le titre , juridiction et prérogatives du comté de sa famille , dérogeant à cet effet à l'ai^icle des coustitntions sur ce sujet.
(i) Ou de Gornfonry , dernier descendant du célèbre chancelier Hyde , fort aimé en France , où il demenroit depuis quelques années, et où il mourut de consomption, très-regretté de tons ceux qui connoissoient son excellent caractère et aon esprit.
486 LETT&ËS
son mérite personnel. Milbrd Hyde tous aime beaucoup , et auroit bien voulu aussi vous trouver à kl Brède.
Vous avez touché la vanité qui se réveille dans moi^ cœur dans Fendroit le plus sensible , lorsque vous m'avez dit que S. A. R. avoit la bonté de se ressouvenir de moi: présentez, je' vous prie , mes adorations à ce grand prince ; ses vertus et ses belles qualités forment poiur moi un spectacle bien agréable. Aujourd'hui TEurope est si mêlée , et il y a une telle communication de ses parties, qu'il est vrai de dire que ceJui qui fait la félicité de l'une fait encore la félicité de l'autre ; de sorte que le bonheur va de proche en proche ; et quand Je fais des châteaux en Espagne, il me semble toujours qu'il m'arrivera de pouvoir encore aller faire ma cour à votre aimable prince. Dites au marquis de Breil et à M. le grand-prieur que , taAt que je vivrai , je serai a eux : la première idée qui me vint , lorsque je les vij^. à Vienne , ce fut de chercher à obtenir leur amitié, et je l'ai obtenue. Madame ^e Saint- Maur me mande que vous êtes en Piémont dans une nouvelle Herculée (i) , où^ après avoir gratté
(i) Ancienne ville Û'Inéustria^ dont on a découvert des rnines prè§ des bords' dn P6 en Piémont, mais dont la découverte n'a pas produit beaucoup de richjesses antiques ; les morceaux les plus
huit jours la terre , vous avez trouvé une sauterelle d'airain. Vous avez donc fait deux cents lieues pour trouver une sauterelle! Vous êtes tous des charlatans, messieurs les antiquaires. Je n'ai point de nouvelles ni de kttres de Tabbë Venuti depuis son départ de Bordeaux: il avoit quelque bonté pour moi avant que d'être prêtre et privât. Mandez-moi si vous retournerez à Paris : pour moi , je passerai ici l'hiver et une partie du printemps. La province est ruinée ; et dans ce cas tout le monde a besoin d'être chez soi. On me mande qu'à Paris le luxe est affreux : nous avons perdu ici le nôtre , et nous n'avons pas perdu grand'chose. Si vous voyiez l'état où est à présent la Brède , je crois que vous en seriez content. Vos conseils ont été -suivis , et les changemens que j'ai faits ont tout développé : c'est un papillon qui s'est dépouillé de ses nymphes. Adieu, mon ami, je vous salue et embrasse miUe fois.
De la Brède, le ^ norembre 1751.
précieux qa*oa ait trouvés , sont ua beau trépied de bronze , <{uelques médailles , et quelques inscriptions.
AU MÊME
A Fontainebleau.
Ce que vous nie mandez par votre billet d'hier ne sauroit me déterminer à renoncer au principe que je me suis fait (l). Depuis le futile de La Porte (2) jusqu'au pesant Dupin (3) , je ne vois rien qui ait assez de poids pour mériter que je reponde aux critiques : il me semble même que le public me yenge assez, et par le mépris de
(1) De ne point répondre aux critiques de l'Esprit des Lois.
(a) L'abbé de La Porte fut le premier qui osa critiquer l'Esprit des L(H8, dans ses feuilles périodiques. On disoit dans le public, qu'il y a^oit été induit par M. Dupin » fermier-général , qui com' mençoit à escarmoucher par des troupes légères envoyées en avant.
