‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 9 sur 129 · CHAPITRE II. l · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. l

comme la science des querelleurs ou des poltrons.

Ceux qui critiquent Homère de ce qu'il relève ordinairement dans ses héros la force , l'adresse ou l'agilité du corps, devroient trouver Sallustebien ridicule , qui loue Pompée « de ce qu'il couroit , « sautoit et portoit un fardeau , aussi bien que « homme de son temps ^ »

Toutes les fois que les Romains se crurent en danger ou qu'ils voulurent réparer quelque perte, ce fut une pratique constante chez eux d'affermir la discipline militaire. Ont-ils à faire la guerre aux Latins , peuples aussi aguerris qu'eux-mêmes , Manlius songe à augmenter la force du commandement, et fait mourir son fils qui avoit vaincu sans son ordre. Sont -ils battus à Numance, Scipion Emilien les prive d'abord de tout ce qui les avoit amollis'. Les légions romaines ont-elles passé sous le joug en Numidie , Métellus répare cette honte dès qu'il leur a fait reprendre les institutions anciennes. Marins, pour battre les Cimbres et les Teutons , commence par détourner les fleuves ; et Sylla fait si bien travailler les soldats de son armée effrayée de la guerre contre Mithridate,

« Cum alacribus saîtu , cum veloc'tbus cursu , cum valldis recte certabat. Fragm. de Salluste , rapporté par Végèce , liv. i , chap. ix.

* Il vendit toutes les bêtes de somme de l'armée, et lit porter à chaque soldat du blé pour trente jours , et sept pieux. Somm. de Floriis , liv. Lvii.

qu'ils lui demandent le combat comme la fin do leurs peines '.

Publius Nasica, sans besoin, leur fit construire une armée navale. On craignoit plus l'oisiveté que les ennemis.

Aulu-Gelle ^ donne d'assez mauvaises raisons de la coutume des Romains de faire saigner les soldats qui avoient commis quelque faute : la vraie est que , la force étant la principale qualité du soldat, c'étoit le dégrader que de Taffoiblir.

Des hommes si endurcis étoient ordinairement sains. On ne remarque pas dans les auteurs que les armées romaines qui faisoient la guerre en tant de climats périssent beaucoup par les maladies ; au lieu qu'il arrive presque continuellement aujourd'hui que des armées, sans avoir combattu, se fondent pour ainsi dire dans une campagne.

Parmi nous les désertions sont fréquentes , parce que les soldats sont la plus vile partie de chaque nation; et qu'il n'y en a aucune qui ait ou qui croie avoir un certain avantage sur les autres. Chez les Romains elles étoient plus rares : des soldats tirés du sein d'un peuple si fier , si orgueilleux, si sûr de commander aux autres, ne pouvoient guère penser à s'avilir jusqu'à cesser d'être Romains.

■ Frontin, Stratagèmes , liv. r, chap. xi et xx. » Liv. X, chap. viii.

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