CHAPITRE VI
cordoient point de paix à un ennemi qui ne contînt une alliance, c'est-à-dire qu'ils ne soumettoient point de peuple qui ne leur servît à en abaisser d'autres.
Lorsqu'ils laissoient la liberté à quelques villes, ils y faisoient d'abord naître deux factions ^ : l'une défendoil les lois et la liberté du pays, l'autre soutenoit qu'il n'y avoit de loi que la volonté des Romains ; et , comme cette dernière faction étoit toujours la plus puissante, on voit bien qu'une pareille liberté n'étoit qu'un nom.
Quelquefois ils se rendoient maîtres d'un pays sous prétexte de succession : ils entrèrent en Asie , en Bithynie, en Libye, par les testaments d'Attalus , de Nicomède ' , et d'Appion ; et l'Egypte fiit enchaînée par celui du roi de Cyrène.
Pour tenir les grands princes toujours foibles, ils ne vouloient pas qu'ils reçussent dans leur alliance ceux à qui ils avoient accordé la leur ^ ; et, comme ils ne la refusoient à aucun des voisins d'un prince puissant , cette condition, mise dans un traité de paix , ne lui laissoit plus d'alliés.
De plus, lorsqu'ils avoient vaincu quelque prince considérable , ils mettoient dans le traité qu'il ne pourroit faire la guerre pour ses différents
I Voyez Polybe , sur les villes de Grèce.
' Fils de Philopator.
^ Ce fut le cas d'Anli;^clius.
avecles alliés des Romains (c'est-à-dire, ordinairement, avec tous ses voisins), mais qu'il les mettroit en arbitrage : ce qui lui ôtoit pour l'avenir la puissance militaire.
Et pour se la réserver toute, ils en privoient leurs alliés mêmes : dès que ceux-ci avoient le moindre démêlé, ils envoyoient des ambassadeurs qui les obligeoient de faire la paix. Il n'y a qu'à voir comme ils terminèrent les guerres d'Attalus et de Prusias.
Quand quelque prince avoit fait une conquête, qui souvent l'avoit épuisé, un ambassadeur romain survenoit d'abord qui la lui arrachoit des mains. Entre mille exemples , on peut se rappeler comment, avec une parole, ils chassèrent d'Egypte Antiochus.
Sachant combien les peuples d'Europe étoient propres à la guerre, ils établirent comme une loi qu'il ne seroit permis à aucun peuple d'Asie d'entrer en Europe et d'y assujétir quelque peuple que ce fut ^ Le principal motif de la guerre qu'ils firent àMithridate fut que , contre cette défense , il avoit soumis quelques barbares '.
Lorsqu'ils voyoient que deux peuples étoient en guerre, quoiqu'ils n'eussent aucune alliance ni
' La défense faite à Antiochus , même avant la guerre , de passer en Europe , devint générale contre les autres rois. * Appian , de bello Mithrid. cap. XIII.