‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 107 sur 129 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

(c sont occupés à plusieurs guerres, et ont à coince battre contre presque toutes les nations; ils sa- « vent au contraire que nous n'avons de guerre « que contre eux. »

Autant que les Romains avoient négligé l'art militaire, autant les Perses l'avoient-ils cultivé. « Les Perses, disoit Bélisaire à ses soldats, ne vous tt surpassent point en courage; ils n'ont sur vous « que l'avantage de la discipline. »

Ils prirent dans les négociations la même supériorité que dans la guerre. Sous prétexte qu'ils tenoient une garnison aux portes Caspiennes, ils demandoient un tribut aux Romains : comme si chaque peuple n'avoit pas ses frontières à garder : ils se faisoient payer pour la paix, pour les trêves, pour les suspensions d'armes, pour le temps qu'on employoit à négocier, pour celui qu'on avoit passé à faire la guerre.

Les Avares ayant traversé le Danube , les Romains, qui la plupart du temps n'avoient point de troupes à leur opposer , occupés contre les Perses lorsqu'il auroit fallu combattre les Avares , et contre les Avares quand il auroit fallu arrêter les Perses , furent encore forcés de se soumettre à un tribut, et la majesté de l'empire fut flétrie chez toutes les nations.

Justin , Tibère et Maurice travaillèrent avec soin à défendre l'empire. Ce dernier avoit des

MONTESQUIEU. T. II. l4

a J O GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS.

vertus , mais elles étoient ternies par une avarice presque inconcevable dans un grand prince.

Le roi des Avares offrit à Maurice de lui rendre les prisonniers qu'il avoit faits, moyennant une demi-pièce d'argent par tétej sur son refus il les fit égorger. L'armée romaine indignée se révolta; et les verts s'étant soulevés en même temps, un centenier nommé Pliocas fut élevé à l'empire, et fit tuer Maurice et ses enfants.

L'histoire de l'empire grec, c'est ainsi que nous nommerons dorénavant l'empire romain , n'est plus qu'un tissu de révoltes , de séditions et de perfidies. Les sujets n'a voient pas seulement l'idée de la fidélité que l'on doit aux princes : et la succession des empereurs fut si interrompue, que le titre de porphjrogànete , c'est-à-dire né dans l'appartement où accouchoient les impératrices, fut un titre distinctif que peu de princes des diverses familles impériales purent porter.

Toutes les voies furent bonnes pour parvenir à l'empire : on y alla par les soldats , par le clergé , par le sénat, par les paysans, par le peuple de Constantinople , par celui des autres villes.

La religion chrétienne étant devenue dominante dans l'empire , il s'éleva successivement plusieurs hérésies qu'il fallut condamner. Arius ayant nié la divinité du Verbe, les Macédoniens celle du saint Esprit , Nestorius l'unité de la personne de Jésus-

Page 1