(3) Ge fermier^énéral fit ensuite imprimer , à ses frais , une cri* tique presque auast étendue que f Esprit des Lois , qu'il distribut à ses connoissances , à condition de ne point la prêter. On ne manqua pas cependant de faire passer ui^ exemplaire de cette critique entre les mains de M. de Montesquieu, et dès qu'il eut parconm quelques parties de cette rapsodie, il dit qu'il ne yaloit pas la peine de lire le reste , se reposant sur le public. En effet , la mau^aJ^e foi qu'on découvrit dans les citations des passages mutilés , à dessein de rendre l'auteur dé l'Esprit des Lois odieux au gouvernement , ainsi que les mauvais raisonnemens , l'indignèrent au point, que M. Dupin crut devoir retirer les exemplaires distribués , sons prétexte d'en faire une nouvelle édition , pour corriger des fautes ^ui s'étoient glissées ; mais cette nouvelle édition ne parut jamais.
celles du premier, et par l'indignation contre celles du second. Par, le dëtail que vous me ferez à votre retour de ce que vous avez entendu des deux conseillers au parlement en question , je verrai s'il vaut la peine que je donne quelques éclaircissemens sur les points qui ont paru les choquer. Je m'imagine qu'ils ne parlent que d'après le nouvelliste ecclésiastique, dont les déclamations et les fureurs ne devroient jamais faire impression sur les bons esprits. A l'égard du plan que le petit ministre de Wurtemberg voudroit que j'eusse suivi dans un ouvrage qui porte le titre à^ Esprit des Loisj répondez-lui que mon intention a été de faire mon ouvrage, et non pas le sien. Adieu.
Pe Pans, le ....
'*^\ %.^'»/y%.-%/^^-m,'^'%,%/^/h/^^i^/%,%/%,%/%/^^%/%^%/^9,i%,m/%iim^^%/^'mi^f%>^.%/%/%/^%/
AU MEME
Mon cher ami , vous volez dans les vastes» régions de l'air; je ne fais que marcher, et nous ne nous rencontrons pais. Dès que. j'ai été libre de quitter Paris, je n'ai pas manqué de venir ici , où j'avois des affîiires considérables. Je pars dans ce moment pour Clérac , et j'ai avancé mon voyage d'un mois pour trouver M. le duc d'Ai-
guillon, et finir avec lui (i), parce que ses gei d^affaires barbouillent plus qu'ils n'ont jama fait. J'ai envoyé le tonneau de vin à milord £1 ban , que vous m^avez demandé pour lui. Miloi me le paiera ce qu'il voudra; et s'il veut ajouC< à l'amitié ce qu'il voudra retrancher du prix , me fera* un présent [immense : vous pouvez k mander qu'il pourra le garder tant de temps qu'i voudra, même quinze ans s'il veut; mais iJn< faut pas qu'il le mêle avec d'autres vins , et i peut être sûr qu'il Ta immédiatement comme je l'ai reçu de Dieu ; il n'est pas passé par les mains des marchands.
Mon cher abbé , à votre retour d'Italie, pourquoi ne passeriez-vous pas par Bordeaux , et ne voudriez-vous pas voir vos amis, et le cbâteaa de la Brède , que j'ai si fort embelli depuis que vous ne Tavez vu? c'est le plus beau lieu champêtre que je connoisse.
Sunt mihi cœlicola&; sunt caetera numina Fauni! Enfin je jouis de mes prés pour lesquels tous
(i) Des biens , sous la seigneurie d'Aigoilloii , cansoient on procès qui duroit depuis loag-temps au sujet du franc-«lleu : p^o^ qui avoit failli le brouiller avec madame la duchesse d'Aigui^oo, son ancienne amie , et qu'il avoit par cette raison fort à cœur <»f ▼oir terminé.
m'avez tant tourmente : vos prophéties sont vérifiées ; le succès est beaucoup au delà, de mon attente; et l'éveillé dit : « Boudri ben que M. l'ab- » bat de Guasco bis aco. »
J'ai vu la comtesse : elle a fait un mariage déplorable , et je la plains beaucoup. La grande envie d'avoir de l'argent fait qu'on n'en a point. Le chevalier Citran a aussi fait un grand mariage dans le même goût (i) aux îles, qui lui a porté en dot sept barriques de sucreunefoispayees.il est vrai qu'il a fait un voyage aux îles, et qu'il a pensé apparemment crever. Adiieu ; je vous embrasse de tout mon coeur.
De la Brëde, le 16 mars 175a.
(1) Il arrive souvent, à Bordeaux , qae des gentilshommes cherchent à épouser des filles des habitans de l'Amérique , dans Tespérance d'en avoir beavcoup de biens. Montesquieu désapprouvoit ces sortes de mariages faits pour de l'argent, qu'il disoit abâtardir les sentimens de la noblesse , et sur lesqueb on étoit souvent trompé , parce que les fortunes prétendues des tles se réalisoient rarement.
