‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 81 sur 129 · CHAPITRE XVI. iSn · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI. iSn

rendu par Macrin, qui, après l'avoir fait poignarder, voulant apaiser les soldats prétoriens , désespérés de la mort de ce prince qui leur avoit tant donné, lui fit bâtir un temple, et y établit des prêtres flamines en son honneur.

Cela fit que sa mémoire ne fiit pas flétrie , et que , le sénat n'osant pas le juger, il ne fut pas mis au rang des tyrans, comme Commode, qui ne le méritoit pas plus que lui ^

De deux grands empereurs , Adrien et Sévère *, l'un établit la discipline militaire , et l'autre la relâcha. Les effets répondirent très bien aux causes : les règnes qui suivirent celui d'Adrien furent heureux et tranquilles : après Sévère , on vit régner toutes les horreurs.

Les profusions de Caracalla envers les soldats avoient été immenses; et il avoit très bien suivi le conseil que son père lui avoit donné en mourant , d'enrichir les gens de guerre, et de ne s'embarrasser pas des autres.

Mais cette politique n'étoit guère bonne que pour un règne; car le successeur, ne pouvant plus faire les mêmes dépenses, étoit d'abord massacré par l'armée : de façon qu'on voyoit toujours les empereurs sages mis à mort par les soldats, et

' iElius Lampridius , in vita Alex. Seirri.

' Voyez l'abrégé de Xiplillin, fie d'Adrien; et Hérodien, yie de Sévère,

les méchants par des conspirations , ou des arrêts du sénat.

Quand un tyran qui se livroit aux gens de guerre avoit laissé les citoyens exposés à leurs violences et à leurs rapines , cela ne pouvoit non plus durer qu'un règne; car les soldats, à force de détruire , alloient jusqu'à s'ôter à eux-mêmes leur solde. Il falloit donc songer à rétablir la discipline militaire; entreprise qui coûtoit toujours la vie à celui qui osoit la tenter.

Quand Caracalla eut été tué par les embûches de Macrin, les soldats, désespérés d'avoir perdu un prince qui donnoit sans mesure, élurent Héliogabale * ; et quand ce dernier , qui , n'étant occupé que de ses sales voluptés , les laissoit vivre à leur fantaisie, ne put plus être souffert, ils le massacrèrent. Ils tuèrent de même Alexandre, qui vouloit rétablir la discipline et parloit de les punir =*.

Ainsi un tyran qui ne s'assuroit point la vie, mais le pouvoir de faire des crimes , périssoit avec ce funeste avantage que celui qui voudroit faire mieux périroit après lui.

Après Alexandre, on élut Maximin, qui fut le premier empereur d'une origine barbare. Sa taille

' Dans ce temps-là tout le monde se croyoit bon pour parvenir à l'empire. Voyez Dion, liv. lxxix. \" Voyez Lampridius.

Page 1