CHAPITRE I
léges du peuple pour abaisser le sénats Mais le peuple , devenu d'abord plus hardi , renversa l'une et l'autre monarchie.
Le portrait de Tarquin n'a point été flatté ; son nom n'a échappé à aucun des orateurs qui ont eu à parler contre la tyrannie : mais sa conduite avant son malheur, que l'on voit qu'il prévoyoit; sa douceur pour les peuples vaincus; sa libéralité envers les soldats; cet art qu'il eut d'intéresser tant de gens à sa conservation; ses ouvrages publics; son courage à la guerre; sa constance dans son malheur; une guerre de vingt ans, qu'il fit ou qu'il fit faire au peuple romain , sans royaume et sans biens; ses continuelles ressources ,^ font bien voir que ce n'étoit pas un homme méprisable.
Les places que; la postérité donne sont sujettes, comme les autres, aux caprices de la fortune. Malheur à la réputation de tout prince qui est opprimé par un parti qui devient le dominant, ou qui a tenté de détruire un préjugé qui lui survit !
Rome, ayant chassé les rois , établit des consuls annuels: c'est encore ce qui la porta à ce haut degré de puissance. Les princes ont dans leur vie des périodes d'ambition ; après quoi d'autres passions et l'oisiveté même succèdent : mais la république ayant des chefs qui changeoient tous les ans et qui cherchoient à signaler leur magistra-
' Voyez Zonaras et Denys d'Halicarnasse , liv. iv.
ture pour en obtenir de nouvelles, il n'y avoitpas un moment de perdu pour l'ambition ; ils engageoient le sénat à proposer au peuple la guerre, et lui montroient tous les jours de nouveaux ennemis.
Ce corps y étoit déjà assez porté de lui-même; car , étant fatigué sans cesse par les plaintes et les demandes du peuple, il cherchoit à le distraire de ses inquiétudes et à l'occuper au dehors ^
Or la guerre étoit presque toujours agréable au peuple, parce que, par la sage distribution du butin , on avoit trouvé le moyen de la lui rendre utile.
Rome étant une ville sans commerce et presque sans arts, le pillage étoit le seul moyen que les particuliers eussent pour s'enrichir.
On avoit donc mis de la discipline dans la manière de piller, et on y observoit à peu près le même ordre qui se pratique aujourd'hui chez les petits Tartares.
Le butin étoit mis en commun ', et on le distribuoit aux soldats : rien n'étoit perdu , parce qu'avant de partir chacun avoit juré qu'il ne détourneroit rien à son profit. Or les Romains étoient le peuple du monde le plus religieux sur le ser-
» D'ailleurs l'autorité du sénat étoit moins bornée dans les afîaires du dehors que dans celles de la Tille. » Voyez Polybe, liv. x , chap. xvi.