AU MÊME
A Bruxelles.
Vous êtes admirable , mon cher comte , vous réunissez trois amis qui ne se sont vus depuis plusieurs années , sëparés par des mers, et vous ouvrez un commerce entre eux. M. Michel (i) et moi ne nous étions pas perdus de vue ; mais M. d'Ayrolles , que j'ai eu l'honneur de voir à Hanovre , m'avoit etitièrement oublie'. Je n'ai plus de vin de Tannée passée ; mais je garderai un tonneau de cette année pour l'un et pour l'autre. Je vous. ai déjà mandé que je comptois être à Paris au mois de septembre ; et comme vous devez y être en même temps , je vous porterai la réponse du négociant à l'abbé de La Porte (2) , qui m'a critiqué sans m' entendre : ce n'est pas
(1) Alors commissaire d'Angleterre pour les affaires de la barrière à Bruxelles, et depuis ministre plénipotentiaire à Berlin, homme de beaucoup d'esprit « et d'un caractère fort aimable. M. d'Ayrolles étoit ministre de la même cour à Bruxelles.
(a) Cette réponse est de M. Risteau , alors jeune négociant de Bordeaux , -et depuis un des directeurs de la Compagnie des Indes. Elle fut imprimée dans quelques éditions des Lettres familières. Elle est de 10.4 pages in-ia. On n'en tira qu'un petit nombre d'exemplaires. Montesquieu en faisoit un très-grand cas , et n'y eut aa^
un nëgociant soi-disant, comme vous croyez; c'en est un bien rëel , et un jeune homme de notre ville, qui estTauteurde cet e'crit.
Je TOUS dirai, mon cher abbë, que j^ai reçu des commissions considérables d* Angleterre pour du vin de cette annëe ; et j'espère que notre province se relèvera un peu de ses malheurs. Je plains bien les pauvres Flamands , qui ne mangeront plus que des huîtres et point de beurre. •
Je crois que le système a changé à l'ëgard des places de la barrière, et que FÂngleterre a senti qu'elles ne ppuvoient servir qu'à déterminer les Hollandais à se tenir en paix pendant que les autres seront en guerre. Les Anglais pensent aussi que les Pays-Bas sont plus forts, en y ajoutant douze cent mille florins (i) de revenu,
cnne part. II arona même qu'il eût été fort embarrassé de répondre à certaines objections que son jeune défenseur avoit réfutées de manière à ne laisseir aucun lieu à la réplique.
On regarda cette pièce connue supérieure à la Suite dé la défense de l'Esprit des Lois , par La Beaumelle , quoique celle-ci soit écrite avec chaleur. (Voyez cette réponse de M. Risteau dans le cinquième ▼olnme de cette édition.)
On tronre dans la Bibliothèque d'un homme publie un fragment précieux , en réponse à nne critique de l'Esprit dfs Lois,
Langlet , juge de Bapaume , a publié aussi des observations trèsjudicieuses en l'honneur de ce grand homme*
Tels sont les principaux écrits apologétiques.
(i) Subside que la cour de Vienne s'étoit engagée de payer aux Hollandais pour les garnisons des places de la barrière.
qu'ils ne le seroient par les garnisons des Ho landais qui les défendent si mal ; de plus , la rek de Hongrie a éprouyé qu'on ne lui donnoit 1 paix en Flandre que pour porter la guerre ailleurs Je ne serois pas ëtonné non plus que Je systèmi de Tëquilibre et des alliances changeât à Ja première occasion. Il y a bien des raisons de ceci: nous en parlerons à notre aise au mois de septembre ou'd'octobre. J'ai reçu une belle lettre de Pabbé Venuti, qui, après m'avoir gardé un silence continuel pendant deux ans sans raison, Fa rompu aussi sans raison.
De la Brède , le ay juin ijSi.
AU MÊME
Soyez le bien arrivé , mon cber coîmte. Je regrette beaucoup de n'avoir pas é^é à Paris pour vous recevoir. On dit que ma concierge , marfemoiselle Betti, vous a pris pour un révenant, ^^ a fait un si grand cri en vous voyant , que tous les voisins en ont été éveillés. Je vous remercie de la manière dont vous avezreçumon protégé. Je serai à Paris au mois de septembre. Si vous êtes de retour de votre résidence avant que je sois arrivai vous me ferez honneur de porter votre btén^^
dans mon appartement ; je compte pourtant y être arrive avant vous. Vous êtes un homme extraordinaire ; à peine avez-voùs bu de Teau des citernes de Tournay, que Tournay vous envoie en députa tion. Jamais cela n^est arrivé à aucun chanoine.
