CHAPITRE VIII
qui, y étant enfermé, influoit très peu dans les affaires ; et cela étoit i^egardé comme le salut de la république. Et quand Fabius remit dans les quatre tribus de la ville le menu peuple qu'Appius Claudius avoit répandu dans toutes, il en acquit le surnom de très grande Les censeurs jetoient les yeux tous les cinq ans sur la situation actuelle de la république, et distribuoient de manière le peuple dans ses diverses tribus, que les tribuns et les ambitieux ne pussent pas se rendre maîtres des suffrages , et que le peuple même ne pût pas abuser de son pouvoir.
Le gouvernement de Rome fut admirable en ce que, depuis sa naissance, sa constitution se trouva telle , soit par l'esprit du peuple , la force du sénat, ou l'autorité de certains magistrats , que tout abus du pouvoir y put toujours être corrigé.
Carthage périt parce que , lorsqu'il fallut retrancher les abus , elle ne put souffrir la main de son Annibal même. Athènes tomba parce que ses erreurs lui parurent si douces qu'elle ne voulut pas en guérir. Et parmi nous , les républiques d'Italie , qui se vantent de la perpétuité de leur gouvernement , ne doivent se vanter que de la perpétuité de leurs abus; aussi n'ont-elles pas plus de liberté que Rome n'en eut du temps des décemvirs'.
' Voyez Tite-Live , liv. ix , chap. XLVI. * Ni même plus de puissance.
8o GRANDEUR ET DECADENCE DES ROMAINS.
Le gouvernement d'Angleterre est plus sage, parce qu'il y a un corps qui l'examine continuellement, et qui s'examine continuellement lui-même : et telles sont ses erreurs, qu'elles ne sont jamais longues, et que, par l'esprit d'attention qu'elles donnent à la nation, elles sont souvent utiles.
En un mot, un gouvernement libre, c'est-a-dire toujours agité , ne sauroit se maintenir s'il n'est par ses propres lois capable de correction.