CHAPITRE XVII. I n
Lorsque Constantius envoya Julien dans les Gaules , il trouva que cinquante villes le long du Rhin ^ avoient été prises par les Barbares; que les provinces avoient été saccagées; qu'il n'y avoit plus que l'ombre d'une armée romaine que le seul nom des ennemis faisoit fuir.
Ce prince , par sa sagesse , sa constance , son économie, sa conduite, sa valeur, et une suite continuelle d'actions héroïques, rechassa les Barbares^ ; et la terreur de son nom les contint tant qu'il vécut ^.
La brièveté des règnes, les divers partis politiques, les différentes religions, les sectes particulières de ces religions, ont fait que le caractère des empereurs est venu à nous extrêmement défiguré. Je n'en donnerai que deux exemples. Cet Alexandre, si lâche dans Hérodien, paroît plein de courage dans Lampridius; ce Gratien, tant loué par les orthodoxes , Philostorgue le compare à Néron.
Valentinien sentit plus que personne la nécessité de l'ancien plan : il emploj^a toute sa vie à for-
entièrement abolis sous Honorius, comme il paroît par Théodoret et Othon de Frisingue. Les Romains ne retinrent de leurs anciens spectacles que ce qui pouvoit affoiblir les courages , et servoit d'attrait à la volupté.
» Ammien Marcellin, liv. xvi , xvii et xviii.
» Id. ibid.
^ Voyez le magnifique éloge qu' Ammien Marcellin fait de ce ])rince, liv. xxv. Voyez aussi les Fragments de i'/tistoirc de Jean d'Jiitioche.
I 7 i GRANDEUR ET DECADENCE DES ROMAINS.
tifier les bords du Rhin , à y faire des levées, y bâtir des châteaux, y placer des troupes, leur donner le moyen d'y subsister. Mais il arriva dans le monde un événement qui détermina Valens son frère à ouvrir le Danube , et eut d'effroyables suites.
Dans le pays qui est entre les Palus-Méotides , les montagnes du Caucase et la mer Caspienne , il y avoit plusieurs peuples qui étoient la plupart de la nation des Huns ou de celle des Alains ; leurs terres étoient extrêmement fertiles; ils aimoient la guerre et le brigandage; ils étoient presque toujours à cheval ou sur leurs chariots, et erroient dans le pays où ils étoient enfermés : ils faisoient bien quelques ravages sur les frontières de Perse et d'Arménie; mais ongardoit aisément les portes Caspiennes, et ils pouvoient difficilement pénétrer dans la Perse par ailleurs. Comme ils n'imaginoient point qu'il fut possible de traverser les Palus-Méotides % ils ne connoissoient pas les Romains; et, pendant que d'autres Barbares ravageoient l'Empire , ils restoient dans les limites que leur ignorance leur avoit données.
Quelques uns ^ ont dit que le limon que le Tanaïs avoit apporté avoit formé une espèce de croûte sur le Bosphore cimmérien , sur laquelle ils avoient
' Procope , Histoire mêlée.
* Zoslme , liv. iy.