‹ Œuvres de Montesquieu (volume 5)Chapitre 80 sur 92 · A LA MA&QUI&E DU BËFFAND · texte numérisé non relu

A LA MA&QUI&E DU BËFFAND

Bon cela : le cheralier de Laurency , je Fado* rerois s^il ne ¥enoit pas de si bonne heure ; notais je vois que vous êtes anrrivëe à nn point de perfection que c^Ia ne tous &it rien. Je suis rayi, BEtadame , d^apprendre que tous avez de la gaieté: TOUS en aviez assesi pour nous. J^aî , je tous assure , un grand dësir ae tous rcToir. Yoilà bien des changemens de place : ce sont les quatre coins.

J^ai reçu une lettre de madame k duchesse de Mirepoix. J'ai cru quelque temps qu^elle me querelleroit de ce qu'elle ne m'aToit pas fart réponse. Madame, je Toudroîs être à Paris, être votre philosophe et ne Tétre pmM, vous cher^ cher^ marcher à TOtre suite et tous tow beaucoup. J'ai l'honneur, madame , de tous prësenter mes respects.

De la Brède, le a a août ijSi,

A LA MÊME

Je commence par votre apostate. Youâ dîtes que vous êtes aveugle ! Ne voyez-vous pas que nous étions autrefois, vous et moi, de petits esprits rebelles qui furent condamnes aux ténè- Iwes? Ce qfui doit ndûs eonsrô^le», cWt que ceux qui voient clàirae sontpas pour cela lumineilx. 3t ««îs bien aise que raas vous accommodiez dit ^a-* vant SaiHy : si vous pouv€2 gagner t€ point, <jae vôiis ne Fatixasiéz pas trop , vous êtes bien ; et qusrtid cela ita trop loin, voa» poorrec Tenvoyet k Chdùlne^.

Je ferai sur ta place de Tacadéniie ce €(m voudront madame deMirepoix,.d*Alembert et vous; mais je ne fous réponds pas de M. de Saitit- Maur : car jamais homine n*a tant été à lui , que lui. Se suis bien aise que ma défense ait plu à M. Le Monnier. Je sens qae ce qui y plaît est de voir , non pas mettre les vénérables tbéologieni^ à terre , mais de les y voir couler doucement.

Il est très-singulier qu^une dame qui a un mercredi n^ait point de notivelles. Je mVn passerai. Je suis ici accablé d^affaires : mon frère est mort. Je ne lis pas un livre , je me promène beaucoup ,

je pense souvent à vous, je yous aime. Je tous présente mes respects.

De U Brède» le iS teptembre 175 a.

A L'ABBÉ DE GUASCO

YOTEE lettre, mon cher comté, m'apprend que TOUS êtes à Paris; et je suis étonné moimême de ce que je n'y suis point. Le voyage que j'ai été obligé de faire à l'abbaye de Nisor avec mon frère, qui a duré près d'un mois ^.a rompu toutes mes mesures, et je n'y serai qu'à la fin de ce mois ou au commencement de l'autre; car je veux absolument vous voir et passer quelques semaines avec vous avant votre départ.' Mais , mon cher abbé, yous êtes un innocent, puisque vous avez deviné que je n'arriverois point sitôt, de ne pas yous mettre dans mon appartement d'en bas; et je donne ordre à la demoiselle Betti de TOUS y recevoir, quoiqu'elle n'ait pas besoin d'ordre pour cela ; ainsi je vous prie de vous y camper. Vous allez à Vienne : je crois que j'y ai perdu, depuis vingt-deux ans, toutes mes connoissances. Le prince Eugène vivoit alors, e% ce grand homme me fit passer des mpmens.

FAMILIERES. 5oi

dëiicieux (i).MM. les comtes Kinski, M. le prince de Lichtensteîn , M. le marquis de Prié ,M. le comte d^Harak et toute sa famille, que j^eus l'honneur de voir à Naples où il ëtoit vice-roi, m'ont honoré de leurs bontés : tout le reste est mort; et moi je mourrai bientôt: si vous pouvez nue rappeler dans leur souvenir , vous me ferei beaucoup de plaisir. Vous allez paroître sur un nouveau théâtre , et je suis sûr que vous y figurerez aussi bien que vous ave^ fait ailleurs. L^s Allemands sont bons, mais un peu soupçonneux. Prenez garde , ils se méfient des Italiens comme trop fins pour eux ; mais ils savent qu'ils ne leur sont point inutiles, et sont trop sages pour s^en passer.

