CHAPITRE XVIII. inn
noient très souvent des droits pour des gens qu» avoient le peuple et le prince entre leurs main
Ij'impuissance où l'on se trouva de pav . ces charges fit que l'on prit une milice moi chère. On fit des traités avec des nations b' i3ares qui n'avoient ni le luxe des soldats romains, ni le même esprit, ni les mêmes prétentions.
11 y avoit une autre commodité à cela : comme les Barbares tomboient tout à coup sur un pays , n'y ayant point chez eux de préparatifs après la résolution de partir, il étoit difficile de faire des levées à temps dans les provinces. On prenoit donc un autre corps de Barbares toujours prêt à recevoir de l'argent, à piller, et à se battre. On étoit servi pour le moment ; mais dans la suite on avoit autant de peine à réduire les auxiliaires que les ennemis.
Les premiers Romains ' ne mettoient point dans leurs armées un plus grand nombre de troupes auxiliaires que de romaines ; et , quoique leurs alliés fussent proprement des sujets, ils ne vouloient point avoir pour sujets des peuples plus belliqueux qu'eux-mêmes.
Mais dans les derniers temps, non seulement ils n'observèrent pas cette proportion des troupes
' C'est une observation de Vrgèce ; et il paroît par Tite-Live que si le nombre des auxiliaires excéda quelquefois , ce fut de bien peu.
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auxiliaires, mais même ils remplirent de soldats barbares les corps de troupes nationales. 1
Ainsi ils établissoient des usages tout contraires à ceux qui les avoient rendus maîtres de tout : et comme autrefois leur politique constante fut de réserver l'art militaire et d'en priver tous leurs voisins , ils le détruisoient pour lors chez eux, et l'établissoient chez les autres.
Voici en un mot l'histoire des Romains. Ils vainquirent tous les peuples par leurs maximes ; - mais , lorsqu'ils y furent parvenus, leur république ne put subsister j il fallut changer de gouvernement : et des maximes contraires aux premières , employées dans ce gouvernement nouveau , firent tomber leur grandeur.
Ce n'est pas la fortune qui domine le monde : on peut le demander aux Romains, qui eurent une suite continuelle de prospérités quand ils se gouvernèrent sur un certain plan, et une suite non interrompue de revers lorsqu'ils se conduisirent sur un autre. 11 y a des causes générales , soit morales, soit physiques, qui agissent dans chaque monarchie, l'élèvent, la maintiennent, ou la précipitent ; tous les accidents sont soumis à ces causes ; et si le hasard d'une bataille , c'est-à-dire une cause particulière , a ruiné un état , il y avoit une cause générale qui faisoit que cet état devoit périr par une seule bataille : en un mot, l'allure principale