‹ Œuvres de Montesquieu (volume 5)Chapitre 82 sur 92 · À MADAME LA DUCHESSE D'AIGUILLON · texte numérisé non relu

À MADAME LA DUCHESSE D'AIGUILLON

y kl reçvi,ili;idlin)^,roblig?Wte l^ttr^q^e vous m'ave^ &it TJ^o^^nefir de ii^'ecnre d^ps le temps que je qttit(pi« U Brèd^ pppr parUr pour P^ris. Je F^^tei^i poprt^int sept 09 huit joui'S à Bordeaux

FAMILIEKES. Sig

pour mettre en ordre un vieux procès que f ai. Je pars donc , et vous pouvez être sûre que ce n^est pas pour la Sorbonne que je pars, mais pour vous. Je quitte la Brède avec regret, d^autant mieux que tout le monde me mande que Paris est fort triste. Je reçus , il y a deux ou trois jours , une' lettre assez originale : elle est d'un bourgeois de Paris qui me doit de Fargent, et qui me prie de l'attendre jusqu'au retour du parlement ; et je lui mande qu'il feroit bien de prendre un terme un peu plus fixe. C'est un grand flëau que cette petite^-vërole : c'est line nouvelle mort à ajouter à celle à laquelle nous sommes tous destinés. Les peintures riantes qu'Homère fait de ceux qui meurent , de cette fleur qui tombe sous la faux du moissonneur , ne peuvent pas s'appliquer à cette mort-là.

J'aurois eu l'honneur de vous envoyer les chapitres que vous voulez bien me demander, si vous ne m'aviez appris que vous n'étiez plus dans le lieu où vous voulez les faire voir. Mais je vou^ les apporterai : vous les corrigerez , et vous me direz : Je n'aime pas cela. Et vous ajouterez : il falloit dire ainsi. Je vous prie, madame , d'avoir la bonté d'agréer les sentimens du monde les plus respectueux. MONTESQUIEU.:

De la Brède, le 3 décembre lySS.

A L'ABBÉ DE GUASCO

f ARRIVAI avant-hier au soir de Bordeaux : je n*ai encore vu personne , et je suis plus pressé de vous ëcrire que de voir qui que. ce soit. Je verrai Huart (i ) ; et sHl n'a pas rempli vos ordres je les lui ferai exécuter : vous avez pourtant plus de crédit que moi auprès de lui ; je ne lui donne que des phrases , et vous lui donnez de Fargent.

Je suis bien glorieux de ce que M. Tauditeur Bertolini a trouvé mon livre (2) assez bon pour le rendre meilleur, et a goûté mes principes. Je vous prierai dans le temps de me procurer un exemplaire de l'ouvrage de M. Bertolini : j'ai trouvé sa préface extrêmement bien ; tout ce qu'il dit est juste excepté les louanges. Mille choses bien tendres pour moi à M. l'abbé Niccolini. J'espère , mon cher abbé , que vous viendrez nous voir à Paris cet hiver, et que vous viendrez joindre les titres d'Allemagne et d'Italie à ceux de France. Si vous passez par Turin , vous savez les illustres amis que j'y ai. Je vous embrasse de tout mon cœur.

De Paris , le 26 décembre 1753.

(1) Imprimeur de ses ouvrages k Paris.

(a) VEtprit des Lois.

AU MÊME

A Naples.

Je suis à Paris depuis quelque temps , mon cher comte. Je commence par tous dire que notre libraire Huart sort de chez moi , et il m^a dit de très-bonnes raisons quMl a eues pour vous faire enrager ; mais yous recevrez au premier jour votre compte et votre mémoire. ;

Vous avez une boîte pleine de fleurs d'érudition, que vous répandez a pleines mains dans tous les pays que vous parcourez. Il est heureux pour vous d'avoir paru avec honneur devant le pape (i) ; c^est le pape des savans : or les savans ne peuvent rien faire de mieux que d'avoir pour leiir chef celui qui l'est de l'église. Les offres qu'il vous a faites seroient tentantes pour tout, autre que pour vous , qui ne vous laissez pas tenter , même par les apparences de la fortune ,