Je vous dirai que la Sorbonne , peu contente des applaudissemens qu'elle recevoit sur l'ouvrage de ses députes , en a nommé d'autres pour réexaminer l'affaire {i). Je suis là-dessus extrêmement tranquille : ils ne peuvent dire que ce que le nouvelliste ecclésiastique a dit; et je leur dirs^i ce que j'ai dit au nouvelliste ecclésiastique ; ils ne sont pas plus forts avec ce nouvelliste , et ce nouvelliste n'est pas plus fort avec eux. Il faut toujours en revenir à la raison; mon livre est un livre de politique et non pas un livre de théologie; et leurs objections sont dans leurs têtes, et non pas dans mon livre.
Quant a Voltaire , il a trop d'esprit pour m'entendre: tous les livres qu'il lit, il les fait, après quoi il approuve ou critique ce qu'il a fait. Je vous remercie de la critique du P. Gerdil (2):
(1) Après avoir tenu long-temps l'Esprit des Lois sur les fonts , la Sorbonne jugea à propos de suspendre sa censure.
(a) Le P. Gerdil, bamabite» outre plusieurs autres ouvrages, a fait la Fie du bienheureux Alexandre Sauli , et un Traité des Vérités
elle est fiiite par un homme qui mériteroitdemVntendre et puis de me critiquer. Je serois bien aise , mon cher ami , de vous revoir à Paris : vous me parleriez de toute l'Europe; moi je vous parlerois de mon village de la Brède , et de mon château, et qui est à présent digne de recevoir relui qui a parcouru tous les pays :
Et maris et terrae, numeroque carentis arenœ>
liensorem.
Hoi. Od.»lib.i, a5..
Madame de Montesquieu , M. le doyen de Saint-Surin, et moi, sommes actuellement à Baron, qui est une maison entre deux mers , que vous n'avez point vue. Mon fils est àClërac,que je lui ai donné pour son domaine avec Montesquieu. Je pars dans quelques jours pour Nisor , ahbaye de mon fi*ère : nous passerons par Toulouse , où je rendrai mes respects à Clémence Isaure(i), que vous connoissezsibien.Sivousy gagnez le prix , mandez-le-moi ; je prendrai votre médaille en passant : aussi-bien n'avezvous plus la ressource des intendans. Il vous fau-
de ta Religion : Le premier est écrit en français, et le second en italien.
(i) Dame qui fonda le premier prix des jeux floraux dans le quatortième siècle. On conserve sa statue avec honneur à l'hôtel-deville , et on la couronne de fleurs tous les ans.
droit un homme uniquement occupé k recueillir les médailles que vous remportez . Si yous voulez, je ferai aussi à Toulouse une visite de votre part à votre muse , madame Montégu (i ), pourvu que je ne sois pas obligé de lui parler, comme vous faites, en langage poétique. '
Je vous dirai pour nouvelle que les jurats comblent dans ce moment les excavations qu'ils avoiènt faites devant Tacadémie. Si les Hollandais avoient aussi bien défendu Berg^op-Zoom, que M. notre intendant (2) a défendu ses fossés, nous n'aurions pas aujourd'hui la paix. C'est une terrible ichose que de plaider contre. un intendant; mais c'est une chose bien douce que de gagner un procès contre un intendant. Si vous avez quelque relation avec M. de Larrey, à la Haye , parlez-lui , je vous prie, de notre tendre amitié. Je suis bien aise d'apprendre son crédit à la cour du stathouder; il mérite la confiance qu^on a en lui. Je vous embrasse , mon cher ami , de tout mon cœur.
De Raymond en Gascogne, le S août 175a.
(1) Femme d'un trésorier de France , qui cultivoit la poésie.
(a) M. de Toarny, intendant de Goienne , à qui Bordeaux doit les embeUissemens de cette TÎlie, pour soivre un plan des édifices qu'il entreprit, et faire un alignement « venoit de masquer le bel hôtel de l'Académie; elle s'y opposa , et obtint de la cour gain de
cause contre l'intendant.