‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 97 sur 129 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

En vain on avoit rechassé les Barbares dans leur

pays ; ils y seroient tout de même rentrés pour

! mettre en sûreté leur butin : en vain on les exter-

' mina; les villes n'étoient pas moins saccagées, les

villages brûlés , les familles tuées ou dispersées *.

Lorsqu'une province avoit été ravagée, les Barbares qui succédoient, n'y trouvant plus rien , dévoient passer à une autre. On ne ravagea au commencement que la Thrace, la Mysie, la Pannonie : quand ces pays furent dévastés , on ruina la Macédoine, *la Thessalie, la Grèce; de là il fallut aller aux Noriques. L'empire , c'est-à-dire le pays habité, se rétrécissoit toujours, et l'Italie devenoit frontière.

La raison pourquoi il ne se fit point sous Gallus et Gallien d'établissement de Barbares , c'est qu'ils trouvoient encore de quoi piller.

Ainsi, lorsque les Normands, image des conquérants de l'empire, eurent pendant plusieurs siècles ravagé la France , ne trouvant plus rien à prendre, ils acceptèrent une province qui étoit entièrement déserte , et se la partagèrent ^.

' C'étoit une nation bien destructive que celle des Goths : ils aToient détruit tous les laboureurs dans la Thrace, et coupé les mains à tous ceux qui menoient les chariots. Histoire byzantine de Malchus, dans Y Extrait des ambassades.

» Voyez, dans les Chroniques recueillies par André Duchesne , l'état de cette province vers la fin du neuvième et le commencement du dixième siècle. Script. Nonn. Iiist. l'eteres.

I go GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS.

IjSl Scythie dans ces temps -là étant presque •toute inculte % les peuples y étoient sujets à des famines fréquentes ; ils subsistoient en partie par un commerce avec les Romains, qui leur portoient des vivres des provinces voisines du Danube '. Les Barbares donnoient en retour les choses qu'ils avoient pillées , les prisonniers qu'ils avoient faits, l'or et l'argent qu'ils recevoient pour la paix. Mais , lorsqu'on ne put plus leur payer des tributs assez forts pour les faire subsister, ils furent forcés de s'établir^. *

L'empire d'Occident fut le premier abattu : en voici les raisons.

Les Barbares , ayant passé le Danube , trouvoient à leur gauche le Bosphore, Constantinople, et toutes les forces de l'empire d'Orient, qui les arrêtoient : cela faisoit qu'ils se tournoient à main droite du côté de l'Illyrie, et se poussoient vers

' Les Goths, comme nous l'avons dit, ne cultivoient point la terre. Les Vandales les appeloient Truites , du nom d'une petite mesure; parce que , dans une famine , ils leur vendirent fort cher une pareille mesure de blé. Olympiodore , dans la bibliothèque de Photius, liv. XXX.

* On voit dans l'histoire de Priscus qu'il y avoit des marchés établis par les traités sur les bords du Danube.

3 Quand les Goths envoyèrent prier Zenon de recevoir dans son alliance Theudcric , fils de Triarius , aux conditions qu'il avoit accordées à Theudéric , fils de Balamer, le sénat consulté répondit que les revenus de l'état n'étoientpas suffisants pour nourrir deux peuples goths , et qu'il falloit choisir l'amitié de l'un des deux. Histoire de Malc/nis, dans Y Extrait des ambassades.

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