‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 14 sur 129 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

neuf mille citoyens qui étoient à Sparte du temps de Lycurgue ^ , il n'y en avoit plus que sept cents, dont à peine cent possédoient des terres ' , et que tout le reste n'étoit qu'une populace sans courage , ils entreprirent de rétablir les lois à cet égard ^; et Lacédémone reprit sa première puissance*, et redevint formidable à tous les Grecs,

Ce fut le partage égal des terres qui rendit Rome capable de sortir d'abord de son abaissement, et cela se sentit bien quand elle fut corrompue.

Elle étoit une petite république lorsque, les Latins ayant refusé le secours de troupes qu'ils étoient obligés de donner, on leva sur-le-champ dix légions dans la ville "^ . « A peine à présent, dit « Tite-Live, Rome, que le monde entier ne peut « contenir, en pourroit-elle faire autant si un « ennemi paroissoit tout à coup devant ses mu- « railles; marque certaine que nous ne nous « sommes poiiit agrandis, et que nous n'avons fait « qu'augmenter le luxe et les richesses qui nous « travaillent. »

« Dites-moi, disoit Tiberius Gracchus aux no-

' C'étoient des citoyens de la ville appelés proprement Spartiates. Lycurgue fit pour eux neuf mille parts ; il en donna trente mille aux autres habitants. Voyez Plutarque , Vie de Lycurgue.

* Voyez Plutarque , Vie d'Agis et d^ Cléomènes.

' Voyez Plutarque , ihid.

< Tite-Live, première décade, liv. vu, chap. xxv. Ce fut quelque temps après la prise de Rome , sous le consulat de L. Furius Caniillus, et de Ap. Claudius Crassus.

l[\ GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS.

« bles ^ , qui vaut mieux , un citoyen ou un esclave « perpétuel, un soldat ou un homme utile à la « guerre? Voulez -vous, pour avoir quelques arec pents de terre plus que les autres citoyens, re- « noncer à l'espérance de la conquête du reste du « monde, ou vous mettre en danger de vous voir « enlever par les ennemis ces terres que vous nous « refusez ? »

ï Appiea^ de la Guerre civile , liv. i , chap. xi.

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