Vous avez grand tort de n'avoir point passé par laBrède quand vous revîntes d'Italie. Je puis dire que c'est à présent un des lieux aussi agréables qu'il y ait en France , au château près (2) , tant

(1) L'auteur disoit qa'H n'av<^t jamais oui dire à ce prince que ce qu'il fàlloit dire sur le sujet dont on parlott, même lorsqu'en quittant de temps en temps sa partie y il se ttièloit de la conversation. Dans un petit écrit que Montesquieu avoit fait sur la ConiitUratUm , en parlant du prince Eugène ,- il avoit dit qu'on n'est pas plus jaloux des grandes richesses de ce prince qu'on ne Test de celles qui brillent dans les temples des dieux. Le prince , flatté de ces expressions, fit un accueil trèa-distinguér à Montesquieu à son arrivée à Vienne , et l'admit dans sa société la plus intime.

(a) La singularité de ce château , dont la forme n'a point changé,

50S LETTEES

la ixatui» s'y trouTe dans ^ rche de cfaanbre et au lever de son lit. J^ai reçu d^Ângleierre la réponse pour le TÎn que tous m^ave» &it envoyer à milord Eliban; il a ëté trouva extrêiMmeai bon. On me demande une commission pour quinze tonneaux ; ce qui £era que je serai en état de &iîr ma maison rustique. Le succès q[ue mon Jivre a içu dans ce pays-là contribue , à ce qu'il piroit« au raccès de mon vin. Illon fils ne manquera pas d'exécuter yofre commission* A Fégard de rhoipme en question , il multiplie avec moi ses torits à mesure qu'il 1^ reconnoit; il s'aigrit tous

est Mset remarquable. C'est un bâtiment bexagone , à pont-Ievis y entovré de éoubles fossés ^'eao vvwe , revéta de pierres de taiOe. Il Alt bâti sous Charles VU poar serrir de château-fort ; ^ t i^appartenoit alors aux MM. de lia l4ande , dont la dernière héritière épousa un des ancêtres de Montesquieu. L'intérieur de ce château o'eat effect«^>DÇ>^* f^ ft^ agaéable par lia nature de sa^onstmction ; mais Montesquieu en a fort embelli les (Iphocs par des plantations qu'il y a faites.

Tous les Toyageurs distingués s'empressetft de le Visiter. Ce château fixa l'attention de l'empereur Napoléon et de l'impératrice J#aéphîne , pendant leur séjour k Bovdcans , en iSoS. Le petitfils de McAtesquiea était l'sn des M^nmandans de la garde-diionnesr hordebisB lOii^iaie.par'M. de Mentbadon , alors maire du ^ndeaiix » «t .qtie l^empereur 'Napoléon nomma gouverneur da palaia.dont la TiUeiinianoil -fait 'gommage. M. de Montesquieu ne s*7 présenfeoit -que pour le serrice dont il adroit été chargé. 'lieem* bbit nitacber pen dfimportance >li dea fbnetions 4Ï opposées h la sinapUcité <c|e ses gottts. Hï <Tit dans ses ^domaines , et fliit sa résidence habituelle dans le château dont le génie d&son aïeul a rendu le nom hâHoiique. B.

FAMILIÈRES. 5o3

ie» jours , et xnM je dcriens sur $oa sujet plus tranquille : il est mort pour moi. M. le doyen, qui eH daxis ma chambre, no^us fait mille complimens, e% vous êtes wi des chanoines du m&ade qu^il bonore le plus : jbii^onoi, aftafeimne et mes en<- £ins , yx>us ne gardoas et chëri^sons tous comme 4e notre famille. Je $erai bien charntë de faire conaoissauce a^^ec M. le comte de Sartirane (i) qaai^d je seicaâ à Paris ; c^eat à fous à lui donner uae bonne opinion de moi. Je tous prie de £siire bien des iendr^ complimens à tous ceux de mes amis >que yaus yerresfi ; mais si tous allez à Mon-^ iignur, c'^est là qu^il faut une effusion de mon cœur. Fous autres Italiens êtes pathétiques : employez-y tous les dons que la nature vous a donnes ; £siites-en aussi surtout usage auprès de la duchesse d'Aiguillon et de madame Dupréde Saint-Maur; dites aurtout à celle-^ci combien je lui sjuis .attache (â). le aiiis de Vsms de milord Éliban, sur la utéritédkU portrait que tous avez fisiit d'eJie (3).

