‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 25 sur 129 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

qu'il pensât à unir toute la Grèce avec lui poiuempêcher les étrangers de s'y établir : mais il l'irrita au contraire par de petites usurpations; et, s amusant à discuter de vains intérêts quand il s'agissoit de son existence , par trois ou quatre mauvaises actions il se rendit odieux et détestable a tous les Grecs.

Les Étoliens furent les plus irrités; et les Romains , saisissant l'occasion de leur ressentiment , ou plutôt de leur folie , firent alliance avec eux , entrèrent dans la Grèce , et l'armèrent contre Philippe.

Ce prince fut vaincu à la journée des Cynocéphales ; et cette victoire fut due en partie à la valeur des Étoliens. Il fut si fort consterné qu'il se réduisit à un traité qui étoit moins une paix qu'un abandon de ses propres forces; il fit sortir ses garnisons de toute la Grèce , livra ses vaisseaux , et s'obligea de payer mille talents en dix années.

Polybe, avec son bon sens ordinaire, compare l'ordonnance des Romains avec celle des Macédoniens , qui fut prise par tous les rois successeurs d'Alexandre. Il fait voir les avantages et les inconvénients de la phalange et de la légion ; il donne la préférence à l'ordonnance romaine ; et il y a apparence qu'il a raison, si l'on en juge par tous les événements de ces temps-là.

Ce qui avoit beaucoup contribué à mettre les

Romains en péril dans la seconde guerre Punique, c'est qu'Annibal arma d'abord ses soldats à la romaine; mais les Grecs ne changèrent ni leurs armes ni leur manière de combattre ; il ne leur vint point dans l'esprit de renoncer à des usages avec lesquels ils avoient fait de si grandes choses.

Le succès que les Romains eurent contre Philippe fut le plus grand de tous les pas qu'ils firent pour la conquête générale. Pour s'assurer de la Grèce , ils abaissèrent par toutes sortes de voies les Étoliens, qui les avoient aidés à vaincre; de plus, ils ordonnèrent que chaque ville grecque qui avoit été à Philippe ou à quelque autre prince , se gouverneroit dorénavant par ses propres lois.

On voit bien que ces petites républiques ne pouvoient être que dépendantes. Les Grecs se livrèrent à une joie stupide, et crurent être libres en effet parce que les Romains les déclaroient tels.

Les Etoliens , qui s'étoient imaginé qu'ils domineroient dans la Grèce, voyant qu'ils n'a voient fait que se donner des maîtres, furent au désespoir; et, comme ils prenoient toujours des résolutions extrêmes , voulant corriger leurs folies par leurs folies, ils appelèrent dans la Grèce Antiochus, roi de Syrie, comme ils y avoient appelé les Romains.

Les rois de Syrie étoient les plus puissants des successeurs d'Alexandre ; car ils possédoient presque tous les états de Darius , à l'Egypte près :

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