‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 24 sur 129 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

rois; et Ton ne montoit plus sur la tribune où avoit parlé Démosthène , que pour proposer les décrets les plus lâches et les plus scandaleux.

D'ailleurs la Grèce était redoutable par sa situation , la force , la multitude de ses villes, le nombre de ses soldats, sa police, ses moeurs, ses lois : elle aimoit la guerre, elle en connoissoit l'art; et elle auroit été invincible si elle avoit été unie.

Elle avoit bien été étonnée par le premier Philippe , Alexandre et Antipater, mais non pas subjuguée; et les rois de Macédoine, qui ne pouvoient se résoudre à abandonner leurs prétentions et leurs espérances , s'obstinoient à travailler à l'asservir.

La Macédoine étoit presque entourée de montagnes inaccessibles; les peuples en étoient très propres à la guerre , courageux, obéissants, industrieux, infatigables ; et il falloit bien qu'ils tinssent ces qualités-là du climat, puisqu'encore aujourd'hui les hommes de ces contrées sont les meilleurs soldats de l'empire des Turcs.

La Grèce se maintenoit par une espèce de balance : les Lacédémoniens étoient pour l'ordinaire alliés des Étoliens, et les Macédoniens l'étoient des Achaïens. Mais, par l'arrivée des Romains, tout équilibre fut rompu.

Comme les rois de Macédoine ne pouvoient pas entretenir un grand nombre de troupes ' , le

' ^'oye^ Plutarque , f'ie de Flamiiihu.

moindre échec étoit de conséquence; d'ailleurs ils pouvoient difficilement s'agrandir, parce que, leurs desseins n'étant pas inconnus, on avoit toujours les yeux ouverts sur leurs démarches ; et les succès qu'ils avoient dans les guerres entreprises pour leurs alliés étoient un mal que ces mêmes alliés cherchoient d'abord à réparer.

Mais les rois de Macédoine étoient ordinairement des princes habiles. Leur monarchie n'étoit pas du nombre de celles qui vont par une espèce d'allure donnée dans le commencement. Continuellement instruits par les périls et par les affaires, embarrassés dans tous les démêlés des Grecs, il leur falloit gagner les principaux des villes, éblouir les peuples , et diviser ou réunir les intérêts; enfin ils étoient obligés de payer de leur personne à chaque instant.

Philippe, qui, dans le commencement de son règne, s'étoit attiré l'amour et la confiance des Grecs par sa modération , changea tout à coup ; il devint un cruel tyran dans un temps où il auroit dû être juste par politique et par ambition ^. Il voyoit, quoique de loin , les Carthaginois et les Romains , dont les forces étoient immenses ; il avoit fini la guerre à l'avantage de ses alliés , et s'étoit réconcilié avec les Étoliens. Il étoit naturel

' Voyez dans Polybe les injustices et les cruautés par lesquelles Philippe se décrédita.

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