(i) Ambassadeur de Sardaigne à Paris , homme de beaucoup d'esptH; , et i^lus vérîdtque qu'on ne ioidiaîte dans les sooiètés.

(a) Il disoit d'elle , .qu'elle étoit ^^le^i^f bonne à en faire «a maîtresse , sa femme , ou son amie.

(5) Cette dame étant on jour en habit d'amazone à la campagne , à Montigny , il 49n:avoit &it le portrait dans un sonnet. Ce jionnet ayant été lu ^ milord (iUban » qui ne 1* .conooisioiit pas , il. dit que cène pouvoit être qu'un portrait flatté.} et ayant , depws iaitconnoissance avec elle, il reprochoit à l'auteur de n'en avoir pas as^flS 4Ut.

Bo4 LETTRES

Il faut que je vous consulte sur une chose , car je me suis toujours bien trouve de vous consulter. L^auteur des Nouvelles ecclésiastiques m'a attribue , dans une feuille du 4 juin , que je n'ai vue que fort tard , une brochure intitulée , Suite de ta défense de l* Esprit des Lois ^ faite par un protestant, ëcrivainc(i) habile, et qui a infiniment d'esprit. L'ecclésiastique me l'attribue pour en prendre le sujet de me dire dès injures atroces. Je n'ai pas jugé à propos de rien dire : i**par mépris ; 2° parce que ceux qui sont au fait de ces choses savent que je ne suis point auteur de cet ouvrage ; de sorte que toute cette manœuvré tourne contre le calomniateur. Je ne connois point l'air actuel du bureau de Paris ; et si ces feuilles ont pu faire impression sur quelqu'un , c'est-à-dire si quelqu^un a cru que je fusse l'auteur de cet ouvrage, que sûrement un catholique ne peut avoir fait, seroit-il à propos que je donnasse une petite réponse en une page , cum aliquq grano salis ? Si cela n'est pas absolument nécessaire , j'y renonce, haïssant .à la mort de faire encore parler de moi. Il faudroit que je susse aussi si cela a

(i) L'auteur de cet écrit ia^ia ^BérRn , 1751 , étoît La Beamnelle. On Tattribsa faussement à Montesquieu. Il 7 a une lettre de Ini qui dèbient cette fausse imputation. Foyez le recueil B. , n« laas , à li BibHothéque mazarine.

FAMILIÈRES. 5o5

quelque relation avec la Sorbonne. Je suis ici dans Tignorance de tout, et cette ignorance nie plaît assez. Tout ceci entre nous , et sans qu^il paroisse que je yûus en aie écrit. Mon principe a e'té de ne point me remettre sur les rangs avec des gens méprisables. Comme je me suis bien trouvé d'avoir fait ce que vous voulûtes quand vous me poussâtes , Tépée dans les reins , à composer ma défense (i), je n'entreprendrai rien qu^en conséquence de votre réponse. Huart veut faire une nouvelle édition des Lettres persanes : mais il y a quelques Juvenilia (â) que je voudrois ' auparavant retoucher ; quoiqu'il faut qu'un Turc voie , pense et parle en Turc , et non en chrétien : c'est à quoi bien des gens ne font point attention en lisant les Lettres persanes.

Je vois que le pauvre Clément V retombera dans Poubli , et que vous allez quitter les affîiires de Philippe-le-Bel pour celles de ce siècle-ci.

(i) Ce fut lai qai, à force de sollicitatioDs , lui arracha, comme malgré lui , l'unique réponse qu'il ait faite aux Critiques sous le titre de Défense de l'Esprii des Lois , que le public • reçue comme un chef-d'œuTre de critique et un modèle de bon goût.

(a) Il a dit à quelques amis que , s'il avoit eu à donner actuellement ces Lettres , il en auroit omis quelques-unes , dans lesquelles le feu de la jeunesse TaToit transporté ; qu'obligé par fon père de passer toute la journée sur le code 9 il s'en trouvoit le soir si excédé, que, pour s'amuser « il se mettoit à composer une lettre persane , et que cela couloit de sa plume sans étude.

