‹ Œuvres de P. Corneille (volume 2)Chapitre 119 sur 240 · ACTE 1% SCÈNE IV. 2o · texte numérisé non relu

ACTE 1% SCÈNE IV. 2o

PLAGtBS.

Marcelle a fiiit pour moi tout ce que j'ai dû faire.

PAITLIIC.

Je n'ai donc rien à dire , et dois^ ici me taire*

PLACIDE

Non^ non^ il &ùt parler avec sincérité^ Et louer hautement sa gënërosité.

PAULIN

Si vous me l'ordonnez^ je loùrai donc sa rage. Mais depuisquand, seigneur, changez-vous décourage? Depuis quand pour vertu prenieaHVOus la foreur? Depuis quand louez-vous ce qui doit faire horreur?

PLACIDE

Âh I je tremble à ces mots que j'ai peine à comprendre.

^ PAULIN

Je ne sais pas, seigneur, ce qu'on vous fait entendre, Ou quel puissant motif retient votre courroux ; ' Mais Théodore enfin n'est plus digne de vous.

PliAGIDE.

Quoi ! Marcelle en efiet ne l'a pas garantie ?

PAULIN

A peine d'avec vous, seigneur, elle est sortie, • • Que l'âme tout en feu, les yeux étincelants , ' Rapportant elle-même un ordre de Valens, Avec trente soldats elle a saisi la porte , Et tirant de ce Keu Théodore à main forte....

O dieux l jusqu'à ses pieds j'ai donc pu m'abaisser Pour voir; trahir des vœux qu'elle» a feint d'exaucer. Et pour en recevoir avec tant d'insolence

2o6 THÉODORE.

De tant de lâchetë la digne récompense !

Mon cœur avoit déjà pressenti oe malheur.

Mais achève , Paulin , d'irrker ma douleur ; Et^ sans m'entretenir des crimes de Marcelle, Dis-moi qui je me dois immoler après elle , Et sur quels insolents , après son châtiment , Doit choir le reste affi*eux de mon ressentiment.

PAULIN

Ârmez^TOus donc, seigneur, d'un peu de patience. Et forcez vos transports à me prêter silence , Tandis que le récit d'une injwte rigueur Peut-être à chaque mot vous percera le cœur.

Je ne vous dirai point avec quelle tristesse A ce honteux supplice a marché la princesse : Forcé de la conduire en ces infâmes lieux ^ De honte et de dépit j'en détournois les yeua. ; Et, pour la consoler ne sachant que lui dire. Je maudissois tout bas les lois de notre empire ; Et vous étiez le dieu que , dans mes déplaisirs , • En secret pour les rompre invoquoient mes soupirs.

PLACIDE

Ah ! pour gagner ce temps on charmoit mon courage D'une fausse promesse , et puis d'un £siux message ; Et j'ai cru dans ces cœurs de la sincérité !

Ne fais plus de reproche à ma crédulité , Et poursuis.

PAULIN

Dans .ces lieux à peine on l'a traînée , Qu'on a vu des soldats la troupe mutinée ; Tous courent à la proie avec avidité;

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