CHAPITRE IX
maintiennent sa puissance lorsqu'il l'a acquise.
Il y a à présent dans le monde une république que presque personne ne connoît % et qui, dans le secret et le silence , augmente ses forces chaque jour. Il est certain que , si elle parvient jamais à l'état de grandeur où sa sagesse la destine, elle changera nécessairement ses lois; ce ne sera point l'ouvrage d'un législateur, mais celui de la corruption même.
Rome étoit faite pour s'agrandir, et ses lois étoient admirables pour cela. Aussi, dans quelque gouvernement qu'elle ait été , sous le pouvoir des rois , dans l'aristocratie , ou dans l'état populaire , elle n'a jamais cessé de faire des entreprises qui demandoient de la conduite , et y a réussi. Elle ne s'est pas trouvée plus sage que tous les autres états de la terre en un jour, mais continuellement ; elle a soutenu une petite, une médiocre, une grande fortune, avec la même supériorité, et n'a point eu de prospérités dont elle n'ait profité , ni de malheurs dont elle ne se soit servie.
Elle perdit sa liberté parce qu'elle acheva trop tôt son ouvrage.
* Le canton de Berne.