5o6 IiETTKES

L^istoire de mon pay9 y perdra aussi-bî^n qwt la république des lettres ; nais le monde jKxliiiqu£ 7 gagnera. Ne manquezpas dem^écrire de Vienne, et n^oubUez point* de me ménager la continua^ tion de Tamitié de monsieur yotre frère : c^est un des militaires (i) que je regarde comme destines à faire les plus grandes choses. Adieu , mon cher ami; je vous embrasse de tout mon cioeur.

De U Brède, le 4 octobro i 759.

(1) Ilétoit lion général-major a« service d'Autriche. Il fut choisi dans la dernière guerre pour quartier-mattre général de l'armée de Bohême ; il eut paît , en cette qualité , à la ^ctoire de Planian ; et U réputation ^'il s'est fiute da«s les défenses mémorahles de Preade et de Schwednitz, prouve que Montesquieu se connoissoit en hommes. Il mourut d'apoplexie à Kœnigsberg, où il étoit prisonnier de guerre , dans le grade de général en chef d'infanterie , et chcTalier grand'croix de l'ordre militaire de Marie-Thérèse. EUe honora par des regrets très^marquésla perte de ce général , auquel l'ennemi même rendit les honneurs les plus dbtingués durant sa captivité et â sa mort ; mort i^'ii eût peut-être évitée , si les témoignages honorables que le roi de Prusse rendit à sa capacité après le siège de Schwednitz eussent été accompagnés de la grâce de pouvoir aller prendre les bains, suivant la convention faite verbalement avec le général ennemi, lors de la reddition de la place.

AU MÊME

A YieDDe.

J'ai reçu, mon cher comte, votre lettre de Vienne du 28 décembre. Je suis fâche d^'avoir perduceux qui m^ayoient fait ^honneur d'avoir de l'amiitië pour moi. Il me reste le prince de Lichtensteîn, et je vous prie de lui faire bien ma cour. J'ai reçu des marques d'amitié deM.Duval , bibliothécaire (i) de l'empereur, qui fait beaucoup d'honneur à la Lorraine sa 4>atrie. Dites aussi, je vous prie, quelque chose de ma part à M. Yan*-Swi£ten : je suis un véritable admirateur de cet illustre Esculape (â). Je vis hier

(1) G'est-À-dire de sa bibliothèque particulière ; homme d'autant plut estimable , que , né dans an état bien éloigné de la cukai*^ des lettres , il est parrenu à les cultiver , sans secours , par la seule force du talent.

(a) 11 savoit que c'étoit h lui que les libraires de Vienne dévoient la liberté de ponvoir vendre l* Esprit des Lois , dont la censure précédente des jésuites empêchoit Tintroduction k Vienne :. car M. }e baron de Van-Swieten n'est pas seulement l*£scnlape de cette ville impériale par sa qualité ^e premier médecin ^dc la cour, il est encore l'Apollon qui préside a^x muses autrichiennes, tant par sa qualité de bibliothécaire impérial , charge qui , pv un usage particulier à cette cour , est unie à celle de premier poédecin , que

5o8 LETTRES

monsieur et madame de Sënectère : vous savez que je ne vois plus que les pères et les mères dans toutes les familles. Nous parlâmes beaur coup de vous ; ils vous aiment beaucoup. J'ai fait

Gonnoissance avec (i). Tout ce que je puis

vous en dire , c'est que c'est un seigneur magnifique , et fort persuade de ses lumières ; mais il n'est pas notre marquis de Saint-Germain ; aussi n'est-il pas un ambassadeur piémontais (â). Bien de ces têtes diplomatiques se pressent trop de nous juger; ilfaudroitnous étudier un peu plus. Je serois bien curieux de voir les relations que certains ambassadeurs font à leurs cours sur nos

par celle de président de la censure des livres , et des études an pays ; de sorte qu'il pourroit être en même temps le médecin dti esprits comnae il Test des corps , si le despotisme sur le Pamasff n'étoit pas trop effirayant pour les Muses , et si la sévérité , lorsqu'elle eft trop scrupuleuse , ne rendoit pas plus ingénieux daDi U contrebande des livres dangereux , comme elle prive quelquefou de ceux qui sont d'une utilité relative aux différentes profesBions. Quoi qu'il en soit , malgré la satire qu'on lit dans les dialogues de Voltaire » portant également sur les fonctions des deux ministères de ce savant médecin, Vienne lui doit déjà quelques changeioeDi utiles au bien des études ; et ce poëte célèbre lui doit surtoat ^<: son Histoire univerêelle soit ^ contre toute attente^ entre les maîDS de tout le monde dans ce pays-là.

