CHAPITRE XXIII
qu'il régna , plusieurs provinces se rétablirent.
Enfin les Barbares qui habitoient les bords du Danube s'étant établis, ils ne furent plus si redoutables, et servirent même de barrières contre d'autres Barbares.
Ainsi, pendant que l'empire étoit affaissé sous un mauvais gouvernement, des causes particulières le soutenoient. C'est ainsi que nous voyons aujourd'hui quelques nations de l'Europe se maintenir malgré leur foiblesse par les trésors des Indes; les états temporels du pape, par le respect que l'on a pour le souverain ; et les corsaires de Barbarie , par l'empêchement qu'ils mettent au commerce des petites nations , ce qui les rend utiles aux grandes ^.
L'empire des Turcs est à présent à peu près dans le même degré de foiblesse où étoit autrefois celui des Qrecs : mais il subsistera long-temps ; car, si quelque prince que ce fut mettoit cet empire en péril en poursuivant ses conquêtes , les trois puissances commerçantes de l'Europe connoissent trop leurs affaires pour n'en pas prendre la défense sur-le-champ ^.
• Ils troublent la navigation des Italiens dans la Méditerranée.
' Ainsi les projets contre le Turc, comme celui qui fut fait sous le pontificat de Léon X, par lequel l'empereur devoit se rendre par la Bosnie à Constantinople , le roi de France par l'Albanie et la Grèce , d'autres princes s'embarquer dans leurs ports , ces projets, dis -je, n'étoient pas sérieux, ou étoient faits par des gens qui ne voyoient pas l'intérêt de l'Europe.
C'est leur félicité que Dieu ait permis qu'il y ait dans le monde des Turcs et des Espagnols, les hommes du monde les plus propres à posséder inutilement un grand empire.
Dans le temps de Basile Porphyrogénète , la puissance des Arabes fut détruite en Perse ; Mahomet , fils de Sambraël , qui y régnoit , appela du Nord trois mille Turcs en qualité d'auxiliaires ^ Sur quelque mécontentement il envoya une armée contre eux; mais ils la mirent en fuite. Mahomet, indigné contre ses soldats , ordonna qu'ils passeroient devant lui vêtus en robes de femme ; mais ils se joignirent aux Turcs, qui d'abord allèrent ôter la garnison quigardoitle pont de l'Araxe, et ouvrirent le passage à une multitude innombrable de leurs compatriotes.
Après avoir conquis la Perse, ils se répandirent d'orient en occident sur les terres de l'empire; et Romain Diogène ayant voulu les arrêter, ils le prirent prisonnier ^ et soumirent presque tout ce que les Grecs avoient en Asie jusqu'au Bosphore.
Quelque temps après, sous le règne d'Alexis Comnène , les Latins attaquèrent l'Occident. Il y avoit long-temps qu'un malheureux schisme avoit mis une haine implacable entre les nations des
' Histoire écrite par Nicopliore-Bryenne César, Fies de Constantin Ducas et de Romain Diogène,