‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 64 sur 129 · CHAPITRE XIIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIIT

contribué à la grandeur de Rome , se perdit sous Auguste; ou plutôt cet honneur devint un privilège de la souveraineté '. La plupart des choses qui arrivèrent sous les empereurs avoient leur origine dans la république ', et il faut les rapprocher ; celui-là seul avoit le droit de demander le triomphe , sous les auspices duquel la guerre s'étoit faite ^ : or elle se faisoit toujours sous les auspices du chef, et par conséquent de l'empereur, qui étoit le chef de toutes les armées.

Comme, du temps de la république, on eut pour principe de faire continuellement la guerre; sous les empereurs, la maxime fut d'entretenir la paix : les victoires ne furent regardées que comme des suites d'inquiétude, avec des armées qui pouvoient mettre leurs services à trop haut prix.

Ceux qui eurent quelque commandement craignirent d'entreprendre de trop grandes choses :

' On ne donnoit plus aux particuliers que les ornements triomphaux. Dion , in ^ug.

' Les Romains ayaint changé de gouvernement sans avoir été en- Tahis, les mêmes coutumes restèrent après le changement du gouvernement, dont la forme même resta à peu près.

' Dion , in Aug. , lib. liv, dit qu'Agrippa négligea, par modestie , de rendre compte au sénat de son expédition contre les peuples du Bosphore, et refusa même le triomphe; et que, depuis lui, personne de ses pareils ne triompha : mais c'étoit une grâce qu'Auguste vouloit faire à Agrippa , et qu' Antoine ne fit point à Ventidius la première fois qu'il vainquit les Parthes.

il fallut modérer sa gloire de façon qu'elle ne réveillât que l'attention , et non pas la jalousie du prince ; et ne point paroitre devant lui avec un éclat que ses yeux ne pouvoient souffrir.

Auguste fut fort retenu à accorder le droit de bourgeoisie romaine ^ ; il fit des lois ^ pour empêcher qu'on n'affranchît trop d'esclaves ^ ; il recommanda par son testament que l'on gardât ces deux maximes, et qu'on ne cherchât point à étendre l'empire par de nouvelles guerres.

Ces trois choses étoient très bien liées ensemble ; dès qu'il n'y avoit plus de guerres, il ne falloit plus de bourgeoisie nouvelle , ni d'affranchissements.

Lorsque Rome avoit des guerres continuelles , il falloit qu'elle réparât continuellement ses habitants. Dans les commencements on y mena une partie du peuple de la ville vaincue : dans la suite plusieurs citoyens des villes voisines y vinrent pour avoir part au droit de suffrage ; et ils s'y établirent en si grand nombre, que, sur les plaintes des alliés, on fut souvent obligé de les leur renvoyer : enfin on y arriva en foule des provinces. Les lois favorisèrent les mariages , et même les rendirent nécessaires. Rome fit , dans toutes ses

' Suétone , in Aug.

' Idem, ibid. Vo\ez les Institutcs, liv. i.

3 Dion , in Aug.

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