CHAPITRE II. l
par toutes sortes de machines de guerre qu'elle traînoit avec elle ; que chaque fois elle se retranchât, et fût, comme dit Végèce ' , une espèce de place de guerre.
Pour qu'ils pussent avoir des armes plus pesantes que celles des autres hommes , il falloit qu'ils se rendissent plus qu'hommes ; c'est ce qu'ils firent par un travail continuel qui augmentoit leur force, et par des exercices qui leur donnoient de l'adresse , laquelle n'est autre chose qu'une j uste dispensation des forces que l'on a.
Nous remarquons aujourd'hui que nos armées périssent beaucoup par le travail immodéré des soldats^ ; et cependant c'était par un travail immense que les Romains se conservoient. La raison en est, je crois, que leurs fatigues étoient continuelles; au lieu que nos soldats passent sans cesse d'un travail extrême à une extrême oisiveté : ce qui est la chose du monde la plus propre à les faire périr.
Il faut que je rapporte ici ce que les auteurs nous disent de l'éducation des soldats romains^.
» Liv. II , chap. xxv.
* Surtout par le fouillement des terres.
3 Voyez Végèce liv. i. Voyez , dans Tite-Live , liv. xxvi, chap. ii^ les exercices que Scipion l'Africain faisoit faire aux soldats après la prise de Carthage la neuve, Marius, malgré sa vieillesse, alloit tous les jouis au champ de Mars. Pompée, à l'âge de cinquante-huit ans, alloit combattre tout armé avec les jeunes gens ; il montoit à cheval , couroit à bride abattue , et lançoit ses javelots. Plu tarque, Vie de Marias et de Pompée.
On les accoutumoit à aller le pas militaire , c'està-dire à faire en cinq heures vingt milles , et quelquefois vingt-quatre. Pendant ces marches on leur faisoit porter des poids de soixante livres. On les entretenoit dans l'habitude de courir et de sauter tout armés : ils prenoient dans leurs exercices des épées , des javelots , des flèches d'une pesanteur double des armes ordinaires ; et ces exercices étoient continuels *.
Ce n'étoit pas seulement dans le camp qu'étoit l'école militaire ; il y avoit dans la ville un lieu où les citoyens alloient s'exercer ( c'étoit le champ de Mars). Après le travail ils se jetoientdans le Tibre, pour s'entretenir dans l'habitude de nager et nettoyer la poussière et la sueur ^.
Nous n'avons plus une juste idée des exercices du corps : un homme qui s'y applique trop nous paroît méprisable, par la raison que la plupart de ces exercices n'ont plus d'autre objet que les agréments ; au lieu que chez les anciens, tout, jusqu'à la danse, faisoit partie de l'art militaire.
Il est même arrivé , parmi nous , qu'une adresse trop recherchée dans l'usage des armes dont nous nous servons à la guerre est devenue ridicule; parce que depuis l'introduction de la coutume des combats singuliers, l'escrime a été regardée
• Végèce liv. I , chap. xi , xii , xiv.
* lèid. , liv. I , chap. x.