‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 33 sur 129 · CHAPITRE vr · texte numérisé non relu

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ne s'agissoit pas du degré de leur puissance ; mais leur personne propre étoit attaquée. Risquer une guerre , c'étoit s'exposer à la captivité , à la mort , à l'infamie du triomphe. Ainsi des rois qui vivoient dans le faste et dans les délices n'osoient jeter des regards fixes sur le peuple romain ; et, perdant le courage, ils attendoient de leur patience et de leurs bassesses quelque délai aux misères dont ils étoient menacés ^.

Remarquez , je vous prie , la conduite des Romains. Après la défaite d'Antiochus, ils étoient maîtres de l'Afrique , de l'Asie et de la .Grèce , sans y avoir presque de villes en propre. Il sembloit qu'ils ne conquissent que pour donner : mais ils restoient si bien les maîtres , que , lorsqu'ils faisoient la guerre à quelque prince, ils l'accabloient pour ainsi dire du poids de tout l'univers.

Il n'étoit pas temps encore de s'emparer des pays conquis. S'ils avoient gardé les villes prises à Philippe , ils auroient fait ouvrir les yeux aux Grecs; si, après la seconde guerre Punique, ou celle contre Antiochus, ils avoient pris des terres en Afrique ou en Asie , ils n'auroient pu conserver des conquêtes si peu solidement établies '.'

« Ils cachoient , autant qu'ils pouvoient , leur puissance et leurs richesses aux Romains. Voyez là dessus un fragment du premier livre de Dion.

' Ils n'osèrent y exposer leurs colonies : ils aimèrent mieux mettre une jalousie éternelle entre les Carthaginois et Massinisse , et se ser-

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Il falloit attendre que toutes les nations fussent accoutumées à obéir comme libres et comme alliées, avant de leur commander comme sujettes, et qu'elles eussent été se perdre peu à peu dans la république romaine.

Voyez le traité qu'ils firent avec les Latins après la victoire du lac Régille ' : il fut un des principaux fondements de leur puissance. On n'y trouve pas un seul mot qui puisse faire soupçonner l'empire.

C'étoit une manière lente de conquérir. On vainqiK)it un peuple et on se contentoit de l'affoiblir; on lui imposoit des conditions qui le minoient insensiblement ; s'il se relevoit , on l'abaissoit encore davantage ; et il devenoit sujet sans qu'on pût donner une époque de sa sujétion.

Ainsi Rome n'étoit pas proprement une monarchie ou une république , mais la tète du corps formé par tous les peuples du monde.

Si les Espagnols, après la conquête du Mexique et du Pérou , avoient suivi ce plan , ils n'auroient pas été obligés de tout détruire pour tout conserver.

C'est la folie des conquérants de vouloir don-

vir du secours des uns et des autres pour soumettre la Macédoine et la Grèce.

' Denys d'Halicarnasse le rapporte , liv. vi , chap. xcv, édit. d'Oxf., pag. 4i5 de l'édit. de Francfort i586.

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