(i) Benoit XIV Payant fait agréger à l'académie de l'histoire romaine , il avoit lu une disaertation rar le préteur des étranger» en présence de sa sainteté , qui assistoit régulièrement aux assemblées qu'elle faisoit tenir dans le palais de sa résidence ; cette dissertation fut imprimée à Rome , et est insérée dans les Ménwireê ée r Académie «U Canons, tome YIL

52d LETTRES

et qui ayez les sentimens d^un homme qui Pauroit dëjà faite. Les belles choses que yous me dites de M. le comte de Firmian (i) ne sont point entièrement nouvelles pour moi. Il est de votre devoir de me procurer Thonneur de sa tonnoissance , et c'est à vous à y travailler , sans quoi vous avez très-mal fait de me dire de si belles choses. Je ne me souviens point d^avoir connu à Rome le père Contucci (2). Le seul jésuite que je voyoisëtoitle père Vilri, quivenoît souvent dîner chez le cardinal de Volignac : c'étoit un homme fort important (3) , qui faisoit des médailles antiques et des articles de foi.

J^ai droit de m^attendre , mon cher ami , que vous m'écriviez bientôt une lettre datée d'Herculée , où je vous vois parcoivant déjà tous les souterrains. On nous en dit beaucoup de choses :

(1) Alors ministre impérial à Naples , et aQt«eUemenl mimstie plénipotentiaire des états de Lombardie à Milan , admirateur des ouvrages de Montesquieu , et ami des gens de lettres de tons les pays.

(9] Bibllotl^écaire da collège romain , et garde du cabkiet des antiquités que le P. Kircher laissa à ce collège..

(3) Ce jésuite avoit ^ Borne beaucoup de part dans lea affûres de la conatitution (Jnigtniiu$ , et hvooaBtoit des médaiUea. On co»nowoit s(W projet d'un noiiYeatt Saini-Jugustm , pour l'opposer à VJitgutiin de Jansènins : ses principes là-dessus étoient tels , que les paradoxes du P. Hardoûn n'eossen» ftiit que blanchir, et le pékn gianisme se seroit renouvelé dans tonte sob étendue.

FAMILIËBES. 5â3

celles que TOUS pi Vn direz, je les regarderai comme les relations d'un auteur grave : ne craignez point de me rebuter par les détails.

Je suis de yotre avis sur les querelles de Malte (i), que Ton traite de Turc à Maure : c'est cependant l'ordre peut-être le plus respectable qu'il y ait dans l'univers , et celui qui contribue le plus à entretenir l'honneur et la bravoure dans toutes les nations où il est répandu. Vous êtes bien hardi de m'adre^ser votre révérend capucin : ne craignez-vous pas que je ne lui fasse lire la lettre persane sur les capucins ?

Je serai au mois d'août à la Brède , O ruê , quando te aspiciam ? Je ne suis plus fait pour ce pays-ci , ou bien il faut renoncer à être citoyen. Vous devriez bien revenir par la France méri- 4ion9le : vous trouverez votre aiicieu laboratoire, et vous me donnerez de nouvelles idée^ $ur me$ bois et pues prairies. )ja grande étendue de me$ laudes {^) vous offire de quoi exercer votre zèle

(i) Il s*étoit alors élevé uqe dis^^iite entre la cour 4e N^ple^ et Tordre de Malte aa sujet des droits de la monarchie de Sicile , qu'on prétendoit s*étendre sur cette île.

(a} n gagna un procès contre la ville de Bordeaux , qui lui porta onze pents arpena ^e Undes incultes , où il sa n^it |i faijre des plantations de bois et des métairies , l'agriculture faisant sa principale occupation dan» las moment de relâche. Il avoit fait présent de cent arpans de ses Uvteê incultes k son ami, pour qu'il

5^4 1.ETTRES

pour Pagriculture : d^ailleurs j^espère que toiu n^oubliez point que yous êtes propriétaire de centarpens de ces landes, où vouspourreai re* muer la terre , planter et semer tant que tous voudrez. Adieu ; j^e vous embrasse de tout mon cœur.

De PiiriB., le 9 vnû 1754.

Page 1