(i) Ce nom n'a pas pu se lire , l'écriture est effacée.

(a) Il avoit été iiftimement lié avec le marquis de BreiJ) I<^ commandeur de Solar son frère , et le marquis de Saint-Germain ; tous les trois ambassadeurs de Sardaigne , le premier à Vienoejes deux autres à Paris ; tous les trois , hommes du premier mérite.

FAMILIÈBES. SoQ

affaires internes. J'ai appris ici que tous relevâtes fort à propos Tëquivoque, touchant la qualification de mauyais citoyen. Il faut pardonner à des ministres , souvent imbus des principes du pouvoir arbitraire , de n'avoir pas des notions bien justes sur. certains points , et de hasarder des apophtegmes (i).

La Sorbonne cherche toujours a m'attaquer: il y a deiixans qu'elle travaille sans savoir guèrç comment s^y prendre. Si elle me fait mettre à ses trousses, je crois que j'achèverai dej'ensevelîr (2). J'en serois bien fâché, car j*aime la paix par-dessus toutes choses. Il y a quinze jours que Tabbë Bonardi m'a envoyé un gros paquet pour mettre dans ma lettre pour vous. Comme je sais qu'il n'y a dedans que de vieilles ràpsodies que vous ne liriez point , j'ai voulu vous épargner un port considérable : ainsi je garde la lettre jusqu'à votre retour , ou jusqu'à ce que vous me mandiez de vous l'envoyer , en cas qu'il y ait autre

(1)' On parloit de tEêprii des Lois au dîner d'un ambassadeur , S. £xc, prononça qu'il ^^ rogardok comme l'ourrage d'un mauvais citoyen. «Montesquieu, mauvais citoyen! s'écria son ami: pour » moi, je regarde l'Esprit des Lois même comme l'ouvrage d'un » bon sujet; car on ne sauroit donner une plus grande preuve » d'amour et de fidélité à ses maîtres que de les éclairer et de les » instruire. >

(a) Il venoit de paroltre un ouvrage intitulé le. Tombeau de la Sorbonne, fait sous le nom de l'abbé de Prades*

5lO LETTRES

chose que desnomrelles des tues. J^ai appris arec bien du plaisir tout ee que tous me mandez sur votre sujets Les choses obligeantes que tous a dites rimpe'ratrice font honneur à son discernement , et les effets de la bonne opinion quelle vous a marquée lui feront encore plus d'honneur. Nous lisons ici la réponse du roi d'Angleterre au roi de Prusse, et elle passe dans ce pays-ci pour une réponse sans réplique. Vous, qui êtes docteur dans le droit des gens , vous jugerez cette question dans votre particulier.

Vous avez très-bien feit de passer par Lunéville : j« juge , par la satisfaction que j'eus moimême dans ce voyage , dé celle que tous arci éprouvée par la gracieiJse réception du roi Stanislas. Il exigea de moi que je lui promisse de fe un autre voyage en Lorraine. Je souhaiteroisbieu que nous nou$ y rencontrassions à vôtre nW d'Allemagne ; Tinstanee que le roi vient de rote faire pa* sa gracieuse lettre d'y repasser doit YOt» engager à reprendre cette route. Nous voilà donc encore une fois confrères en ApoHon (i); «" cette qualité recevez l'accolade.

De Paris, le 5 mars 17^

(1) XjC roi Stanislas les avoit fait agréger à son académie! «^ Nancy.

FAMILIÈRES. 5ll

AU MÊME

Je trouve , taoti cher comte , vos raisons asse« bonnes pour ne point vous engager légèrement; mais je crois qtre celles qu*on a pour vous retenir sont encore meilleures, et j'espère que votre esprit patriotique s'y rencïra. Je vois par-là avec bien de la jote que ce que Ton m'a dit dfes soins qu'on' pretid de l'éducation des archiducs est très-réel. Il ne suffît pas de mettre auprès d'eux des gens savansr , il leur faut des gens qui aient des vues élevées et qui connoissent le monde ; et je crois sans blesser votre modestie , qu'à ces titres VOUS devriez avoir des préférences. Le département de l'étude de Thisf oire est un de ceux qui imrportent le plus à un prince; mais il faut lui faire considérer l'histoire en philosophe ; et il est bien difficile qu*un régulier, ordinairement pédant, et livré par état à des préjugés, la lui développe dans ce point dé vue, lors surtout qu'il s'agira de temps critiques et intéressans pour l'empire. Si l'on délivre de cette épine lé départemetit qué Ton vous propose, j'aime trop le bien des hommes pour ne pas vous conseiller de passer par-dessus les autres difficultés qui s'oppo-

