CHAPITRE XIX
a fille de Saturnilus; s'il ne veut pas tenir sa parole , « je lui déclare la guerre; s'il ne le peut pas, et « qu'il soit dans cet état qu'on ose lui désobéir, « je marche à son secours. »
Il ne faut pas croire que ce fut par modération qu'Attila laissa subsister les Romains; il suivoit les mœurs de sa nation, qui le portoient à soumettre les peuples , et non pas à les conquérir. Ce prince , dans sa maison de bois où nous le représente PriscLis ' , maître de toutes les nations barbares, et en quelque façon ^ de presque toutes celles qui étoient policées, étoit un des grands monarques dont l'histoire ait jamais parlé.
On voyoit à sa cour les ambassadeurs des Romains d'Orient et de ceux d'Occident, qui venoient recevoir ses lois ou implorer sa clémence. Tantôt il demandoit qu'on lui rendît les Huns transfuges, ou les esclaves romains qui s'étoient évadés; tantôt il vouloit qu'on lui livrât quelque ministre de l'empereur. Il avoit mis sur l'empire d'Orient un tribut de deux mille cent livres d'or. Il recevoit les appointements de général des armées romaines. Il envoyoit à Constantinople ceux qu'il vouloit récompenser, afin qu'on les comblât de biens, faisant
' Histoire gothique : Uœ sedes régis barbariem totam tenentis , hœc captis civitatibus habitacula prœponebat. Jornandès, de Rébus geficis.
* Ilparoît, par la relation de Priscus, qu'on pensoit à la cour d'Attila à soumettre encore les Perses.
un trafic continuel de la frayeur des Romains.
Il étoit craint de ses sujets , et il ne paroît pas qu'il en fût haï^. Prodigieusement fier, et cependant rusé, ardent dans sa colère, mais sachant pardonner ou différer la punition suivant qu'il convenoit à ses intérêts , ne faisant jamais la guerre quand la paix pouvoit lui donner assez d'avantages, fidèlement servi des rois même qui étoient sous sa dépendance, il avoit gardé pour lui seul l'ancienne simplicité des mœurs des Huns. Du reste , on ne peut guère louer sur la bravoure le chef d'une nation , où les enfants entroient en fureur au récit des beaux faits d'armes de leurs pères , et où les pères versoient des larmes parce qu'ils ne pouvoient pas imiter leurs enfants.
Après sa mort, toutes les nations barbares se redivisèrent ; mais les Romains étoient si foibles qu'il n'y avoit pas de si petit peuple qui ne pût leur nuire.
Ce ne fut pas une certaine invasion qui perdit l'empire, ce furent toutes les invasions. Depuis celle qui fut si générale, sous Gallus, il sembla rétabli , parce qu'il n'avoit point perdu de terrain ; mais il alla de degrés en degrés de la décadence à sa chute, jusqu'à ce qu'il s'affaissât tout à coup sous Arcadius et Honorius.
• 11 faut consulter, sur le caractère de ce prince et les mœurs de sa cour, Jornandès et Priscus.