‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 65 sur 129 · CHAPITRE Xlli. laS · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xlli. laS

guerres, un nombre d'esclaves prodigieux; et lorsque ses citoyens furent comblés de richesses , ils en achetèrent de toutes parts, mais ils les affranchirent sans nombre , par générosité , par avarice , par foiblesse ^ : les uns vouloient récompenser des esclaves fidèles; les autres vouloient recevoir en leur nom le blé que la république distribuoit aux pauvres citoyens; d'autres enfin désiroient d'avoir à leur pompe funèbre beaucoup de gens qui la suivissent avec un chapeau de fleurs. Le peuple fut presque composé d'affranchis ^ : de façon que ces maîtres du monde, non seulement dans les commencements, mais dans tous les temps, furent la plupart d'origine servile.

Le nombre du petit peuple , presque tout composé d'affranchis ou de fils d'affranchis, devenant incommode, on en fit des colonies, parle moyen desquelles on s'assura de la fidélité des provinces. C'étoit une circulation des hommes de tout l'univers. Rome les recevoit esclaves , et les renvoyoit Romains.

Sous prétexte de quelques tumultes arrivés dans les élections, Auguste mit dans la ville un gouverneur et une garnison ; il rendit les corps des légions éternels, les plaça sur les frontières, et

' Denys d'Halicarnasse, liv. iv, pag. 227.

'Yoyez Tache, Annales, liv. xiii, chap. xxvii. Late fusum in corpus, etc.

I iQ GRA.NDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS.

établit des fonds particuliers pour les payer; enfin il ordonna que les vétérans recevroient leur récompense en argent, et non pas en terres ^

Il résultoit plusieurs mauvais effets de cette distribution des terres que l'on faisoit depuis Sylla. La propriété des biens des citoyens étoit rendue incertaine. Si on ne menoit pas dans un même lieu les soldats d'une cohorte, ils se dégoûtoient de leur établissement , laissoient les terres incultes , et devenoient de dangereux citoyens' : mais, si on les distribuoit par légions, les ambitieux pouvoient trouver contre la république des armées dans un moment.

Auguste fit des établissements fixes pour la marine. Comme, avant lui, les Romains n'avoient point eu des corps perpétuels de troupes de terre , ils n'en avoient point non plus de troupes de mer. Les flottes d'Auguste eurent pour objet principal la sûreté des convois et la communication des diverses parties de l'empire : car d'ailleurs les Romains étoient les maîtres de toute la Méditerranée; on ne naviguoit dans ces temps-là que dans cette mei', et ils n'avoient aucun ennemi à craindre.

' Il régla que les soldats prétoriens auroient cinq mille drachmes ; deux après seize ans de service , et les trois autres mille diachmt's après vingt ans de service, Dion , in August.

" Voyez Tacite, Annal., liv. xiv, chap. xxvir, sur les soldats menés à Tarente et à Antium.

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