5lâ LETTRES

sent à la réussite dexette affaire. Avec quelques prëcautions , le climat de Yienne ne nuira pas plus k vos yeux que celui de Flandre, à moins que vous ne préfériez la bière au vin de Tokai. Quant aux convenances d'étiquette de cour, je suis persuadé qu'on pense assez juste pour ne pas perdre un homme utile pour de si petites choses (i). Je me repose là-dessus sur lesTues supérieures de Marie-Thérèse. Vousvoyeiqucje ne vous dis pas un mot des vues de fortune, parce que je sais que ce n'est pas ce qui vous touche le plus. Je vous prie de ne me pas laisser ignorer votre résolution , ou la décision de la cour; elle m'intéresse autant pour elle que pour vous.

Si vous continuez d'être libre , je vous conseille l'entreprise dont vous me parlez. Un chanoine doit être bien plus en état qu'un profane de traiter de Tesprit des lois ecclésiastiques. Votre plan seroît fort bon ; mais je trouve le repos encore meilleur, et j'abandonne ce champ de gloire

à votre zèle in&tigable. Adieu.

(1) L'usage delà cour de Vienne est de ne point donner, comint dans plasîeors autres , un précepteur en chef aux princes de 1* maison , mais seulement des instructeurs , dont chacun est cU4 d'enseigner la partie de littérature qu'on leur fait apprendre ; e^ dans le choix de ceux qu'on nomme pour ces dlfférens départemens , on ne consulte que la capacité , sans avoir égard à la cou* dition des personnes.

FAMlIilERES. 5l3

AU MÊME

A Vérone.

Mon cher ami , vos litres se multiplient ttelle-^ nient que je ne puis plus les retenir : voyons.,., comte de Clavières , chanoine de Toumay , che^ valier d'une croix impériale (i ) , membre de Ta-I cadëmie des inscriptions , de celles de Londres, de Berlin, et de tant, d'autres, jusqu'à celle de Bordeaux : vous méritez bien tous ces honneurs et bien d'autres encore.

Je suis bien aise que vous ayez eu du succès dans la négociation pour votre chapitre (2). Il

(1) L'impératrice venoit d'accorder une crois de distinction, portant l'aigle impériale avec le chiffre du nom de Marie- Thérèse , au chapitre de Tournay , le plus ancien des Pays-Bas , et le seul où l'on est admis faisant preuves de noblesse.

(a) En vertu d'une bulle de Martin V, ce chapitre , comme plusieurs antres d'Allemagne , doit être composé de deux classes de chanoines, de nobles et de gradués. Des gens intéressés à tenir ce corps dans leur dépendance faisoient fréquemment des brèches à la maxime établie , pour y faire . entrer de leur» créatures propres à seconder leurs vues. C'est pour obvier aux suites des altéra» tions faites contre l'esprit de sa constitution , que ce chapitre chargea ce député d'obtenir un diplôme de sa majesté l'impératrice , qui arrête le cours de cet abus , en fixant d'un côté les degrés de noblesse qu'on doit prouver pour être reçu dans la classe des no- VII. 33

5l4 LETTRES

est heureux de vous avoir, et fait bien de vous députer à la cour pour ses affaires plutôt que de vous retenir pour chanter et pour boire; car je suis sûr que vous négociez aussi bien que tous chantez mal et buvez; peu. Je suis fâché que Faffaire qui vous regardoit personnellement ait manqué. Vous n^étes pas le seul qui y perdiez; et il vous reste votre liberté qui n^est pas une petite chose : mais Tétiquette ne dédommagera pas de l'avantage dont on s'est privé ; quoique je soupçonne qu'il pourroit bien y avoir d'autres raisons que l'étiquette, que l'exemple des autres coursauroitpu&ire abandonner.Quand certaiues gens ont pris racine , ils savent bien trouver des moyens pour écarter les hommes éclairés: d'ailleurs, vous n'êtes point un bel-esprit du pays J^ Liège ou de Luxembourg. Je me réserve là-dessus mes pensées.

