‹ Œuvres de Montesquieu (volume 5)Chapitre 86 sur 92 · LETTRES FAMILIÈRES · texte numérisé non relu

LETTRES FAMILIÈRES

barres! Vous ne me mandez point la raison qui vous détermine ; je m'imagine que c'est voire asthme, ^tj'espère que cela n'est que précaution, et que vous n'en êtes pas plus fatigué qu'à l'ordinaire. Je ne compté pas trouver non plus madame de Mirepoix à Paris; on me dit qu'elle est sur son départ. Mon cher chevalier ,' je vous prie d'avoir de l'amitié pour moi ; je voiis la demande comme si je ne pouvois pas me vanter que vous me l'avez accordée; et quant à la mienne, il me semble que je vous la donne à chaque instant. Je quitte ce pays-^ci sans dégout,> mais aussi sans regret. Je vous prie de vous souvenir de moi, et' d'agréer les sentimens.du monde les plus respectueux et les plus tendres.

Bordeaux, ce 11 janvier 1749.

Je suis bien charmé de la conversation que vous avez eue ; je ne crains jamais rien là où vous êtes : M. de Fontenelle a toujours eu cette qualité bien excellente pour un homme tel que lui : il loue les autres sans peine

Donc , si j^avois faàt VÉsprit des Lois ^ j'aurois acquis l'estime de mon cher chevalier, il m'en

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aimeroit davantage ; pourquoi donc ne pas faire Y Esprit des Lois ? J^ai toute ma vie désiré de lui plaire, c^est pour cela que je lui ai donné une permission générale de £siire les honneurs de mon imbécillité. Je vois que Fauteur de cet ouvrage doit prendre son parti, et consentir à perdre Testime de M. Daube. Votre lettre , naon cher chevalier, est une lettre channante; je çroyois, en la lisant, vous entendre parler. Je suis bien aise que madame de Mirepoix aille en Angleterre, elle y sera adorée; et, f en suis bien sur , elle peut plaire même à ceux qui ne se soucient pas qu^on leur plaise. Je vous avertis que lorsque le duc de Richemont sera à Paris , vous devez être de ses amis ;il a tapt de bonnes qualités, qu'il est nécessaire que vous Paimiez, et je vous dis la raison qui fait qu'il est nécessaire qu'on vous aime. Adieu , mon cher chevalier; je vous aimerai et vous respecterai jusqu'à fa fin de mes jours.

Bordeaux, ce 27 janvier 1749*

LETTRE ni.

Je vous prie de parler de moi à M. el madame de Mirepoix, à M. de Forcalquier , à mesdatnes de Rochefort et de Forcalquier, à madame du

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DefFand, à M. et madame du Ckâtel, à M. de Bermestorf; sachez, je vous prie, s'ils ont quelque souvenir de moi. N'oubliez pas le président.

Ce que j'ai le plus vu dans votre lettre , mon cher chevalier, c'est votre amitié; et il me semble qu'en la lisant, je faiseds plus d'usage de mon cœur que de mon es[^t. Je suis bien rassuré par vous sur le bon succès de VEsprit des LoisaiVaLTis. On me mande des choses fort agréables d'Italie ; je ne sais rien des autres pays.

Mon cher chevalier, pourquoi les gens d'af- Ëiires se croient^-ils attaqués ? j'ai dit que les chevaliers, à Rome, qui faisoient beaucoup mieux leurs affaires que vous autres chevaliers ne faites ici les vôtres , avoient perdu cette république ; et je ne l'ai pas dit, mais je l'ai démontré. Pourquoi prennent-ils là-dedans une part que je ne leur donne pas ?

J'aurois grande envie de revenir; mais je serai encore ici quelques mois , occupé à rétablir une fortune honnête ; il m'en coûte le plaisir de vous voir, et il me fiudroit de grands dédommagemens. Je n'en sais point, mon cher chevalier, parce qu'il n'y a rien de comparable au bonheur de vivre avec vous.

Bordeaux, ce 34 férrier 1749-

Parlez , je vous prie , de moi à tous nos amis.

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Mon cher chevalier /que prëtendez-vous faire? Ne voulez- vous point revenir de votre Périgord ? on ne peut aller là que pour manger des truffes. Vous nous laissez ici; nous vous aimons : vous êtes un philosophe insupportable. Je reçois quelquefois des nouvelles de madame de Mire* poix , qui me dit toujours de vous faire ses complimens. Il j a ici une grande stérilité en fait de nouvelles. Je ne puis vous dire autre chose, si ce n'est que les opéra et les comédies de madame de Pompadour vont commencer, et qu'ainsi M. le duc de La Vallière va être un des premiers hommes de son siècle ; et comme on ne parle ici que de comédies ou de bals, Voltaire jouit d'une faveur particulière i' on prétend que le jour qu'il doit donner son Catilina, il donnera une Electre ; j'y consens. Les du Châtel sont ici. M. de Forcalquier se porte en général très-bien. Je vous prie de me conserver toujours votre amitié que j'adore , et d'agréer mon respect infini.

Paris > ce a4 noTembre ijts»

Vou& êtes , mon cher chevalier, mes ëteroelles amours ; et il n y a en moi d'inconstance que parce que j'aime tantôt votre esprit , tantôt votre cœur. Quant à ce pays-ci, nous sommes tous.... ; le riche fait pitié, le pauvre fait verser des larmes , et tout cela avec le découragement que Ton a dans une ville assiégée ; pour moi, qui ne me connois d'autre bien que l'épaisseur des murs de mon château , j'y reste , je rêve à la Suisse , et je vous aime.

La firède, ce i" joia 1751.

Mes respects , je vous prie , à l'hôtel de* Forcalquier, à madame du Châtel , à madame du Def^ fand , et à nos amis.

Mon cher chevalier , si vous venez cet été à la Brède , vous prendrez le seul moyen que vous avez d'augmenter la passion que j'ai pour vous ; et quant à ce. que vous me dites, de passer par

Mayac lorsque jHrai à Paris, je le ferai, et je garde votre lettre pour savoir le chemin ; mais vous n'avez pas dit aux daines vos nièces à quel point celui que vous leur proposez est délabré et peu propre à remplir, les grandes vues que vous avez. Je me souviens d'une pièce de vers où îl y avoit :

J'ai soixante ans; c'est trop peu pour vos charmes.

Sylva disoit fort bien: Il n'y a rien de si difficile que de faire l'amour avec de l'cîsprit ; moi je dis qu'il est encore plus difficile de faire l'amour avec le cœiu* et avec l'esprit; mais ceci est trop relevé pour un pauvre chasseur devant Dieu; ainsi je ne vous parlerai que de notre misère, qui e^t extrême , et telle qu'il me semble qu'il vaut mieux s'ennuyer que de se divertir devant des misérables. Je ne sais , ma foi , à quoi tout cela aboutira ; mais je sais que tous les lendemains sont pires , et que cela vise à la dépopulation. Nous serons dépopulés , mon cher chevalier, et peut-être passerons-nous devant les autres.

Vous chassez, et j'e plante des arbres, et je défriche des landes ; il faut s'amuser comme on peut. La ville de Bordeaux est fort triste , et je ne tâte guère de ce séjour.

On dit que le charmant milord est malade à Toulouse. Agréez, je vous prie, mes sentimens les plus tendres.

Bordeaux , ce a fauTier i^Sa.

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