CHAPITRE XVllI. lyQ
entraîne avec elle tous les accidents particuliers.
Nous voyons que, depuis près de deux siècles, les troupes de terre de Danemarck ont presque toujours été battues par celles de Suède. Il faut qu'indépendamment du courage des deux nations et du sort des armes il y ait dans le gouvernement danois, militaire ou civil, un vice intérieur qui ait produit cet effet; et je ne le crois point difficile à découvrir.
Enfin les Romains perdirent leur discipline militaire; ils abandonnèrent jusqu'à leurs propres armes. Végèce dit que les soldats les trouvant trop pesantes , ils obtinrent de l'empereur Gratien de quitter leur cuirasse, et ensuite leur casque; de façon qu'exposés aux coups sans défense , ils ne songèrent plus qu'à fuir ^.
Il ajoute qu'ils a voient perdu la coutume de fortifier leur camp ; et que , par cette négligence , leurs armées furent enlevées par la cavalerie des Barbares.
La cavalerie fiit peu nombreuse chez les premiers Romains ; elle ne faisoit que la onzième partie de la légion, et très souvent moins; et, ce qu'il y a d'extraordinaire, ils en avoient beaucoup moins que nous , qui avons tant de sièges à faire , où la cavalerie est peu utile. Quand les Romains furent dans la décadence, ils n'eurent presque
' De re militari , lih. i, cap. xx.
I 8o GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS.
plus que de la cavalerie. Il me semble que plus une nation se rend savante dans l'art militaire, plus elle agit par son infanterie; et que moins elle le connoît, plus elle multiplie sa cavalerie : c'est que, sans la discipline , l'infanterie pesante ou légère n'est rien , au lieu que la cavalerie va toujours , dans son désordre même '. L'action de celle-ci consiste plus dans son impétuosité et un certain choc ; celle de l'autre, dans sa résistance et une certaine immobilité : c'est plutôt une réaction qu'une action. Enfin la force de la cavalerie est momentanée : l'infanterie agit plus long-temps ; mais il faut de la discipline pour qu'elle puisse agir longtemps.
Les Romains parvinrent à commander à tous les peuples, non seulement par l'art de la guerre, mais aussi par leur prudence , leur sagesse , leur constance, leur amour pour la gloire et pour la patrie. Lorsque sous les empereurs toutes ces vertus s'évanouirent, l'art militaire leur resta, avec lequel, malgré la foiblesse et la tyrannie de leurs princes, ils conservèrent ce qu'ils avoient acquis; mais , lorsque la corruption se mit dans la milice même, ils devinrent la proie de tous les peuples.
Un empire fondé par les armes a besoin de se
' La cavaleiie tartaie , sans observer aucune de nos maximes militaires , a fait dans tous les temps de grandes choses. Voyez les relations , et surtout celle de la dernière conquête de la Chine.