‹ Œuvres de P. Corneille (volume 2)Chapitre 107 sur 240 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

Dont le ciel punîroit les sacrilèges noeuds ^ Et que ce Dieu jaloux vengeroit sur tous deux? Non , non, en quelque ëtat où le sort m'ait réduite , Ne me parlez , seigneur, ni d'hym^i , ni de faite : C'est changer d'in&mie, et non pas l'éviter j Loin de m'en garantir, c'est m'y précipiter.

Mais , pour braver Marcelle , et m'affranchir de honte , Il est une autre voie efrplus sûre et plus prompte. Que dans l'éternité j'aurois lieu de bénir, La mort; et c'est de voijs que je do^s l'obtenir. Si vous m'aimez^ encbr, comme j'ose le croire, Vous <ievez cette grâce à votre propre gloire j En m'arrachant la mienne on la va décMrer ; C'est votre choix , c'est vous qu'on va déshonorer. L'amant si fortement s'unit à'Ce qu'il aime Qu'il en fait dans son cœur une part de lui-même. C'est par là qu'on "vous blesse , et c'est par là , seigneur^ Que peut juâquês à. vous aller mon déshonneur. Tranchez donc cette part par on l'ignominie Pourroit souiller l'éclat d'une si belle vie : • Rendei: à votre honneur toute sa pureté , • Et mettez par ma mort sonhistreen sùrétév ; Mille dont votre Rouie adore la mémoire Se sont bien tout entiers immolés à leur gloire; Conune eux, en vraf Romain de la vôtre jaloux, Immolez cette part trop indigne de vous j Sauvez-la par sa perte ; ou, si quelque tendresse A ce bras généreux imprime sa foiblesse ,, • Si du sang d'une fille il craint de se rougir, Armez, armez le mien, et lé laissez agir.

igo THÉODORE.

Ma loi me le défend , mais mon Dieu me rinspil*e ;

Il parle> et j'obéis à son secret empire;

Et^ contre l'ordre exprès de son commandement y

Je sens que c'est de lui que vient ce mouvement.

Pour le suivre, seigneur^ souffirez que votre épée

Me puisse*.*.

PLACIDE

Oui, vous Taorez, mais dans mon sang trempée ; Et votre bras du moins en recevra du mien Le glorieux exemple avant que le moyen.

THEODORE

Ah ! ce n'est pas pour vou^ un mouvement à suivre ; C'est à moi de mourir, mais c'est à vous de vivre.

PLACIDE

Ah! faites-moi donc vivne, ou me laissez mourir; Cessez de me tuer, ou de me secourir.

Puisque vous n'écoutez ni mes vceux ni mes larmes , Puisque la mort pour vous a plus que moi de charmes , Souffrez que ce trépas, que vous trouvez si doux , Ait à son tour pour moi plus de douceur que vous. Pais-je vivre et vous voir morte ou dédioncH*ée , Vous que de tout nion coeur j'ai toujours adorée p Vous qui de mon destin né^ez le triste cours. Vous, dis-j^, à qui j'attache et ma gloire et m^s jours? Non, non, s'il vous faut vcnr déshonorée ou morte , Souffrez un désespoir où la raison me porte; Renoncer à la vie avant de tels malheurs , Ce n'est que prévenir l'effet de mes dodlêurs. En ces extrémités je vous conjure encore, Non par ce zèle ardent d'un cœur qui vous adore ^

Page 1