Votre lettre m'a été rendue à la Brède où je suis. Je me promène du matin au soir en véritable

Mes , «t preacrirast , de l'outre, «fa'il ae tuffiroîi pas que les liceiciés et docteun ernsent mie pateote de ce» grades , qu'oo acbeto' souvent ; mais ^'ils ne senneat eo&sidérés pour tels qu'après t^ fiiit an coars d'étude en règle, pendant einq ans, à Vaaiwttiii^^ Louvain; di^K»itioa égatement utile à l'eacourageoicat des ^^^ de cette université , et au chapitre, qui en restent déjà kseffe' salotûres par le nombre des sujets distinguét qui s'y accroît ton* les jours depuis.

FAMILIÈRES. 5l5

campagnsrrd , et je faîs ici de fort bélIè'iS choses en dehors.

Vous voîlà donc pafti poiiv iabèllcf Itatlre. Je supptfse que la galerie de Floi-eiïce vous arrêtera long-temps. Indëpendamment âff cela, de moti temps cetEe ville étôit un sëjorn* charmant; et ce quî fut potrr raoî un objet des plus agréables , fut d^ voir le premier ministre du grand-dué sur une petite chaise de bois, en ca^saqùin et èhapeaà' de paille devant sa porte. Heureul pays, m'ëcriai-je , où lé premier ministre vif dans une sî grande simpHcitë et dans vtn pareil dësftuvrement! Vous verrez madame la marquise Fert-oni et Tabbé Nicc6lini : parlez-îeur de? moi. Embras-^ sez bien de ma part mofiseigùetir Cerati , à Pîse ; et pour Turin , vous cotttïoissez mon cœur^ notre grand-prieur, MM. les marquis de Breit et dé Saint-Gefmain. Sî l'occasion se prësenlé, vous ferez ma cour à son altesse sërënissime. Si vous écrivez à M. le comte de Cobentzel, à Bruxelles , je vous prie de le remercier pour moi , et marquez -lui combien je me sens honore pa* le jugement qu'il porte sur ce quî me regarde. Quand il y aura des ministres comme lui, on pourra espëter que le goût de* lettres se ranimera dans les états autrichiens; et alors vous n'entendrez plus de ces propositions erronées

5l6 LETTRES

et malsoniiantes (i) qui vous ont scandalisé.

Je crois bien que je serai à Paris dans le temps que vous y Tiendrez. J^ëcrirai à madame la duchesse d^ Aiguillon combien vous êtes sensible à son oubli : mais, mon cher abbé, les dames ne se souviennent pas de tous les chevaliers, il faut qu^ils soient paladins. Au reste , je voudrois bien vous tenir huit jours à la Brède , à votre retour de Rome ; nous parlerions de la belle Italie et de la forte Allemagne.

Yoilà donc Voltaire qui paroit ne savoir où reposer sa tête (2): Uteadem tellus y quœ modo vietori defuerat y deesset ad seputturam. Le bon esprit vaut mieux que le bel esprit, •

A regard de M. le duc de Nivernais , ayez la bonté de lui faire ma cour quand vous le verrez à Rome , et je ne crois pas que vous ayez besoin d^une lettre particulière pour lui. Vous êtes son

(1) Cet amî.luittToit mandé qu'il aroit été fort choqué de dejx propositions qu'il avoit entendues. La première étoit , qu'à l'occasion d'un ouvrage qu'il avoit fait imprimer, un seigneur lui dit

'qu'il ne convenoit point à un homme d6 condition de^se donner pour auteur. La seconde étoit d'un militaire dot premier rang, dite à son frère , h propos des lectures assidues qu'il faisoit des livres du métier : « Les livres , lui fut-il dit , servent peu pour la guerre ; » je n'en ai jamais lu , et je ne. suis pas moins parvenu aux pre- » miers grades. »

(2) Ceci a rapport k son départ de Berlin , et à sa fâcheuse aventare de Francfort.

confirère à Tacadëmie , et il vous connoît; cependant si TOUS croyez que cela soit nécessaire , mandez-le-moi. Adieu.

De la Brède, ce s8 septembre 1753. -

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