CHAPITRE XVI r. l'y
passé ; d'autres ^ , que deux jeunes Scythes poursuivant une biche qui traversa ce bras de mer le traversèrent aussi. Ils furent étonnés de voir un nouveau monde; et, retournant dans l'ancien, ils apprirent à leurs compatriotes les nouvelles terres , et, si j'ose me servir de ce terme, les Indes qu'ils avoient découvertes^.
D'aboi'd des corps innombrables de Huns passèrent; et, rencontrant les Goths les premiers, ils les chassèrent devant eux. 11 sembloit que ces nations se précipitassent les unes sur les autres, et que l'Asie , pour peser sur l'Europe , eût acquis un nouveau poids.
Les Goths effrayés se présentèrent sur les bords du Danube, et, les mains jointes, demandèrent une retraite. Les flatteurs de Valens saisirent cette occasion, et la lui représentèrent comme une conquête heureuse d'un nouveau peuple qui venoit défendre l'empire et l'enrichir^.
Valens ordonna qu'ils passeroient sans armes; mais pour de l'argent ses officiers leur en laissèrent tant qu'ils voulurent 4. Il leur fit distribuer
' Jornandès, de Rébus getlcis; Histoire mêlée de Procope.
* Voyez Sozomène , liv. vi.
^ Ammien Marcellin , liv. xxix.
^ De ceux qui avoient reçu ces ordres , celui-ci conçut un amour infâme, celui-là. fut épris de la beauté d'une femme barbare; les autres furent corrompus par des présents , des habits de lin et des couvertures bordées de franges : on n'eut d'autre soin que de remplir sa maison d'esclaves , et ses fermes de bétail. Histoire de Dexipe.
des terres; mais, à la différence des Huns, les Gotlîs n'en cultivoient point ^ ; on les priva même du blé qu'on leur avoit promis; ils mouroient de faim , et ils étoient au milieu d'un pays riche ; ils étoient armés, et on leur faisoit des injustices. Ils ravagèrent tout depuis le Danube jusqu'au Bosphore , exterminèrent Valens et son armée , et ne repassèrent le Danube que pour aba,ndonner l'affreuse solitude qu'ils avoient faite'.
' Voyez VHistoire gothique de Priscus où cette différence est bien établie.
On demandera peut-être comment des nations qui ne cultivoient point les terres pouvoient devenir si puissantes, tandis que celles de l'Amérique sont si petites. C'est que les peuples pasteurs ont une subsistance bien plus assurée que les peuples chasseurs.
Il paroît par Ammien Marcellin que les Huns , dans leur première demeure , ne labouroient point les champs ; ils ne vivoient que de leurs troupeaux dans un pays abondant en pâturages et arrosé par quantité de fleuves, comme fout encore aujourd'hui les petits Tartares , qui habitent une partie du même pays. Il y a apparence que ces peuples, depuis leur départ, ayant habité des lieux moins propres à la nourriture des troupeaux , commencèrent à cultiver les terres.
* Voyez Zosime, liv. iv. Voyez aussi Dexipe, dans l'Extrait des ambassades de Constantin Pornlijrogénète.
CIIAPITRF, XVIII.