CHAPITRE III. 2Ï
à cent , y pouvoit être aisément comme d'un à huit.
Les fondateurs des anciennes républiques avoient également partagé les terres ; cela seul faisoit un peuple puissant, c'est-à-dire une société bien réglée; cela faisoit aussi une bonne armée, chacun ayant un égal intérêt, et très grand, à défendre sa patrie.
Quand les lois n'étoient plus rigidement observées , les choses revenoient au point où elles sont à présent parmi nous : l'avarice de quelques particuliers, et la prodigalité des autres, faisoient passer les fonds de terre dans peu de mains; et d'abord les arts s'introduisoient pour les besoins mutuels des riches et des pauvres. Cela faisoit qu'il n'y avoit presque plus de citoyens ni de soldats ; car les fonds de terre , destinés auparavant à l'entretien de ces derniers, étoient employés à celui des esclaves et des artisans , instruments du luxe des nouveaux possesseurs : sans quoi l'état, qui, malgré son dérèglement, doit subsister, auroit péri. Avant la corruption, les revenus primitifs de l'état étoient partagés entre les soldats , c'est-àdire les laboureurs : lorsque la république étoit corrompue, ils passoient d'abord à des hommes riches, qui les rendoient aux esclaves et aux artisans ; d'où on en retiroit , par le moyen des tributs, une partie pour l'entretien des soldats.
Or ces sortes de gens n'étoient guère propres à la guerre : ils étoient lâches , et déjà corrompus par le luxe des villes, et souvent par leur art même; outre que , comme ils n'avoient point proprement de patrie, et qu'ils jouissoient de leur industrie partout, ils avoient peu à perdre ou à conserver.
Dans un dénombrement de Rome ^ , fait quelque temps après l'expulsion des rois , et dans celui que Démétrius de Phalère fit à Athènes', il se trouva à peu près le même nombre d'habitants : Rome en avoit quatre cent quarante mille, Athènes quatre cent trente et un mille. Mais ce dénombrement de Rome tombe dans un temps où elle étoit dans la force de son institution , et celui d'Athènes dans un temps où elle étoit entièrement corrompue. On trouva que le nombre des citoyens pubères faisoit à Rome le quart de ses habitants; et qu'il faisoit à Athènes un peu moins du vingtième : la puissance de Rome étoit donc à celle d'Athènes, dans ces divers temps, à peu près comme un quart est à un vingtième, c'est-à-dire qu'elle étoit cinq fois plus grande.
Les rois Agis et Cléomènes voyant qu'au lieu de
» C'est le dénombrement dont parle Denys d'Halicarnasse dans le liv. IX, pag. 583, et qui me paroît être le même que celui qu'il rapporte à la fin de son sixième livre , qui fut fait seize ans après l'expulsion des rois.
» Ctésiclès, dans Aihcnée , liv. vi, chap. xix.